Craig David : "Je sais que mon âme sœur entrera dans ma vie quand je ne la chercherai pas"

Craig David : "Je sais que mon âme sœur entrera dans ma vie quand je ne la chercherai pas"
MUSIQUE

INTERVIEW - Après 11 ans sans titres originaux, Craig David revient avec "Following My Intuition", un album plein de bonnes vibes qui nous ramène à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître mais qu'ils apprendront vite à apprécier. De son enfance à Southampton à ses années passées sous le sunlight de Miami, il évoque pour LCI.fr sa passion pour la musique. Et nous livre quelques conseils de drague.

LCI.fr : Vous étiez très jeune quand vous avez commencé (19 ans) et vos fans avaient le même âge. Ils ont vieilli en même temps que vous. Comment qualifieriez-vous cette relation ?

Craig David : Ça a été très surréaliste pour moi de voir une génération grandir avec ma musique. Sur l’album, il y a une chanson qui s’appelle "16" et qui est un mashup de "Feel Me In" et "Where Are You Now" de Skrillex, Diplo et Justin Bieber. J'entends des ados qui ont 15-16 ans dire : "les gars, vous avez entendu parler de ce mec, Craig David ? Il a un titre sur lequel il sample Skrillex". Et vous avez l’autre génération qui dit : "non, ce n’est pas ça. C’est "Feel Me In" de la bonne époque". Voir deux générations, l’une qui me découvre et l’autre qui sent toute sa jeunesse revenir, c’est surréaliste. Je n’aurais jamais pensé que ça arriverait. J’étais très confiant en tant qu’auteur de chansons, je pouvais continuer à en écrire. J’ai toujours cru que trois minutes d’une chanson pouvaient changer ma vie. Certains s’arrêtent mais j’aime la musique donc j’ai continué. Je me suis dit : "peut-être que ceux qui ont grandi avec ma musique vont penser que j’ai trouvé les bons morceaux". Je ne pensais pas voir des ados me demander des autographes et des selfies. C’est fou.

LCI.fr : Vous n’aviez pas écrit de matériel original depuis 11 ans. Que s’est-il passé pendant tout ce temps ?

Craig David : Je l’ai senti comme une évolution. Chaque chanson et chaque album que j’ai sortis sont un peu comme mes enfants. Je pense que chaque parent sera d’accord avec moi : vous les voyez grandir, certains réussiront mieux que d’autres mais vous les aimez tous de la même manière. Je ne suis pas le genre de personne à regarder en arrière pour dire : "en fait, je n’ai pas vraiment aimé cet album". Chaque opus correspondait à une période bien précise de ma vie. J’ai déménagé à Miami, pendant 5-6 ans pour les raisons évidentes auxquelles tout le monde pense : le soleil, la plage, le style de vie.

LCI.fr : Les filles en bikini ?

Craig David : C’est pas mal non plus (il sourit). Mais à l’époque je vivais au Royaume-Uni et je partais deux semaines par an à Miami. Je me suis dit que j’allais faire l’échange et que je pourrais toujours écrire des chansons et avoir un studio chez moi. Mais j’ai réalisé que vivre à Miami n’était pas vraiment propice à ma créativité. Parce que pendant la journée vous voulez être au soleil pour en profiter et la vie nocturne est incroyable. Vous parlez de musique mais vous n’en faites pas. Ça m’a pris un bout de temps pour prendre conscience de tout ça. Mais quand je me suis réinstallé au Royaume-Uni il y a un an et demi, j’ai recommencé à travailler avec des producteurs et à entendre : "on adore ton titre 'Feel Me In'". On me parlait de ce que j’avais fait il y a 15 ans. Je me suis remis derrière un micro en studio et j’ai tout donné. J’avais l’impression de retrouver mes 17 ans. J’ai attendu qu’ils pressent le bouton pour me parler et tout ce que j’ai eu c’est : "oh mec, tu es toujours dans le coup ! Tu es toujours dans le coup Craig !" Ça s’est produit dans tous les studios où j’ai été. Ça m’a doucement reconstruit et a refait de moi ce gamin.

Je ne pouvais pas m'éloigner de la musique- Craig David

LCI.fr : Vous avez donc mis un an et demi à composer cet album ?

Craig David : Oui et c’est marrant parce que ça faisait quatre ans que j’écrivais. Cet album n’a pas été écrit comme un album en tant que tel. Je me levais le matin et j’écrivais, selon mon humeur. J’ai continué puis j’ai signé un contrat et j’ai mis toutes ces chansons en commun. Et elles se sont choisies elles-mêmes. Le seul problème qu’on avait, c’est le nombre. J’avais 20 morceaux et je n’ai jamais été fan des longs albums. J’ai dû réduire à 15, ce qui était difficile. Le meilleur compliment que j’ai eu vient de ceux qui m’ont dit avoir écouté l’album en intégralité sans jamais changer de chanson.

LCI.fr : Vous répétez plusieurs fois "never give up", "ne jamais abandonner". C’est une sorte de mantra dans l’album. Avez-vous un jour songé à abandonner ?

Craig David : Je vis la musique. Je ne pouvais pas m’en éloigner. Peu importe de la manière dont ce que je fais est perçu, même si je suis très reconnaissant de l’accueil qu’a reçu mon premier album. Beaucoup d’artistes, en regardant leur carrière, se diraient "haou, si à partir du 4e ou 5e album, tu en vends 500.000 exemplaires, ce serait génial". On a fait 7 millions sur le premier ("Born To Do It", 2000). Après de tels chiffres, vous êtes attendus à un certain niveau. Avec le deuxième album ("Slicker Than Your Average", 2002), on a fait 3,5 millions. Je croyais que ce n’était pas aussi bon que le premier mais 3,5 millions ? Essayez de donner ça à quelqu’un maintenant, il prendrait la moitié et sauterait dans tous les sens. Je me suis un peu perdu en essayant de me définir par rapport aux chiffres. Quand tu te trouves à un moment d’équilibre dans ta vie et que tu commences à comprendre ce qui parle aux gens, abandonner est impossible. Parce que tu réalises que ce n’est pas une compétition. Il s’agit juste de faire de la bonne musique. Ce qui me rendait heureux c’était de me lever le matin et de finir une chanson qui me donnerait envie de mettre le son à fond chez moi. C’est ce que j’ai fait sur mon premier album.

Quand vous parlez aux femmes, soyez vrais- Craig David

LCI.fr : Vous chantez également beaucoup à propos de l’amour et de la séduction. Avez-vous quelques conseils à nos donner pour séduire une femme ?

Craig David : Oubliez les choses évidentes, comme les compliments sur l’apparence. Vous pouvez le faire, c’est bon pour l’ego. Mais le ciment, c’est la connexion que vous avez avec l’autre. Ce n’est pas intellectuel, c’est une question d’énergie. Dans la chanson "Like a Fan", je parle d’un coup d’un soir mais vu du mauvais côté. A 35 ans, je peux me dire maintenant : "tu sais quoi ? Pour la première fois, je peux vraiment comprendre comment c’est de l’autre côté, quand tu es avec une fille que tu aimes beaucoup et qu’elle ne te rappelle pas". Je n’ai pas d’enfant pour l’instant mais imaginons que j’ai une fille. Comment peux-tu parler d’une femme comme ça alors que ta fille est là ? Ça a été très positif pour moi de voir les choses de cette perspective. Quand vous parlez aux femmes, soyez vrais. Si vous la trouvez belle et que c’est sincère, dites-lui. Si c’est pour arriver à quelque chose, c’est contradictoire. Calmez-vous et toute roulera comme sur des roulettes.

LCI.fr : Et vous, avez-vous trouvé l’amour pendant ces 11 ans ?

Craig David : C’est difficile de définir "trouver l’amour". Vous trouvez l’amour quand vous commencez à tout aimer chez vous, quand toutes vos imperfections deviennent vos perfections. Je sais que mon âme sœur entrera dans ma vie quand je ne la chercherai pas. Parce que la chercher, c’est montrer qu’il y a un manque. C’est comme quand tu attends le bus et que tu as tout le temps devant toi, trois te passent devant. Mais quand tu es pressé, aucun ne vient. J’en suis là. Arrivera ce qui arrivera. Ce ne sera pas forcément dans un club, ça peut aussi être dans un ascenseur. Vous dites la même chose au même moment, comme dans le film "Pile et Face" avec Gwyneth Paltrow.

LCI.fr : Vous avez grandi à Southampton avec votre mère. Vous souvenez-vous quel petit garçon de 12 ans vous étiez et quel genre de vie vous vous imaginiez alors avoir plus tard ?

Craig David : Même s’ils étaient séparés, mon père était toujours là. Il venait me chercher tous les dimanches, je le respecte pleinement pour ça. J’étais déjà à fond dans la musique. Je commençais à collectionner les disques. Ma mère dépensait beaucoup plus d’argent qu’elle n’en avait pour ça. Elle faisait tout, notamment à Noël ou à mon anniversaire, pour que je me sente comme les autres. Elle n’en avait pas vraiment les moyens, je le comprends maintenant. Elle m’a acheté mes disques, ma première platine puis une autre pour que je puisse faire mes mix. Après, j’ai pu faire des CD et des cassettes que je vendais chez le coiffeur pour me faire un peu d’argent. Tout m’a mené ici, c’est étrange quand on y pense. Je suis très reconnaissant envers mes parents. Je me suis toujours senti très aimé, très spécial. Ils m’ont laissé exploiter ma créativité. A 14-15 ans, j’allais dans les clubs faire le DJ avec un mec qui avait 10 ans de plus que moi. Mes parents savaient que je n’y allais pas pour me saouler. TS5 (son projet DJ, ndlr) a commencé dans mon appartement avec une fête il y a 4-5 ans. Récemment, nous avons joué à Brixton devant 5000 personnes. Il y a an et demi, c’était devant 250. Nous avons joué sur l’une des plus petites scènes de Glastonbury et 20.000 personnes sont venues. Ça m’a prouvé qu’on revient toujours à l’amour de la musique et des shows. Et c’est ce que mes parents ont fait pour moi : me permettre d’être ici.

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