Calogero : "L'homosexualité, c'est la normalité"

MUSIQUE

INTERVIEW – Calogero opère un retour en force avec "Les feux d'artifice", un sixième album studio aux mélodies fulgurantes, coécrit par sa compagne Marie Bastide, Dominique A et Alex Beaupain. Confessions d'un chanteur qui gagne en assurance à chaque disque.

Vous n'avez pas sorti d'album original depuis "L'embellie" en 2009. Pourquoi cette longue absence ?
J'avais besoin de voir autre chose. J'ai enregistré un album symphonique et ça m'a permis de découvrir un horizon différent, de prendre plus d'espace, de changer ma manière de chanter, avec une émotion différente. Je voulais aussi trouver un groupe où je ne sois qu'une infime partie, qu'un cinquième. Même si certains fans étaient déçus au moment des concerts de Circus, j'étais volontairement mis de côté. Je voulais retrouver le côté spectacle de rue, plus intime, ne pas tenir les choses sur mes épaules.

Vous avez aussi composé le dernier album de Florent Pagny, Vieillir avec toi...
C'était une très belle aventure. J'avais déjà fait une chanson pour lui et j'avais dit que j'aimerais écrire un album entier. J'avais ça en tête depuis longtemps. J'avais 3 mois pour le faire mais j'étais prêt, je voulais lui donner le meilleur de ce que j'avais. Je devais m'adapter à sa personnalité en restant totalement libre. J'étais tout seul en studio à m'éclater.

Avez-vous été surpris par son succès ?
Oui, car ce n'était pas du tout gagné d'avance. Beaucoup de personnes de mon entourage m'avaient déconseillé de le faire, ils auraient préféré que je garde certains titres pour moi. Mais je voulais lui couper le meilleur costume qui soit, ne pas y aller à l'économie. Ce n'est pas mon genre. Le succès de Florent m'a vraiment donné des ailes pour cet album.

Comment sont nées les nouvelles chansons ?
Le morceau qui revient sur le drame d'Echirolles, "Un jour au mauvais endroit", est venu très rapidement, avec le choc. Et "L'éclipse" et "Le monde moderne" ont suivi tout de suite après. Tous ces défis m'ont apporté beaucoup de richesse et une volonté de rester fidèle à ma musique. Je me suis rendu compte qu'on me parlait souvent de mon style. Je m'en fiche de savoir si c'est du rock ou de la variété. Le style, c'est comme un décorateur pour une maison. On doit savoir qui a dessiné l'intérieur.

Quelle impulsion avez-vous voulu donner à ce disque ?
C'est un retour aux sources, à des sonorités anglo-saxonnes, avec toujours des références de chanson française. Même s'il y a des clins d'œil eighties, ça reste un album d'aujourd'hui. J'avais envie de travailler avec des nouvelles personnes, et mon frère m'a toujours dit d'aller en Angleterre. J'ai donc suivi ses conseils. Je ne pensais pas que ça serait aussi fluide de travailler dans l'inconnu.

"Le drame d'Echirolles, ce sont des gamins qui sont devenus des barbares"

Qu'est-ce qui vous rend le plus fier aujourd'hui ?
Quand les gens me croisent dans la rue et qu'ils me parlent seulement de mélodies. J'arrive à m'exprimer avec mes compositions. J'ai l'impression d'être comme un artisan, il faut être disponible pour recevoir l'inspiration. Ce n'est pas divin, mais c'est de la magie. Quand la chanson arrive, quand elle me tombe sous les doigts, je sais qu'elle est là. Après, je veux toujours garder la première émotion de la musique. C'est pour ça que j'ai beaucoup d'admiration pour mes auteurs.

On ne vous savait pas aussi engagé...
Je ne suis pas un engagé politique, mais j'ai besoin de délivrer des messages, surtout sociaux. Quand il y a eu le drame d'Echirolles, j'étais très choqué parce que j'ai grandi là-bas, parce que je me suis déjà battu pour un mauvais regard. Ce n'est pas une histoire de drogue ou de grand banditisme, ce sont juste des gamins qui sont devenus des barbares et qui ont lynché deux autres gamins. Ce n'est pas un drame comme un autre, car ça s'est déroulé dans une ville normale.

Pourquoi avoir accepté de chanter ce texte sur l'homosexualité, "J'ai le droit aussi" ?
J'ai beaucoup d'amis homosexuels, et il ne faut pas croire que le coming-out est devenu plus facile avec le temps. Il y a toujours des pays où c'est lourdement sanctionné. Je me mets complètement dans la peau de ces personnes. L'homosexualité a toujours existé, c'est la normalité et c'est naturel.

Ça change quelque chose de travailler avec votre compagne, Marie Bastide ?
Non, je ne fais pas la différence, je suis même assez dur avec ses textes. Ce qui a ouvert les choses, c'est l'album avec Florent Pagny. C''est un bon auteur, mais je ne lui fais pas de cadeaux. Je redeviens très froid avec elle quand il s'agit de travail, elle peut s'en prendre plein la figure. En revanche, elle aborde des thèmes sociaux, qui nous concernent tous les deux, comme les familles recomposées ou le divorce.

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