"On peut tous être concernés" : des intempéries dans le Gard exceptionnelles, mais amenées à se répéter

"On peut tous être concernés" : des intempéries dans le Gard exceptionnelles, mais amenées à se répéter

INTERVIEW - Si les épisodes méditerranéens sont courants dans le Gard, les pluies qui se sont abattues dans le département mardi 14 septembre, ont marqué par leur intensité qualifiée par Météo-France "d'historique". L'hydrologue Emma Haziza revient sur les causes et sur les mesures à mettre ensemble.

L'alerte rouge a été levée, mais le Gard reste fortement impacté par l'épisode de pluies diluviennes qui a provoqué de nombreuses inondations dans le département. Cette zone géographique est habituée des fortes pluies à cette période de l'année. Pourtant, l'intensité du phénomène a été qualifiée d'"historique" par Météo-France. 

Placé en vigilance rouge entre 11 h 30 et 14 h mardi, le département a connu des précipitations exceptionnelles : 277 millimètres  en trois heures à Saint-Dionisy, soit l’équivalent de trois mois de pluie. Un phénomène exceptionnel mais qui pourrait se répéter partout sur le territoire selon l'hydrologue Emma Haziza. 

Un déversement de pluie en quelques heures

Pourquoi les inondations sont favorisées dans cette région ? Est-ce lié à son emplacement géographique ? 

Oui, c'est lié à une fuite de phénomènes météorologiques qui fait que de manière privilégiée, cette zone est concernée juste après la période d’équinoxe, soit début septembre. Donc là, c’est le cas, on a des premières arrivées d’air froid qui se confrontent à une mer Méditerranée très chaude. Cela va pousser cet air très chaud massivement sur le continent. L’air se relève et ça va former des cellules orageuses. 

Vous pouvez imaginer une colonne condensée d’humidité qui ensuite va déverser ses pluies en l’espace de quelques heures à cet endroit. Le problème et le danger, c’est quand ces pluies diluviennes deviennent stationnaires, quand elles se renouvellent sur elles-mêmes. Et là, il y a un danger parce qu’en fait, on rentre dans un système où la pluie se réalimente en permanence, au même endroit, c’est ce qu’il s’est passé mardi. 

le petit affluent du Rhôny est passé de 39 mm à 5 mètres de hauteur- Emma Haziza, hydrologue

Est-ce que le fait que le sol n’absorbe pas la pluie a aussi joué sur ces rapides inondations ? 

Il y a plusieurs possibilités. Il y a un, le phénomène de la pluie diluvienne et deux, ce qu’elle va emporter sur son passage. Quand cette pluie diluvienne ne rencontre que des champs et des vignes, selon les pentes, ou où on se situe, il va y avoir moins de risques de dommages. Lorsque ça va se dérouler sur les villes, qui sont quasiment imperméabilisées, l’eau va s’écouler dans les rues et va monter très vite. C'est ce qu’il s’est passé là, on a une zone qui est touchée avec de tous petits villages qui ont été traversés par les eaux. 

Des témoins ont raconté avoir vu l'eau ruisselait de la colline. Elle n’était pas déjà dans les cours d’eaux. Cette eau est tellement importante, tellement massive quand elle tombe, qu’en fin de compte, ça forme un cours d’eau là où ça tombe, et alors, elle traverse tout, elle emprunte les plus fortes pentes par gravité et rejoint ensuite les cours d’eaux. C'est comme ça que mardi, vous avez le Rhony, un tout petit affluent du fleuve Vistre, qui est un petit fleuve méditerranéen, qui est passé de 39 mm à presque 5 mètres de hauteur.

Un phénomène lié au changement climatique et qui va s'intensifier

Cet épisode est particulièrement fort cette année, est-ce lié au changement climatique ? 

C'est un phénomène diluvien qu'on connaît, mais l'intensité est bien plus forte. Si on était dans un contexte plus normal, on aurait eu 150 à 180 mm en trois heures, 200 mm maximum, mais là, on est monté à 270 mm, donc c’est vraiment énorme. L’importance est énorme. 

Donc on le voit très clairement, on n'a plus les mêmes pluies qu’avant, même si on a toujours connu des pluies diluviennes. C’est quelque chose qui a toujours existé, mais c’est plus intense, plus court et donc plus dévastateur. Il y a la part qui est naturelle dans le phénomène, et vous avez le surplus, qui là, oui, est lié au changement climatique. On voit vraiment le fait qu’on a une atmosphère plus chaude, et qu'à chaque degré atmosphérique, vous allez rajouter 7% de pluie supplémentaire.

Et on peut tous être concernés, partout. Ce qu’il s’est passé en Allemagne, c’est similaire à ce qu’il s’est passé hier. Plus le changement climatique va évoluer, plus l’air va continuer à se réchauffer, plus on aura, soit, plus du tout d’eau, soit trop d’eau, il n'y aura plus d’équilibre en fait.  

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Que préconisez-vous pour prévenir ces risques d'inondations ? 

La première des solutions, c’est déjà, de cartographier le risque. Le risque inondation est cartographié en France, mais uniquement sur les fleuves et les rivières principales. Vous allez avoir les zones inondables, dès lors que l’eau sort de son lit. Là, c’est de l’eau qui est dehors et qui va tenter de rejoindre un lit, c’est le phénomène inverse. 

Il faut absolument reprendre la topographie de la France, voir où sont les axes d’écoulements, s'occuper en résumé de la question du ruissellement. C’est pour ça qu’il faut faire des cartes de ruissellement pour pouvoir aider des communes, des entreprises à comprendre si elles sont dans des zones à risque si on a des précipitations diluviennes. 

Face à des phénomènes aussi rapides, il faut aussi optimiser la phase de gestion de crise. Il faut que les gens sachent quoi faire, il faut qu’ils comprennent s’ils sont sur des zones dangereuses ou pas, qu’ils n’empruntent pas des routes s’il y a de l’eau qui commence à s’écouler. Cette information, il faut la donner partout, l’optimiser.

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Le gros problème dans la gestion de crise, c'est aussi la formation des acteurs. La préfecture de l’Hérault et la préfecture du Gard ont déjà beaucoup été meurtries donc ils sont au point dans la gestion de crise. Mais les préfets changent tous les deux à trois ans et alors, tout est à recommencer à zéro. Il faut donc qu’on modifie ce système afin que, même si les gens changent, les savoirs restent. 

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