Christophe : "J’avais envie de raconter comment, à 13 ans déjà, je pouvais aimer la baise"

MUSIQUE

INTERVIEW - Dans la chanson française, Christophe occupe une place singulière. À 70 ans, le créateur d"Aline" et des "Mots Bleus" revient avec "Les Vestiges du Chaos", un disque éblouissant où se croisent actrices de cinéma et fantômes du rock. C’est chez lui, dans son appartement-musée du boulevard Montparnasse, tard le soir que le chanteur a reçu Metronews pour évoquer sa musique, ses obsessions et sa trajectoire unique.

Que représente pour vous ce nouvel album, dans une discographie déjà conséquente ?
C’est un de mes chouchous avec l’album Bevilacqua. Je voulais faire un disque mélodique sans en passer par la structure traditionnelle des chansons. Un album, ça ne se décide pas. Quand je fais "Aimer ce que nous sommes" en 2008, je l’ai fait avec la matière du passé et la vision du futur. Sur celui-ci il y a beaucoup de choses enregistrées à Tanger, sur mon voilier, à Beyrouth… C’est un disque nomade mais la partie la plus importante, c’est ma solitude, ici, chez moi. Tous les pianos qu’on entend sur l’album ont été enregistrés ici, avec les bruits de la ville et ces machines que j’aime, qui sont comme de super belles meufs: à chaque fois que je vais dessus, elles me donnent du plaisir.

Il y a une bouleversante chanson d’adieu à Lou Reed. Vous l’avez connu ?
À la fin de sa vie. Après une lecture au CentQuatre, il ne voulait voir que moi. Par contre, la fois suivante, il m’a à peine calculé. Il était comme ça. Mais ce titre compte beaucoup pour moi car c’est la chanson de la renaissance de mon album. Un mois auparavant, j’ai failli tout abandonner. C’était l’incompréhension totale avec mon label alors j’ai dit 'j’arrête l’album'. Je suis joueur. C’était un coup de poker. Mais à 70 balais, je ne voulais pas sortir un disque qui ne me ressemble pas du tout.

L’album s’achève par une confession érotique. D’où vient cette chanson, "E Justo" ?
De mes fantasmes en pension. J’avais envie de raconter comment, à 13 ans déjà, je pouvais aimer la baise. Je le chante comme c’est arrivé : je me suis fait prendre par les gardiens de la colo, dans le dortoir des grands, avec une petite métisse… J’avais même été convoqué chez ses parents… (rires) Déjà à l’époque je ne foutais plus rien à l’école, je cherchais déjà ma voie entre la mode, le cinéma et la musique.

Il y a beaucoup de collaborations sur ce disque, on y retrouve notamment Alan Vega du groupe Suicide…
On s’adore depuis longtemps. Quand on aime profondément le travail des gens, il y a des points de rencontre. Il y a aussi Soko qui est venue dire une réplique de Jean Seberg dans À bout de souffle. Tout ça, ce sont des imprévus. Comme lorsqu’Anna Mouglalis passe me voir et qu’on fait ce morceau. On ne s’était pas vu depuis 6 ans. C’est un peu une lâcheuse, Anna… Puis il y a les gens que je n’ai pas osé approcher comme Thom Yorke ou Trent Reznor. Ou le groupe Future Island. Là je lutte pour les faire venir chez Drucker. J’ai dit à Michel: "S’ils ne viennent pas, je viens pas !"

Qu'avez-vous pensé de la reprise des "Paradis Perdus" par Christine and The Queens ? Jean-Michel Jarre, qui l'a écrite pour vous, adore sa version, mais souffre qu'elle ait modifié son texte d’origine...
Moi je suis pour que les gens changent des choses. J’aime entendre quelque chose de différent. Moi j’adore la reprise de Christine, c’est la plus belle reprise d’une de nos chansons avec "Les Mots Bleus" par Bashung.

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