Bob Dylan de retour : "Avec la crise du disque, qui à part lui peut aujourd'hui sortir un triple album ?"

Bob Dylan de retour : "Avec la crise du disque, qui à part lui peut aujourd'hui sortir un triple album ?"

COLLECTOR - Le lauréat du dernier prix Nobel de littérature, Bob Dylan, sort ce vendredi un triple album de reprises de standards de la musique américaine, Triplicate. Un événement pour ses fans, réunis désormais sur plusieurs générations.

Indéboulonnable. A bientôt 76 ans, Bob Dylan crée encore une fois l’événement en sortant ce vendredi un triple album, intitulé Triplicate, une compilation de reprises de Frank Sinatra. 30 titres sélectionnés avec attention parmi un éventail d’auteurs-compositeurs américains tels que Charles Strouse, Lee Adams, Ted Koehler ("Stormy weather"), Harold Hupfield ("As time goes by"), ou encore Cy Coleman, et enregistrés dans les mythiques studios Capitol à Hollywood. "Un énième pied de nez de sa part", lance le journaliste Jean-Pierre Saccani. "Avec la crise du disque, qui peut aujourd'hui sortir un triple album, à part lui ?"

Ce 38ème album sera donc un coffret où chaque disque possédera "sa propre atmopshère", promet le site de l’artiste, et aura son propre titre, respectivement "Til The Sun Goes Down", "Devil Dolls" et "Comin’ Home Late". "C'est une manie chez cette immense artiste de classer ses chansons par thématique : biblique, surréalisme, ou autour de ses amours blessés", nous explique l'écrivain, acteur et journaliste Jackie Berroyer, biberonné à Dylan dès l'âge de 16 ans. 

"Sa force, poursuit-il, c'est que Dylan prend des risques tout le temps, dans son écriture comme dans ses choix, et cela désarçonne beaucoup de monde". Pour autant, le succès est toujours au rendez-vous. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 125 millions de disques vendus dans le monde et deux derniers albums, déjà faits de reprises, qui ont été d'énormes succès : "Fallen Angels" (2016) a atteint le Top 10 dans plus d'une douzaine de pays, tandis que "Shadows in the Night" (2015) s'est classé dans le Top 10 de dix-sept pays. 

Bob Dylan and his band au Zénith de Paris le 20 avril

Bob Dylan continue aussi de remplir les salles - il va d'ailleurs enchaîner ces prochains jours des dates dans toute l’Europe, à commencer par la Suède dès le 1er avril, puis la Norvège, le Danemark, l'Allemagne, le Royaume-Uni, avant le Zénith de Paris le 20 avril et la Seine musicale le 21 avril - . Un périple incessant que le chanteur a entamé il y a trente ans avec son "never ending tour" ("tour sans fin"). "A tel point que la légende raconte qu'un jour à Hambourg, Dylan a lancé un 'Bonsoir Tokyo !' devant la foule interloquée", se souvient Jean-Pierre Saccani.

Aujourd'hui, tous les publics se retrouvent à ses concerts. Les plus jeunes criant parfois au massacre car Dylan ne réalise jamais deux fois la même performance. "Il faut parfois attendre le refrain pour reconnaître le morceau qu'il est en train de jouer", s'étonne parfois Cyprien, 26 ans, qui écoute déjà en boucle sur YouTube le premier single de Triplicate "I could have told you". 

Les puristes, eux, crient au génie. Une chose est sûre, l'artiste ne laisse personne indifférent : "Lors d'un tournage, je parlais avec le comédien Melvil Poupaud. Il me disait que lui justement n'accrochait pas", raconte Jackie Berroyer. "Je lui ai donné un enregistrement de Dylan en 1966 à Melbourne (...). Plus tard, il m'a dit être devenu fan absolu".

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Celui qui écoute mes chansons ne me doit rien- Bob Dylan

Si Bob Dylan a révolutionné les années soixante avec ses compositions originales, aujourd'hui, avec ses titres de reprises, il a décidé de jouer la musique d'une Amérique qui n'existe plus. Il s'en est expliqué lors d'une rare interview avec l'écrivain Bill Flanagan, publiée sur son site internet jeudi 23 mars : "Il y a toujours des précédents, presque tout est la copie de quelque chose d'autre", a-t-il affirmé, soulignant que les auteurs de chansons s'inspiraient parfois d'un article de presse, d'un panneau ou d'une nouvelle. "Une fois que vous avez l'idée, tout ce que vous voyez, lisez, goûtez ou sentez devient une allusion. C'est l'art de transformer les choses", a-t-il estimé.

"Et il est passé maître dans cet art", souligne Jean-Pierre Saccani. "C'est admirable de réussir à synthétiser tous ces courants : blues, jazz, country, rock... de reprendre du Franck Sinatra et d'en faire totalement autre chose". "C'est un personnage de rupture", poursuit le journaliste. "A chaque fois qu'on essaie de l'enfermer dans une case, il en sort".

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Bob Dylan bouscule le Prix Nobel de la littérature avec sa musique

En témoigne, par exemple, sa tournée mondiale de 1966 - qui faisait suite à son fameux passage à la guitare électrique au Festival de Newport, un an plus tôt -, l'une des séries de concerts les plus controversées de son époque. Dans chaque pays, des fans, mécontents, hurlaient à la trahison : le héros de la folk avait tourné le dos à sa guitare acoustique. Cela lui valut, entre autres amabilités, de se faire traiter de Judas sur scène à Manchester. Bob Dylan avait répondu à ces amoureux déçus par quelques mots d'avertissement : "Celui qui écoute mes chansons ne me doit rien". Libre, tout simplement.

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