Pourquoi les hommes font plus attention à eux qu’avant

Pourquoi les hommes font plus attention à eux qu’avant

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SOCIOLOGIE - Aussi bien d’un point de vue vestimentaire qu’esthétique, les hommes - citadins, entre autres - accordent une importance toute particulière à leur look. Exit les complexes. Le culte de la beauté et de l’apparence, boosté par notre société, a poussé l’homme à plus prendre soin de lui. Explications.

Pas plus tard qu’il y a une quinzaine d’années, un terme - ou plutôt un phénomène de société - venu tout droit d’outre-Manche émergeait dans la sphère citadine. Étaient alors considérés comme métrosexuels, les hommes qui consacraient un intérêt particulier à leur apparence physique et à leur look : épilation des sourcils, soins du visage, vêtements casual chic... Les baggys et joggings ont fait place au slim fit. David Beckham d’abord, puis d’autres stars, ont ainsi intégré cette catégorie d'un nouveau genre.

 

"À ce moment-là apparaissaient beaucoup de magazines consacrés aux hommes avec des conseils look, beauté… Et puis, il y avait le développement du cosmétique, des produits destinés aux hommes", explique le sociologue Jean-François Amadieu, auteur du livre La Société du Paraître*. Aujourd’hui, ça tombe sous le sens dans une société où l’image prime sur tout, sur un plan aussi bien professionnel que personnel. Ce culte de la beauté et de l’apparence existait-il déjà par le passé ? "Dans la France de l’Ancien Régime, dans l'élite, c’était déjà comme ça. Ça a toujours existé", assure notre interlocuteur. À la différence près qu'aujourd'hui, il y a eu "une démocratisation au-delà des élites". 

Une "féminisation de la société"

Cette démocratisation s'apparente désormais à une "féminisation de la société". S'intéresser à la mode, aux cosmétiques, à son image plus généralement, "c’était des comportements féminins, des valeurs féminines. C’est la raison pour laquelle on parle de féminisation des sociétés : les hommes ont adopté un certain nombre de valeurs ou de comportements, des sortes de consommation qui sont dites féminines. Ce n’est pas péjoratif", rassure Jean-François Amadieu. Dans leur comportement, "ils (les hommes, ndlr) sont plus dans l’émotion aussi", constate le styliste Kristof Bruand. "Aujourd’hui, il n’y a plus ce côté 'ça c’est pour les filles, ça c’est pour les garçons'."

Montrer qu’on est toujours dans la compétitionKristof Bruand, styliste

Egalement conseiller en image, Kristof Bruand, fort de son expérience, a constaté cette évolution du genre. Son métier consiste à aider des femmes et davantage d’hommes dans "une démarche de développement personnel". Son dernier client en est l’exemple concret : "Avant de me rencontrer, il a d’abord eu un coach sportif, ensuite il a rencontré un coach en séduction, et il s’est avéré qu’au niveau du look, il n’était pas là non plus", nous confie le styliste.


Et ces cas se répètent. Sa clientèle, célibataire, dépasse rarement la trentaine : "Ils (les clients, ndlr) me demandent d’être plus dans l’air du temps, de manière à pouvoir séduire également". En clair, "il faut avoir un look jeune sans non plus tomber dans le look ado, mais pour montrer qu’on est toujours dans la compétition".

L'apparence, un atout "pour réussir professionnellement"

C'est précisément cette "compétition" qui pousse les hommes à ne plus se laisser aller, au risque d'être mal vu. "Plusieurs phénomènes conjugués" expliquent ce changement, étaye Jean-François Amadieu. Il y a d'abord la question de l'importance de l’apparence physique et vestimentaire "pour réussir professionnellement". Un aspect aussi important pour les hommes que pour les femmes. "Même si on juge beaucoup les femmes sur leur apparence, les hommes n’y échappent pas. Ça compte d’avantage que par le passé". Et l'utilisation des réseaux sociaux à des fins professionnelles va en ce sens : "Un homme, par exemple, cadre ou non, va être sur LinkedIn. Professionnellement, il y a des photos et ça, ça compte".

"Un facteur déterminant" sur les sites de rencontres

D'un point de vue sentimental, aujourd'hui, "l’homme séduit". "Il est dans une quête permanente de rencontrer quelqu'un", assure Kristof Bruand, qui l'a compris dans l'attente de ses propres clients. Force est de constater - sociologiquement - que la gent masculine "est amenée plus fréquemment à être sur le marché". Les séparations sont plus faciles qu'il y a encore quelques années. Et les réseaux sociaux - encore eux - ainsi que l'émergence des applications de rencontres ont favorisé "l’augmentation des partenaires" rendant le "marché plus dynamique" et, de fait, plus exigeant : "L’apparence va être un facteur très déterminant". Le meilleur exemple étant Tinder, où on est jugé en l'espace de quelques secondes sur une photo, avant de swiper ou matcher. On est très loin de la cour ou de la parade amoureuse, il y encore quelques années...

*La Société du Paraître, Jean-François Amadieu (Éditions Odile Jacob)

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