Beyoncé au Stade de France : un show entre ahurissement et égocentrisme

Beyoncé au Stade de France : un show entre ahurissement et égocentrisme

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WHO RUN THE WORLD ? - La septième tournée mondiale de Beyoncé s’est arrêtée jeudi 21 juillet 2016, au Stade de France. The Formation World Tour est un show pharaonique et ultra-calibré conçu pour asseoir la suprématie de la chanteuse sur la pop mondiale. Mais au-delà de la démonstration de force, restait-il de la place pour l’émotion ?

Il est 20 h 50 quand les écrans du Stade de France s’animent enfin, jeudi 21 juillet, promettant un concert en THX comme avant un nouvel épisode de Star Wars. Dans un bouillonnement de fumigènes, une armée de danseuses s’avancent en "Formation" de part et d’autre de la scène. Beyoncé apparaît enfin, vêtue comme ses troupes d’un justaucorps noir et d’un chapeau à large bord. Le public exulte. Alors, quand la chanteuse commande au Stade de France de hurler "I slay !" ( "J’assure ! "), celui-ci s’exécute. 

C’est parti pour plus de deux heures de tubes r’n’b en cascade. Dès les premières minutes, on comprend que The Formation World Tour est un show à la démesure de la star. Un "egotrip" ahurissant porté par une scénographie pharaonique (un gigantesque écran "monolithe" s’ouvrant et tournant sur lui-même), des chorégraphies réglées au millimètre et surtout une voix phénoménale, aussi à l’aise dans les ballades a capella ("Irreplaceable" et "Love On Top"), les r’n’b trépidants ( "Bow Down") ou les blues crasseux '"Don’t Hurt Your " co-écrit avec l’ex-White Stripe, Jack White).

"Qui dirige le monde ?"

Après la sidération des premiers titres, on frôle l’hystérie sur "Run The World (Girls)". "Qui dirige le monde ?" Les filles, bien sûr. D’ailleurs, le show est totalement dédié aux femmes. C’est à elles que la chanteuse s’adresse. Et sur elles encore qu’elle se repose. Musiciennes, choristes, danseuses, acrobates : sur scène, Queen B n’est accompagnée que de femmes.

EN SAVOIR +
>> Tout savoir sur Beyoncé : notre dossier spécial sur metronews

Pourtant, l’ombre d’un homme plane sur la scène de Beyoncé. Celle de son rappeur de mari. Un époux qui, si on sait lire entre les lignes des chansons de Lemonade ou sur les sites people, aurait trompé sa superstar de femme. Mais qu’importe de savoir si Jay-Z est infidèle ou qui est cette mystérieuse "Becky aux beaux cheveux" dont parle la chanteuse sur " Sorry" . Ce soir, la seule chose qui compte, c’est que Beyoncé est au sommet du monde. Là où elle se tient désormais, elle ne souffre plus la comparaison qu’avec une poignée de légendes comme Madonna ou Michael Jackson. Ses chorégraphies martiales rappellent d’ailleurs celles du défunt Roi de la pop. Son autorité, celle de la Ciccone.

Le show le plus impressionnant depuis le 360° Tour de U2

Visuellement, The Formation World Tour est une tuerie numérique. Le show le plus impressionnant que le Stade ait connu depuis la tournée le 360° Tour de U2. Un tour de chant si bien calibré que la belle se permet même de laisser aux vestiaires quelques hits comme "Single Lady " ou "If I Were A Boy" ou de tronquer le répertoire de sa période Destiny’s Child ("Independent Women", "Bootylicious" ou "Survivor", toutes réduites à un couplet/refrain).

Si la promesse de cette tournée était de divertir, alors le contrat est largement rempli. Si celle-ci était de proposer un show plus engagé, à l’image de Lemonade, le nouvel album de la chanteuse, c’est raté. Le décalage avec le clip et les paroles de "Formation" ("J’aime mon nez-nègre et mes narines de Jackson Five") est abyssal. Et il y a quelques choses de gênant à voir Queen B patauger dans l’eau sur la scène centrale façon "Singing in The Rain" pendant "Freedom", peut-être l’un des titres les plus politiques de son dernier album.

Ce soir-là, Beyoncé n’avait rien à dire sur Donald Trump, sur le mouvement Black Lives Matter ou sur les attentats de Nice. Quand elle prend la parole, c’est pour remercier ses fans "d’avoir fait d’elle ce qu’elle est" ou "d’avoir acheté les t-shirts". Pourtant, la veille, à Lyon, Rihanna, l’autre protégée de Jay Z, a tenu à rendre hommage aux victimes de la Promenade des Anglais. Beyoncé, elle, préfère (sur)exposer les images de son bonheur et sa famille (père, mari, grand-mère, enfant…) sur un écran géant avant de quitter la scène sur un ultime "Halo" mollement réorchestré. 

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