"Amor Fati" : on a écouté le nouvel album de Bertrand Cantat

RETOUR - Bertrand Cantat publie ce vendredi "Amor Fati", son premier album solo. Le deuxième après le projet "Detroit" et sa sortie de prison en 2007. Nous l’avons écouté, dans un contexte forcément particulier, et alors que de nouvelles révélations viennent d’être publiées au sujet de l’ancien chanteur de "Noir Désir".

D’abord il y a le titre. Amor Fati. Une locution latine qui signifie "Accepter son destin". Et donne une idée de l’état d’esprit dans lequel se trouvait Bertrand Cantat au moment d’écrire et d’enregistrer son premier album solo. "Ça ne veut pas dire que je vis sans regrets, sans remords. Il m'a fallu tout prendre, assumer les conséquences de mes actes", expliquait-t-il début octobre dans une interview aux Inrocks qui a fait couler beaucoup d’encre. Autant, sinon davantage par sa mise en scène que par son contenu. 


Alors que Le Point publie une enquête pour le moins troublante sur les violences passées du chanteur, difficile d’écouter ces 11 nouveaux titres sans chercher le début de la queue d’un indice, d’une confession… mais à quel sujet au juste ? Cantat, 53 ans, fait du Cantat. Il manie les mots avec suffisamment d’habileté pour  laisser libre cours à toutes les interprétations, qu’il parle de lui-même ou des réseaux sociaux, de ses insomnies ou du Brexit.

Si tu l’oses, ramènes ta prose. Augmente la dose. C’est sûr, ils aimeront pas, ils diront que t’as pas le droitBertrand Cantat, sur le chanson "Amor Fati"

Sur la forme, Amor Fati est un beau disque.  A la fois brut et sophistiqué. Enregistré entre l’Allemagne, le Chili et la France, il voit l’ancien leader de Noir Désir de nouveau collaborer avec Pascal Humbert, déjà à ses côtés sur le projet Detroit, son premier disque après sa sortie de prison, en 2007. Moins rock aux premiers abords, il est lardé d’arrangements électro, à l’image des synthés à la Blade Runner du titre d’ouverture, "Amie Nuit", même si les guitares, acoustiques et électriques, ne sont jamais loin.


Sur le fond, il dresse le portrait d’un homme que ni les drames, ni les critiques – l’indécence ? – ne semble pouvoir arrêter. Les paroles de la chanson qui donne son titre à l’album en sont le meilleur exemple : "Humilié, 100 fois tombé à terre, 100 fois se relever", souffle-t-il. "Et si tu l’aimes, la poussière, tu vas te régaler. Bam Bam ton cœur explose, et si tu l’oses, ramènes ta prose. Augmente la dose. C’est sûr, ils aimeront pas, ils diront que t’as pas le droit. Chaque fois."

Et puis il y a le Cantat politique. Engagé. Inaudible ? Après avoir abordé la crise des migrants dans "L’Angleterre", il jette un regard à fois amer et ironique sur le paysage politique. "Dans la série des baltringues on a un choix de dingues […] on célèbre du faux lys, du faux neuf, du Narcisse", balance-t-il sur "Aujourd’hui", l’un des meilleurs titres. "Podemos est tombé sur un os, Syriza ne peut pas et la France est soumise… ou pas […] Aujourd’hui j’ai l’âme au firmament, la Nuit Debout en suspens."


Qu’il soit vécu comme une provocation ou non, qu’il provoque le malaise ou pas, Amor Fati existe. Et il fournira aux admirateurs de Bertrand Cantat, comme ses détracteurs, la matière à de nouveaux débats passionnés. D’après nos informations, le chanteur n’aurait pas l’intention d’en commenter la sortie. Mais des dates de concerts seront bel et bien annoncées dans les prochaines semaines.

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