Arno : "C’est grâce à la scène que je vis encore"

MUSIQUE
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Interview. Pour ses 65 ans, Arno sort "Le Coffret essentiel", qui comprend 12 de ses albums, un disque de 19 titres rares et de duos ainsi qu’un DVD avec concert et clips. Metronews a rencontré l’artiste belge, personnage entier, pour évoquer sa carrière.

Ça vous fait quoi de sortir une compilation avec autant d'albums ?
C'est bizarre, c'est un peu comme l'expo, qui a été organisée dans ma ville natale [Ostende, ndlr]. Quand on fait des expos sur quelqu'un, c'est qu'il est vieux. Et j'ai encore la chance qu'ils n'ont pas encore fait de statue, parce que les pigeons chient dessus.

Si vous deviez retenir une seule chanson de votre ''Coffret Essentiel'' ?
[Il hésite] Ça, je ne peux pas. C'est comme si on me demandait de choisir entre mes enfants. Il y a des souvenirs, bons ou mauvais, qui sont associés à toutes ces chansons et qui m'empêchent de choisir. Ensuite je n'écoute plus mes albums…

Pourquoi ?
Je ne veux pas être confronté à ça. Parce que je suis très impulsif et je ne veux pas être amené à payer la facture. Et quand je fais un album, je le donne aux gens et ensuite, c'est eux qui décident d'écouter ou de ne pas écouter.

Vous allez avoir 65 ans, vous pensez chanter jusqu'à quel âge ?
Je ne pense pas à l'âge.

Est-ce que vous avez des regrets ?
Non. Je suis très impulsif. Et quand on est très impulsif, on en accepte les bons et les mauvais côtés. On accepte de payer la facture. J'accepte mes conneries. Je ne suis pas parfait et je ne veux pas être parfait, ça serait très ennuyeux. Ensuite, je pense au présent.

Vous donnez beaucoup de concerts, c'est important pour vous ?
Je fais des disques pour ça. Depuis 40 ans, je suis accro à la scène, c'est ma vie. C'est grâce à ça que je vis encore.

''Les bêtises de l'homme m'inspirent''

Quelles sont vos sources d'inspiration ?
C'est l'être humain. Sans lui je ne suis rien. Il fait la guerre, la crise des conneries, des enfants, il aime, il pleure… et moi je suis une partie de ça, je suis un voyeur et un vampire puisque je m'en inspire pour mes chansons.

Justement, vos chansons sont souvent sombres…
[Long blanc] Ce sont justement les bêtises de l'homme qui m'inspirent le plus.

Dans votre coffret, il y a des duos avec Stromae et Julien Doré, comment s'est passée cette collaboration ?
Ce sont eux qui l'ont demandé. Stromae a voulu faire une reprise de ''Putain, putain'' avec moi. Julien Doré voulait écrire une chanson. Je ne le connaissais pas, mais j'aime ce qu'il fait.

Avec qui aimeriez-vous chanter ?
Mireille Mathieu. J'aime Mireille Mathieu. C'est une icône et elle a une voix incroyable. Elle chante comme Piaf. Je lui ai déjà demandé, mais elle a refusé pour ''Ils ont changé ma chanson''. Je l'ai fait avec Stephan Eicher.

Vous avez fait beaucoup de reprises au cours de votre carrière, comment vous procédez ?
Je ne veux surtout pas être la copie de quelqu'un. Je déteste cette idée. Quand je fais des reprises, je change tout le bazar, toute la musique. Et je garde le texte.

Y a-t-il des chansons que vous aimeriez reprendre ?
Il y en a une que j'ai fait il y a quatre semaines : ''One night with'', d'Elvis Presley. J'avais huit ans la première fois que j'ai écouté cette chanson. Depuis ce moment, je suis accro à la musique. J'ai fait ça comme une impulsion. En deux prises, je ne fais jamais plus de deux prises.

Vous aimez travailler vite…
Oui, j'ai écrit douze chansons en quatre mois. Je vais enregistrer en juin pour une sortie en 2015.

Vous chantez en flamand, français et anglais, dans quelle langue préférez-vous chanter ?
Ça dépend d'où vient l'inspiration.

D'où vient-elle ?
Des rêves parfois. J'ai fait un rêve une fois de deux femmes à la terrasse d'un café. Elles avaient des merguez à la place des lèvres, comme si elles sortaient de chirurgie esthétique. Elles parlaient de leurs maris, mais aussi de leurs amants. En me réveillant, j'ai pris des notes et ça a donné ''Dis pas ça à ma femme'', dans l'album ''Vintage''.

Qui vous inspire ?
Les années 60. Nous avons construit une nouvelle culture avec des vêtements, de la musique, la pilule, les mini-jupes. Je me souviens avoir eu un prof de morale à l'école, catholique, qui savait que j'écoutais de la musique parce que j'avais les cheveux longs [Rires]. Il m'avait donné quatre disques pour les écouter : c'était Muddy Waters, Sonny Boy Willamson, Robert Johnson et Fats Domino, du blues joué par des Afro-Américains.

Le blues est donc à l'origine de votre inspiration ?
Sans le blues, il n'y a pas de rock n'roll. Il n'y aurait pas eu les Rolling Stones, les Beatles et même Elvis Presley. Tout vient de là.

Aujourd'hui, vous écoutez quoi ?
J'aime tout, je suis ouvert comme une vieille pute ! Je cherche toujours des nouveaux trucs.

Mais encore…
Mother Swing, un groupe belge batterie et guitar, Old Blood, Balthazar… des groupes belges.
Ils produisent un son qu'on ne trouve que là-bas.

Vous avez joué dans huit films, y a-t-il un rôle que aimeriez jouer ?
Je ne suis pas acteur et j'ai refusé beaucoup de films. Je dis qu'une vache donne du lait, pas du champagne. Je dois accepter que je ne peux pas jouer certains rôles.

Mais ça vous plaît quand même ?
Oui. Tu sais pourquoi ? Je travaille pour quelqu'un d'autre, c'est une thérapie pour moi. Quand je fais la musique, c'est moi le patron.

''Je n'ai pas de frontières, je suis vraiment européen''

Un film prévu ?
Normalement, je tourne un film en août, pour un réalisateur belge qui s'appelle Antoine avec un casting français. Mais je n'en dis pas plus parce que je suis très prudent. Tout est possible. Il y a un an, je devais jouer dans un film américain sur la vie de Marvin Gaye. Je devais jouer le rôle de Def Eddy et le jour où je devais faire le bazar, ils ont arrêté le tournage après trois semaines, faute d'argent. Et c'était la troisième fois.

Quelle relation entretenez-vous avec la France ?
J'ai des enfants qui sont nés en France, la mère de mes enfants est Française. J'aime la France. C'est un pays qui est très chaleureux, qui est ouvert aux autres. Johnny Hallyday, Annie Cordy, Charles Aznavour, Georges Moustaki, Claude François, Jacques Brel… Ce sont tous des étrangers. Maintenant, c'est le contraire, les Français viennent en Belgique. Je vais demander asile en France parce qu'il y a trop de Français à Bruxelles ! Je n'ai pas de frontières, je suis vraiment européen.

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