Comment la centrale nucléaire de Cattenom a-t-elle provoqué une chute de neige... industrielle ?

Comment la centrale nucléaire de Cattenom a-t-elle provoqué une chute de neige... industrielle ?

INSOLITE- Alors qu'une météo hivernale s'abat sur l'Hexagone, un village de Moselle a été surpris par une chute de neige très localisée d'origine nucléaire. Explication d'Olivier Proust, prévisionniste de Météo-France.

Les habitants de la Moselle n'en croient pas leurs yeux. La neige a recouvert d'un épais manteau blanc la commune de Cattenom. Mais quelques kilomètres plus loin, les flocons n'existent plus. Cette petite ville de moins de 3000 habitants constitue un ilot blanc au milieu d'une Moselle verte. "Je viens de Thionville où il n'y a pas de neige. Ici, c'est le pôle Nord", s'exclame un automobiliste étonné.

Comment expliquer un tel phénomène ? Si l'on se penche d'un peu plus près, on remarque que la neige n'a pas sa texture habituelle. Elle est épaisse et granuleuse comme "des petites boules compactes, presque semblables à du polystyrène", note Le Républicain Lorrain. Ces flocons sont industriels. Plus étonnant encore, ils ont été fabriqués par la centrale nucléaire de Cattenom. 

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Pour obtenir cette neige industrielle, plusieurs conditions doivent être réunies. "Il faut une masse d'air saturé, froide et stable", commence Olivier Proust, prévisionniste à Météo-France. Une masse d'air saturé signifie qu'elle "ne peut pas accueillir en son sein de l'eau sous forme de gaz. Toute eau supplémentaire dans cette atmosphère est nécessairement transformée en eau liquide ou solide", précise le spécialiste. Dans notre cas, il s'agit bien d'eau liquide. 

Qu'est-ce qu'une masse d'air stable ? "S'il n'y a pas de mouvements violents dans l'atmosphère. Par exemple, ce sont eux qui sont responsables des averses qu'on connaît", éclaire-t-il. Cette masse d'air va donc circuler au-dessus de la cheminée de refroidissement de la centrale qui va "apporter son lot d'humidité et de chaleur". Cela suffit ensuite à former des gros cristaux de neige. En d'autres termes, un nuage saturé d'eau survole les turbines de refroidissement et la vapeur d'eau s'est condensée au contact de l'air froid, provoquant des chutes de neige très localisées. Pour que ces flocons se forment, il faut que la température soit inférieure à deux degrés. 

Un phénomène très rare

Par ailleurs, ce phénomène est difficile à prévoir et a l'habitude d'échapper aux spécialistes. Alors que les prévisions de Météo-France avait annoncé l'arrivée des flocons en Bretagne, rien n'avait été signalé sur Cattenom. "Ce sont des neiges qui se fabriquent sur les extrêmes basses couches de l'atmosphère. Pour obtenir ces flocons, on n'a pas besoin d'une épaisseur de nuage très importante. À tel point que si les radars météorologiques sont assez éloignés du lieu où ça se produit, ils vont passer au-dessus des précipitations", informe le spécialiste. 

Les conditions requises à la formation de ces neiges industrielles rendent ce phénomène très rare. "Il faut des conditions météo extrêmement précises. Il suffit de décaler d'un degré le profil de l'atmosphère pour ne pas voir la formation de cette neige industrielle", éclaire Olivier Proust. En plus d'une masse d'air saturé, froide et stable, ces conditions idéales doivent aussi rencontrer l'homme. "Dans ce cas précis, on a décidé d'utiliser la cheminée de refroidissement de la centrale", ajoute le spécialiste. 

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Cependant, d'autres phénomènes de neige industrielle sont plus courants. Selon l'expert, ces flocons artificiels existent sur les vallées minières de la Belgique ou encore du Nord de la France. "Dans ces régions, les neiges industrielles surviennent par période de grand froid anticyclonique. On devrait avoir un ciel clair mais on obtient la formation d'un brouillard qui vient déposer quelques grains de neige", rappelle le prévisionniste. Cela s'appelle le phénomène de neige industrielle sous pollution. Dans ce cas précis : pas de gros flacon mais plutôt du saupoudrage. 

Mais pas d'inquiétude : EDF l'assure, l'eau dégagée sous forme de vapeur par les turbines de refroidissement n'est pas toxique. Elle n'entre jamais en contact avec les matières radioactives. "La production de pollution de l'industrie nucléaire ne passe pas au niveau de la cheminée de refroidissement. C'est simplement de la vapeur d'eau qui sort", conclut-il. 

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