David Guetta : "A mon avis Barack Obama est un meilleur danseur que François Hollande"

David Guetta : "A mon avis Barack Obama est un meilleur danseur que François Hollande"
MUSIQUE

INTERVIEW – C'est l'homme qui fait danser la planète. Avec "Listen" (Warner), David Guetta opère un virage musical plus intimiste, inspiré par de nouvelles collaborations et de profonds changements dans sa vie personnelle.

Depuis le début de la promo de Listen, vous parlez de votre "crise de la quarantaine". Dans quelle mesure a-t-elle influencé ce disque ?
(rires). Ce n'est pas moi qui ai commencé ! L'un de vos confrères m'en a parlé... et c'est vrai que je suis passé par là. Et que ça a influencé cet album. La crise de la quarantaine, ça ne joue pas que sur les relations. C'est aussi un ensemble de questions qu'on se pose sur ce qu'on veut être, ce qu'on veut faire, les choses qui sont importantes... Dans ces moments-là, on a souvent envie de changement. Pour tout vous dire j'ai lu des bouquins sur le sujet (sourires). Dans le cas précis, ça passe par un virage artistique, même si je reste un DJ qui fait de la musique pour danser. Mais cette fois j'ai travaillé avec de nouveaux sons, de nouveaux artistes hormis Sia et Nicki Minaj. J'ai aussi utilisé une nouvelle technique de travail, en écrivant d'abord des chansons à la guitare, ou piano-voix, avant de les produire façon club. Avant, je commençais par les sons et les gens venaient chanter par-dessus.

On a souvent tendance à opposer les songwriters et les Djs, ceux qui créent et ceux qui empruntent...
(sourires). C'est quelque chose qui est totalement faux. Tout le monde emprunte. Certains en effectuant des samples. D'autres, qui sont des musiciens professionnels, en utilisant des grilles d'accords, des mélodies qu'ils ont emmagasinés en étudiant la musique et qu'ils ressortent d'une façon détournée lorsqu'ils composent. Chaque fois que j'écoute des "gros titres", qui cartonnent dans les charts, je sais toujours d'où ça vient. De toute façon ça vient toujours de quelque part ! Après chacun apporte, sa patte, son style. Mais vous savez, on fait tous de la musique parce qu'on aime la musique.

Dans votre cas, vous fédérez des artistes qui viennent d'univers très différents. C'est ça la patte Guetta, non ?
Travailler avec des gens de qualité, ça veut dire qu'ils me reconnaissent des qualités. Qu'ils acceptent de bosser pour moi ou qu'ils fassent appel à mes services en tant que producteur. Le challenge avec Listen, c'était d'amener un nouveau type d'artistes dans ma musique, chose qui n'était pas gagnée à l'avance. Je suis devenu très connu pour mes collaborations avec des artistes de musique urbaine et j'avais envie d'aller à la rencontre de gens comme Ryan Tedder de One Republic, Emeli Sandé, John Legend. Au départ, ils étaient un peu surpris... et en leur faisant écouter mes maquettes, ils ont compris.

"Dans l'esprit de certains, j'étais le mec de 'Sexy Bitch'"

Est-ce que vous avez essuyé des refus ?
Ca a été un peu difficile au début, oui. Surtout parce qu'ils ne comprenaient pas pourquoi je faisais appel à eux. Dans leur esprit, j'étais le mec de "Sexy Bitch", "When Love Takes Over", "Sweat" avec Snoop Dogg. Et j'ai du leur expliquer que je voulais faire quelque chose davantage dans la lignée de Titanium, avec Sia. Ca veut dire qu'il faut être capable de prendre sur soi, mettre son égo dans la poche, se dire qu'on est là pour faire ses preuves, repartir presque à zéro, après tout ce temps.

Avez-vous travaillé sur plusieurs moutures du disque ?
Vous n'imaginez même pas. Dans mon iTunes, j'ai une liste qui s'appelle "Album 2014", et une autre qui s'appelle "Album 2014 final". Dans la première il y a 150 références... et dans l'autre 14 ! En deux ans, j'ai fait énormément de maquettes, plein de version différentes. La particularité, c'est qu'à une ou deux exceptions près, j'ai écrit toutes les chansons avec des songwriters avant de les proposer aux chanteurs. Parce que je voulais faire un album très personnel, qui raconte vraiment une histoire.

Vous parlez d'un album personnel. Qu'est-ce qu'on ne sait pas sur David Guetta qu'on apprend en l'écoutant ?
D'abord musicalement c'est au plus proche de ce que j'aime aujourd'hui. Je m'inscris toujours dans une culture électronique, mais beaucoup plus mélodique, réellement centrée sur l'émotion. Bien sûr, ça fait toujours danser car je reste un DJ et j'aime ça plus que tout. Mais j'espère qu'on perçoit quelque chose de moins superficiel, de plus profond. Dans les textes, il y a des choses très intimes sur la manière dont j'ai vécu l'année écoulée.

"Pendant longtemps mon image dans les médias ne correspondait pas à la réalité"

Est-ce au fil des années un "David Guetta médiatique" s’est créé, différent de l'homme que vous êtes réellement ?
J'ai au contraire l'impression que le David Guetta public se rapproche de la personne que je suis. Mais c'est vrai, pendant très longtemps mon image dans les médias ne correspondait pas à la réalité. Je n'ai jamais compris pourquoi... mais je m'en suis accommodé.

On vous a fait payer le fait de venir du "business", d'avoir fait de l'argent avec les boîtes de nuit avant de faire de la musique ?
Sans doute, oui. Mais Jay-Z aussi est présenté comme un businessman. La différence, c'est que c'est un truc très accepté aux Etats-Unis, un peu moins en France ou en Angleterre. Je pense que j'ai une mentalité très américaine au niveau du travail... mais que culturellement, je reste très français. En ayant passé beaucoup de temps là-bas, je m'en rends compte. Au début, c'était "whaou !", j'avais l'impression d'arriver au paradis. Mais au bout d'un moment la culture française me manque vraiment. Même si on a un problème avec la réussite, avec l'argent...

Et si vous aviez le choix entre jouer à la Maison Blanche et l'Elysée ?
(rires) D'après vous ? A mon avis Barack Obama est un meilleur danseur que François Hollande. C'est le côté sympa des Américains. Ils sont moins "formels". Ils ont le sens de "l'entertainment". Un des grands moments de ma vie, c'est quand Will I Am m'a envoyé le lien Youtube du flashmob de "I Got A Feeling", que les Black Eyed Peas avaient réalisé à Chicago pour Oprah Winfrey. J'en avais les larmes aux yeux.

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