"Le mercato de l'été prochain sera aussi morne que celui de cet hiver"

"Le mercato de l'été prochain sera aussi morne que celui de cet hiver"

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INTERVIEW - Christophe Lepetit, économiste du sport et spécialiste des transferts au Centre de Droit et d’Économie du Sport (CDES), décrypte l'atonie de ce mercato d'hiver. Et explique pourquoi elle devrait se prolonger l'été prochain.

Comment expliquer que ce mercato d'hiver ait été aussi morne ?
Historiquement, ce mercato a toujours été relativement calme en France. Les clubs n'investissent à ce moment de l'année que pour effectuer quelques ajustements dans leurs effectifs , au contraire des Anglais qui ont eu tendance à investir massivement en janvier. Mais cette année, encore plus qu'avant, cela s'explique surtout par le fait que nos clubs n'ont plus les moyens économiques de recruter. Ils doivent vendre. Pour l'heure, personne ne bouge en France. Le PSG aurait pu trouver des solutions alternatives pour contourner le fair-play financier mais il n'a pas bougé . Marseille et Monaco non plus... Le seul élément qui pourrait déclencher plusieurs mouvements, ce serait qu'un des très gros clubs européens achète un joueur de Ligue 1. Cela injecterait un peu d'argent frais qui serait redistribué dans les caisses de nos clubs. Car les clubs français se tournent le plus souvent vers des joueurs de L1 ou de L2.

Le PSG et Monaco étant rentrés dans le rang chacun à leur manière, peut-on encore situer la Ligue 1 parmi les cinq Championnats les plus puissants économiquement ?
Oui. Si on raisonne en termes de revenus générés par les clubs et donc de chiffres d'affaires, on figure encore dans ce top 5. Après, ce qui est certain, c'est que le fossé se creuse par rapport à l'Angleterre et l'Allemagne, les deux footballs les plus dynamiques économiquement. Le Championnat espagnol, avec ces clubs largement endettés, n'est pas un véritable exemple. Mais oui, la France se situe encore à peu près au même niveau que l'Italie et le Portugal.

Comment expliquer que Manchester City ait pu recruter Wilfried Bony pour 40 millions d'euros malgré le fair-play financier, quand le PSG affirme qu'il est complètement bloqué par ces mêmes sanctions  ?
City, comme le PSG, avait le droit d'acheter un joueur pour 60 millions d'euros maximum et ensuite d'acheter dans les limites du fait que les achats et les ventes devaient s'équilibrer. Cet été, City a recruté Eliaquim Mangala contre un peu plus de 50 millions d'euros. Mais ils ont aussi vendu pour plus de 30 millions d'euros (en fait 34 millions, sans compter les prêts payants de plusieurs de leurs jeunes, ndlr) et laissé partir libres quelques joueurs en fin de contrat. L'ensemble de ces ventes et ces départs correspond donc aux 40 millions déboursés pour Bony. Ce qui bloque le PSG, c'est qu'il n'a pas la possibilité ou la volonté de vendre maintenant. Pour acheter un joueur haut de gamme en restant dans les clous de l'UEFA, il lui faudrait se séparer de Lavezzi, Pastore, voire Cavani,

Faut-il s'attendre à aussi peu de mouvements l'été prochain ?
Les chiffres annoncés par Frédéric Thiriez, le président de la Ligue, concernant la santé financière des clubs français n'étaient pas très bons... Ça m'étonnerait que, d'ici l'été prochain, ils aient trouvé les moyens de développer leurs finances. Potentiellement, pour garder leurs comptes à l'équilibre, il ne leur restera que les leviers traditionnels : la vente de leurs meilleurs joueurs à l'étranger et le soutien des actionnaires. Pour qu'ils retrouvent une capacité à investir, cela dépendra donc avant tout des ventes qu'ils pourront réaliser. Il faudra aussi voir si les gros clubs français investiront en France ou à l'étranger. J'imagine mal le PSG, contraint d'acheter un seul joueur pour 60 millions d'euros, le recruter pour ce montant-là en France. En revanche, il pourrait recruter en L1 des joueurs de complément, qui lui permettront d'équilibrer ses achats et ses ventes. Cet hiver, il y a eu peu de ventes et donc, de ce fait, peu d'achats. L'été prochain, ce sera probablement la même chose. Nos clubs tenteront de garder les éléments qui leur coûtent le moins cher tout en cherchant à valoriser leurs meilleurs joueurs, pour les vendre à l'étranger. Mais, dans tous les cas, il ne faudra pas s'attendre à des investissements massifs, quand bien même les clubs ont sécurisé leurs recettes principales, qui sont les droits TV, jusqu'en 2020.

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