"Cantat n’est pas du tout dans la provocation" : le biographe de Noir Désir dissèque le retour du chanteur

INTERVIEW – Bertrand Cantat s’attendait-il à une telle vague d’indignation en commençant sa tournée ? Pas forcément, à en croire le biographe de Noir Désir. Interrogé par LCI, Pierre Mikaïloff analyse le retour controversé du chanteur sur le devant de la scène et les tensions qu'il provoque.

Une tempête. Le retour sur scène de Bertrand Cantat, condamné en 2004 à huit ans de prison pour coups mortels sur sa compagne, la comédienne Marie Trintignant, déclenche depuis plusieurs jours un vent inédit de protestation. Son actuelle tournée a ainsi donné lieu à diverses manifestations de féministes, jugeant indécent qu’il puisse être de nouveau applaudi. Pourtant, l’ex-chanteur de Noir Désir a renoué avec la musique depuis déjà de nombreuses années, sans que cela ait suscité de telles polémiques. Sans doute en raison de la relative discrétion qui était la sienne jusqu’alors. Retour avec Pierre Mikaïloff, le biographe de Noir Désir, auteur de De Noir Désir à Bertrand Cantat (J'ai Lu), sur la manière dont Bertrand Cantat a, petit à petit, repris le fil de sa carrière.

LCI.fr : Une partie de l’opinion semble découvrir que Bertrand Cantat poursuit sa carrière musicale. Pourtant, cela fait déjà plusieurs années qu’il a repris la musique. Comment s'est déroulé ce retour ?

Pierre Mikaïloff : À sa sortie de prison en 2007, sa première envie est de réamorcer Noir Désir. Pendant de longs mois, le groupe va répéter afin de remettre la machine en route. Mais cela va s’avérer un échec. Ils ne parviennent pas à terminer les morceaux en cours. Et puis, il y a un problème, une sorte d’abcès qu’ils ne parviennent pas à crever. Cela va conduire à la dissolution officielle du groupe en 2010. Donc sa première tentative de retour échoue. Après, il enchaîne des collaborations, aussi bien sur disque que sur scène avec des artistes qu’il aime bien. Cela lui a donné petit à petit confiance. Je ne sais pas si c’était une stratégie de sa part mais il a réhabitué les gens à apparaître afin de prendre la température d’un possible retour.

LCI.fr : A ce moment-là, Bertrand Cantat communique très peu sur ses collaborations. Certaines de ses apparitions sont même tenues secrètes...

Pierre Mikaïloff : Tout à fait. C’est notamment le cas sur un spectacle que j’ai écrit en 2013 en hommage à Alain Bashung. Bertrand Cantat devait venir chanter, c’était au 104, à Paris. Mais le producteur nous avait donné la consigne de ne pas annoncer sa venue par crainte de représailles ou de manifestations devant la salle. Et finalement, quand il est monté sur scène, l’accueil du public a été formidable et son interprétation magnifique.

Le moindre geste ou la moindre parole de Bertrand Cantat est scruté et surinterprété Pierre Mikaïloff

LCI.fr : En 2013, il sort l’album "Horizons" avec son nouveau groupe, Détroit. Comment est né ce projet ?

Pierre Mikaïloff : Détroit est né d’une amitié forte entre Bertrand Cantat et Pascal Humbert. Les deux hommes se connaissent depuis très longtemps. Pour Bertrand Cantat, ce groupe est une manière de ne pas s’afficher directement, d’être protégé par le nom d’un groupe pour faire un premier album post-Noir Désir.

LCI.fr : La tournée qui suit la sortie de cet album se passe bien ?

Pierre Mikaïloff : Elle se passe bien, les salles sont pleines à craquer. Le public est heureux de réentendre Bertrand Cantat. Il interprète à la fois les morceaux de Détroit et des reprises de Noir Désir. Il y a bien sûr, ici et là, des protestations, mais sans commune mesure avec celles que connaît la tournée 2018. Peut-être que le fait de se présenter sous le nom d'un groupe les avait atténuées à l'époque. Peut-être aussi qu'aujourd'hui, après l'affaire Weinstein et les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, l'opinion est prête à s'enflammer et à pratiquer des amalgames un peu rapides. Le moindre geste ou la moindre parole de Bertrand Cantat est scruté et surinterprété.

Désormais, il assume totalement son retourPierre Mikaïloff

LCI.fr : Fin 2017, place à son dernier album, "Amor Fati", qui sort cette fois sous son propre nom. Pour quelle raison ?

Pierre Mikaïloff : Désormais, il assume totalement son retour et de se produire en tant que Bertrand Cantat. C’était d’ailleurs assez naturel car c’est lui la force motrice de Détroit. Ce groupe n’existerait pas sans lui. Mais ce n’est peut-être pas un bon choix…

LCI.fr : Pourquoi avoir cessé d’être discret finalement ?

Pierre Mikaïloff : De toute façon, la discrétion ne tient pas très longtemps avec Bertrand Cantat, compte-tenu de sa notoriété.

LCI.fr : Certes, mais pourquoi est-il allé à la rencontre des féministes qui manifestaient avant son concert à Grenoble ? Est-ce de la provocation ?

Pierre Mikaïloff : Ce n’est pas du tout pour les provoquer, c’est quelqu’un qui est dans le dialogue. Il a toujours été comme ça, il aime parler avec les gens. Même quand Noir Désir était au sommet, il discutait pendant des heures avec les fans. Là en l’occurrence, ce ne sont pas des fans. Mais c’est quelqu’un qui est dans le dialogue, c’est dans son ADN, ce que soit avec ceux qui sont d’accord avec lui ou ceux qui ne sont pas d’accord. Il n’est pas du tout dans la provocation, ce n’est pas dans sa nature.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Bertrand Cantat, l’impossible retour ?

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter