49,6°C relevés au Canada : pourquoi l'Amérique du Nord suffoque

49,6°C relevés au Canada : pourquoi l'Amérique du Nord suffoque

INTERVIEW - Pour le climatologue Christophe Cassou, la canicule exceptionnelle qui sévit au Canada - où 49,6°C ont été relevés mardi, record historique - et aux États-Unis est amplifiée par le réchauffement climatique.

Alors que l'été débute à peine dans l'hémisphère nord, une partie de celui-ci est déjà soumis à une vague de chaleur exceptionnelle. C'est le cas, notamment, de l'Ouest du Canada, où le mercure est monté mardi à 49,6°C, soit la température la plus élevée jamais enregistrée dans le pays, mais aussi du Nord-Ouest des États-Unis ou encore de l'Arctique. Au point que le service météorologique américain prédit "une chaleur dangereuse et sans précédent" ces jours-ci.

Ces températures exceptionnelles sont-elles liées à l'activité humaine ? Seront-elles de plus en plus fréquentes à l'avenir ? Décryptage avec le climatologue Christophe Cassou, chercheur au CNRS et auteur principal du sixième rapport du Giec.

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L'Amérique du Nord frappée par une canicule sans précédent

À quoi est dû ce phénomène ?

Il y a deux types de circulation atmosphérique qui conduisent à des vagues de chaleur. La première consiste en un déplacement des masses d'air chaud du Sud vers le Nord. Par exemple, en Europe, certaines vagues de chaleur correspondent à de l'air saharien qui se déplace du Maghreb vers l'Espagne puis la France et les pays scandinaves.

Le deuxième type de vagues de chaleur, comme celle que connait actuellement l'Amérique du Nord, sont des situations atmosphériques dites "de blocage". Elles aboutissent à la création d'une bulle (ou dôme) de chaleur qui ne bouge pas et grossit avec le temps. 

On parle de "blocage" parce que les vents contournent la bulle d'air, et ne la pénètrent pas. Elle grandit alors au fur et à mesure et l'air y devient de plus en plus chaud à partir du sol.

Peut-on lier ce phénomène au réchauffement climatique ?

On ne peut pas lier ce deuxième type de circulation atmosphérique au réchauffement climatique, car elles sont assez classiques et traditionnellement associées à des vagues de chaleur. Ce qu'on peut lier au changement climatique, en revanche, ce sont les impacts associés à cette circulation atmosphérique. 

Le changement climatique lié aux activités humaines ne crée pas une nouvelle situation, mais il en multiplie les effets. Il doit ici être vu comme un amplificateur. On peut notamment l'identifier dans la facilité que l'on observe à battre des records de chaleur. 

Faut-il craindre que ce phénomène se multiplie et s'accentue à l'avenir ?

Ce dont on est sûr, c'est que les effets de ces circulations atmosphériques continueront d'être de plus en plus amplifiés. On va donc battre des records de chaleur avec une grande facilité. Des situations qui pouvaient être chaudes sans être caniculaires le deviennent. Et des situations qui devaient être caniculaires deviennent alors ce qu'on appelle des "mégacanicules". 

Il y a également une forte certitude sur le fait que les vagues de chaleur seront plus longues. Dans un épisode météorologique de canicule, on passera le seuil caniculaire plus tôt, et on en sortira plus tard. Une incertitude demeure toutefois sur l'augmentation de la fréquence de ces circulations atmosphériques.

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L'Europe et la France peuvent-elles être touchées par le phénomène ?

Oui, tout à fait. Ces dômes de chaleur se mettent en place de manière aléatoire le long de latitudes tempérées, comme celles de la France et de l'Europe ou, en ce moment, celles de l'Ouest américain et canadien. La France n'est donc absolument pas à l'abri des dômes de chaleur, et en a déjà connus. C'était le cas lors de la canicule meurtrière de 2003.

L'Arctique a été touché par le phénomène, que peut-on craindre ?

On observe en réalité une conjugaison de deux vagues de chaleur. La première sévit donc sur l'Ouest américain. La seconde, qui tend à s'atténuer, a été observée en Europe de l'Est, en Sibérie occidentale. Le même type de mécanisme est à l'œuvre, à savoir un dôme de chaleur. 

La concomitance de ces deux vagues injecte de la chaleur aux latitudes plus élevées, polaires. Cela peut contribuer à une fonte plus rapide de la banquise proche de l'Arctique.

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