Florent Marchet : "L'homme est devenu un alien pour l'homme"

Florent Marchet : "L'homme est devenu un alien pour l'homme"

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INTERVIEW - Après le succès surprise de "Courchevel", Florent Marchet part à la conquête de l'espace avec "Bambi galaxy". Un disque en forme d'épopée qui en dit long sur les failles de notre société.

Votre nouvel album Bambi galaxy est sans doute le plus ambitieux de votre carrière. Comment est-il arrivé à maturation ?
Depuis 5 ans, ma vie a beaucoup changé, je suis papa de deux enfants et je me suis beaucoup posé la question de la transmission et du futur. J'ai réalisé qu'enfant, l'avenir paraissait fantastique, j'étais persuadé que j'irai passer des week-ends avec ma grand mère sur la Lune. Aujourd'hui, tout le monde a peur de se projeter, on préfère se tourner vers le passé. Paradoxalement, le progrès technologique n'a jamais été aussi avancé, on est capables de comprendre le fonctionnement du cerveau et celui de l'univers. J'ai vécu une vraie prise de conscience. Par exemple, dans les années 1950, dans les films d'anticipation, la menace provenait toujours des extra-terrestres, d'une force inconnue. Aujourd'hui, l'homme est devenu un alien pour l'homme.

Comment traduire ce sentiment en chansons ?
Je voulais raconter l'histoire d'un personnage qui cherche sa place dans une société dirigée par l'argent et qui renvoie une certaine violence. Il va chercher à s'éloigner du modèle qu'on lui impose et dans sa quête du bonheur, il va rencontrer des terrains plus dangereux, comme les mouvements sectaires. Il s'agit de réaliser que l'homme n'est pas le centre de l'univers. Je me suis intéressé à la science et à la façon dont on perçoit la réalité, qui n'est pas forcément la bonne. On entend souvent qu'il faut protéger la planète alors qu'elle-même s'en fiche un peu. Elle était là avant l'homme et sera là après nous. Le passage de l'homme sur Terre sera de très courte durée par rapport aux dinosaures.

Pourquoi avoir choisi ce titre ?
J'ai l'impression que les adultes sont innocents et se comportent comme des enfants, y compris les plus grands dirigeants. La société infantilise les adultes, qui ont plus de jouets que leurs propres enfants. Je pense que l'homme ne supporte pas de savoir qu'il n'est qu'un pion parmi d'autres. Mais cela soulève des réflexions existentielles et intimes. Je me rends compte que je ne peux pas être totalement épanoui dans cette société. Pour m'intéresser à l'humain d'aujourd'hui, sa quête de sens, j'avais besoin de déplacer le curseur dans quelques années.

"Je préfère mettre le doigt là où ça fait mal"

On retrouve dans cet album votre sens de l'observation sociologique...
Il s'agit avant tout de se poser les bonnes questions. Ça me fait toujours bizarre quand on me dit que je vois la société en noir. Je réponds toujours que ce n'est pas moi qui ai commencé ! Il n'y a qu'à regarder autour de soi pour voir que la vie est d'un cynisme incroyable. Avec cet album, j'ai voulu regarder le problème sous un autre angle.

Trouvez vous la chanson française un peu trop nombriliste ?
Peut être qu'on l'a trop vu comme une forme de divertissement, et pas assez comme un moyen de raconter nos vies. On ne peut pas le faire à travers des chansons sur les relations amoureuses. C'est important de partir de soi, de l'intime, d'arriver à se comprendre, mais il faut aussi savoir poser des questions plus larges et politiques. Je préfère mettre le doigt là où ça fait mal. Cela ne veut pas dire que l'art doit être militant, je fais des chansons concernées, pas engagées.

C'est votre quatrième album, et vous restez assez peu connu du grand public. Comment percevez vous l'évolution de votre carrière ?
Je suis arrivé à un point où l'industrie musicale se casse la figure, et où il faut faire encore moins de compromis que par le passé. Je me sens totalement libre, débarrassé d'un poids. Je me sens prêt à faire autre chose si mes chansons ne trouvent aucune résonance. Je ne me sens pas chanteur, ce n'est pas le premier truc qui me vient en tête.

Comment avez vous vécu l'expérience du précédent album, Courchevel, sorti quelques années après avoir perdu votre contrat ?
C'était ma première leçon. Ma maison de disques croyait en moi en tant qu'artiste mais quand on a seulement un succès d'estime, ce n'est pas suffisant. J'ai du passer mon tour, mais ça ne m'a pas fait peur. C'est après coup que j'ai réalisé la précarité de ma situation. En 2009, tout le monde a refusé les chansons de Courchevel parce que j'avais déjà un passé. Il a suffi de quelques personnes qui voulaient me donner une chance pour renverser la situation. Je m'étais préparé à faire autre chose. Ma priorité consiste à faire en sorte que mes créations existent, quitte à mettre de côté le chanteur.

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