Yann Moix "bourreau" de son frère ? L'éditeur et deux amis d’enfance de l'écrivain prennent sa défense

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POLÉMIQUE – C’est l’affaire qui secoue depuis plusieurs jours le milieu littéraire, et au-delà. Au lendemain de la parution d’une lettre ouverte d’Alexandre Moix, accusant son frère Yann Moix de réécrire leur histoire familiale dans le roman "Orléans", son éditeur et deux amis d’enfance volent au secours de l’écrivain.

C’est un texte qui sème le trouble. La publication d’une lettre ouverte d’Alexandre Moix, le frère de Yann, ce dimanche dans Le Parisien, est venue apporter un éclairage inédit sur "Orléans", le roman qui vient de paraître chez Grasset. L’écrivain, 50 ans, y dénonce les violences dont il aurait été victime de la part de ses parents, durant son enfance et son adolescence. 

Pour Alexandre, lui-même auteur et réalisateur de documentaires, Yann aurait réécrit l’histoire familiale pour se donner le rôle de la victime… alors que c'était en réalité lui le "bourreau" qui brutalisait son cadet, ne supportant pas sa concurrence, jusqu’à l’âge d’adulte où il aurait tenté de nuire à sa carrière. "Mon frère n’a que deux obsessions, le Goncourt et m’annihiler", écrit-il.

Yann Moix serait-il coupable de "révisionnisme" et de "mensonge outrancier", utilisant la souffrance infantile à "des fins purement marketing et commerciales pour vendre coûte que coûte", comme l'avance Alexandre ? Le doute, légitime à la lecture de ce texte émouvant, est renforcé par le fait qu’Alexandre est totalement absent des 262 pages du roman alors qu'ils ont grandi ensemble.

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L’écrivain, qui ne s'est pas exprimé depuis la diffusion de son entretien dans "Sept à Huit" sur TF1, le 17 août dernier, pourrait s’en expliquer samedi sur le plateau de Laurent Ruquier, dans le premier numéro de la nouvelle mouture de l’émission "On n’est pas couché", dont il sera l’un des premiers invités. En attendant, c’est son entourage professionnel et personnel qui a choisi de prendre sa défense.

"Mon intime conviction, c'est qu'il y a une très grande vérité du texte de Yann Moix", a réagi ce lundi matin sur Europe 1 Olivier Nora, le PDG des éditions Grasset. "En matière de reconstitution des souvenirs d'enfance, chacun a sa vérité subjective, même dans les familles où l'amour prévaut", précise-t-il cependant. "Chacun écrit son roman familial, sa propre histoire".

La polémique serait-elle destinée à faire vendre ? "C'est obscène", rétorque Olivier Nora. "Je m'en serais bien passé, et l'auteur aussi. On va fatalement tomber dans l'ornière médiatique de : qui a raison, qui a tort ? On sait bien que la tendance, quand un livre dégage ce genre de polémique, est qu'à terme les gens s'en détournent."

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Dans Paris Match, ce sont deux amis d’enfance qui volent au secours de l’écrivain, tous les deux sous couvert d’anonymat. "Alexandre éprouve je pense un véritable ressentiment envers Yann", explique S., un homme qui a effectué toute sa scolarité avec l’auteur. "Que ce dernier n’ait pas été tendre avec lui, je peux le croire. Leur père ne battait que Yann, et peut-être qu’en retour, lui se vengeait. Mais je n’ai jamais assisté chez eux à pareille scène."

"Chez eux, il y avait un martinet accroché au milieu de la cuisine", explique ce témoin. "Yann me disait que sa mère aimait bien s’en servir. Je lui répondais : "T’as pas de chance!" Je me souviens que ma mère appelait le père de Yann pour excuser ce dernier du moindre retard, parce qu’il redoutait d’être battu. Nous savions qu’il ne fallait pas faire de vague, que sinon comme il disait 'une rouste' l’attendait. Cette phrase revenait sans cesse : 'Si mon père apprend ça, il va me mettre une raclée.'"

Ce livre remue beaucoup de 'merde', mais je pense que pour Yann, il était viscéral de s’en libérer- Cyril, ami d'enfance de Yann Moix, dans "Paris Match"

L’autre témoignage provient de Cyril, qui a connu Yann Moix en 1977 en CM1. L’écrivain est le parrain de son fils. "Moi, je sais et je peux témoigner, que malgré le succès, qu’on aime Yann Moix ou qu’on ne l’aime pas, ce qu’il a vécu enfant a entièrement gâché sa vie", écrit-il. "Cela a aussi décuplé son talent, cette sorte de rage d’écrire, mais il portera ce fardeau jusqu’à la fin de ses jours (…) Ce livre remue beaucoup de 'merde', mais je pense que pour Yann, il était viscéral de s’en libérer."

Quid de la relation avec son frère ? "Yann et lui se sont toujours détestés", avance Cyril. "Je n’ai jamais eu vent que Yann l’ait maltraité. Je crois qu’Alexandre cherche surtout à défendre ses parents. Je crois qu’il en veut à Yann de l’avoir éclipsé. Et que Yann lui en veut de l’avoir souvent dénoncé à son père, provoquant sa colère et les coups. Vers l’âge de 30 ans, un jour, Yann m’a tout raconté de ses supplices. Et cela ressemblait à "Orléans"."

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