Mercato : les agents de joueurs français tentent de mettre fin eux-mêmes aux dérives de leur profession

Mercato : les agents de joueurs français tentent de mettre fin eux-mêmes aux dérives de leur profession

TRANSFERTS – Tandis que le marché estival donne lieu à des mouvements de joueurs dans tous les sens, les agents s’en mettent plein les fouilles. Mais pas que. Certains d’entre eux, en marge de leur activité, s’évertuent à entamer un cercle vertueux. Et c’est en France que ça se passe.

Le mercato donne parfois l’impression de passionner encore plus les amateurs de football que les matchs eux-mêmes. Cela se matérialise par la multiplication des sites internet entièrement consacrés aux transferts, par tous les articles qui pullulent ainsi, et par ces images de joueurs arborant leurs nouveaux maillots sous les flashs des photographes, parfois dans le cadre de présentations grandiloquentes, circulant sur tous les écrans du monde. Pourtant, on est loin d’une industrie en bonne et due forme : derrières les chiffres plus ou moins officiels, concernant les indemnités, les primes, les salaires des joueurs, se cachent ceux, officieux, des commissions touchées par les agents, sans parler des rétro-commissions. C’est l’envers caché du décor, qu’avait révélé l’affaire des transferts douteux de l’OM . Et qui, comble du paradoxe, semble avoir déclenché, dans nos contrées, l’amorce d’un cercle vertueux.

On en parle peu mais, avant les clubs et les joueurs, les agents sont au centre de ce lucratif business. Dans le principe, ils touchent une somme sur chaque transfert qu’ils parviennent à boucler pour l’un de leurs poulains. L’aberration, c’est qu’ils sont rémunérés par les clubs acheteurs, malgré des intérêts divergents. Mais ce n’est pas tout. "Les rétro-commissions sont devenues la norme et rien n'est fait pour y mettre fin, nous éclairait, il y a un an, l'agent Jennifer Mendelewitsch. Aujourd'hui, des tas de gens se prétendent agents mais où sont les mandats ? Beaucoup servent de prête-nom à des intermédiaires qui ne possèdent pas de licence. Et il faut bien leur reverser de l'argent ensuite, d'une manière ou d'une autre... Ça se passe partout. Dans 85 % des transferts, il y a une irrégularité de la sorte"

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Des agents en quête "d'intégrité"

Des propos qui nous sont revenus en tête quand on a découvert l’existence du cabinet "11 de légende", associant des agents à des avocats. "Pour nous, le recours aux avocats est un gage de professionnalisme obligatoire, explique à metronews Sidney Broutinovski, fondateur et directeur de l’EAJF (Ecole des agents de joueurs de football), vivier dudit cabinet. L’idée, c’est de proposer un accompagnement inédit au joueur, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pour lui éviter toute problématique en dehors du terrain. Les avocats mandataires sportifs peuvent intervenir pour un conseil. Et les avocats purs et durs, eux, sont là pour relire les contrats, les ficeler, qu’on parle d’un transfert ou de sponsoring."

Si l’initiative est française, il est amusant de constater que le cabinet a choisi pour président un Italien, Alessandro Canovi, qui gère notamment les intérêts de Thiago Motta. "Ma famille et moi, on a toujours considéré l’intégrité comme une valeur fondamentale dans le travail, argue l'intéressé. Dans un monde où notre métier reste considéré comme une opportunité de faire des choses illogiques en profitant de nos joueurs, savoir qu’un tel projet existait en France m’a rassuré. C’est une manière de lutter contre la Fifa, qui a tout dérégulé en permettant à n’importe qui d’officier comme agent, sans la formation nécessaire. Ce projet correspond parfaitement à l’idée que je me fais de mon travail.."

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L'aspect financier dépassé ?

L’agent partage ainsi son expérience avec ses jeunes confrères français, en ayant à cœur d’assumer ce qui s’apparente à des convictions politiques. "Je ne suis pas un professeur, les autres agents ne sont plus à l’école, ils doivent être opérationnels. Il faut quand même que le cabinet soit rentable (rires). Je donne quelques conseils, pour qu'on fasse les choses différemment, détaille Alessandro Canovi. Les agents ne peuvent plus être considérés comme un mal nécessaire dans le football. Ce projet montre que la loi peut suffire. Dans mon pays, en Italie, il suffit de dire qu’on est un bon garçon pour exercer (rires). Il n’y a rien à payer, pas de contrat, rien qui nous donne de la crédibilité. En France, c’est totalement différent, grâce à la loi. Et j’espère qu’on servira d’exemple, dans ce pays et dans les autres."

Se dessine alors, au-dessus de cet océan peuplé de requins, comme une voie à suivre, dans un élan d’optimisme. "Je crois que la profession est en train de se renouveler, affirme en effet Sidney Broutinovski. Les agents qui ont créé ce métier sont sur le déclin, en termes de combativité sur le marché. Ils ont fait leur temps, en ayant très bien gagné leur vie pour la plupart. Il y a des nouveaux agents qui arrivent, qui sont dans l’air du temps avec les réseaux sociaux et la communication, toutes ces choses qui dépassent le seul aspect financier. Et ce mouvement s’inscrit dans un cadre légal. Maintenant, le ministère des Sports et la FFF devraient vraiment se pencher sur la réglementation et les contrôles. Il faudrait mettre en place de vraies sanctions. Et peut-être, comme chez les avocats, avoir un contrôle continu des connaissances." Il n’y avait que le foot pour donne corps à une révolution légaliste.

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