Il a remporté trois Victoires de la musique : comment le rappeur Orelsan s'est invité au sommet

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DÉCRYPTAGE - Sans tambour, ni trompette, Orelsan vient de réaliser le coup parfait. Déjà salué par le publix pour son 3e album solo "La fête est finie", le chanteur a été sacré par trois fois aux Victoires de la musique : Artiste masculin de l'année, meilleur album et meilleur clip.

Et si c’était l’heure de la reconnaissance pour Orelsan ? Si  Aurélien Cotentin, 35 ans, n’a plus besoin de faire ses preuves sur la scène rap, le grand public semble avoir décidé d’en faire l’un des artistes les plus populaires de sa génération, tous genres musicaux confondus. Le jeune chanteur a été le grand gagnant des Victoires de la Musique 2018 avec 3 récompenses : meilleur album, artiste masculin de l'année et meilleur clip. Une consécration par la critique qui accompagne un vrai succès populaire. Sorti le 20 octobre dernier, l’album La fête est finie s'était vendu à 50.000 exemplaires en seulement trois jours, avant de franchir la barre des 100.000 copies en une semaine. Ni le vétéran Michel Sardou, ni la jeune Marina Kaye ne lui ont résisté. Une surprise ? Pas tout à fait…

Un personnage qui fédère enfin

Lorsqu’il débarque en 2009 avec l’album Perdu d’avance, Orelsan joue la carte du cancre de province un peu crasse, plus débonnaire que sulfureux, en dépit de la polémique suscitée par la chanson "Sale Pute", à l’origine d’un feuilleton judiciaire dont il sortira relativement indemne. Après le succès de son 2e opus, Le Chant des Sirènes, en 2011, Aurélien Cotentin se diversifie de belle manière. D’abord en soignant sa plume au sein du duo Casseurs Flowters, avec son camarade Gringe. Puis en s’essayant avec succès à la comédie dans le film Comment c’est loin, qu’il co-réalise, ou encore dans la mini-série de Kyan Khojandi, Bloqués, où son sens de l’autodérision fait mouche. La trentaine passée, Orelsan parvient à parler à une génération qui se reconnaît dans son personnage de pop star normale, un brin cynique mais pas dénuée de tendresse. Et surtout très drôle...

Un auteur plus inspiré que jamais

Si La fête est finie fait l’unanimité c’est d’abord grâce à ses textes, un festival de punchlines qui débute dès le titre d’ouverture, le mélancolique "San". "Le monde est un PMU où n’importe qui donne son point d’vue. Où la télé passe des infos déjà vue. Pendant qu’la radio joue des sons qu’on n’écoute même plus", observe-t-il, joliment désabusé. "Si vous n’avez pas peur du vide, regardez Murielle dans les yeux", lance-t-il sur le redoutable "Défaite de famille", un sommet d’humour noir. "L’école est un filtre qui rend tout très chiant", soupire-t-il sur l’épatant "Notes pour plus tard". "Comme les films en noir et blanc : le plus dur, c’est d’rentrer dedans." On en passe et des meilleures, comme son hilarante déclaration d'amour à Marion Maréchal sur "Christophe", en duo avec Maître Gims.

Un son qui dépasse les clivages

Si la jeune génération du rap français a tendance à s’embourber dans les albums à rallonge, Orelsan mise sur la concision. En 50 minutes et 14 titres, le Normand fait surtout preuve d’un exceptionnel sens de la mise en scène. Son camarade producteur Skread a conçu des sons à la fois hyper efficaces (le single "Basique", imparable) et follement élégants ("Tout va bien" et ses arabesques orientalisantes) tandis que ses invités prestigieux confèrent à l’ensemble une variété réjouissante, du faux-jumeau Nefkeu ("Zone") au duo Ibeyi ("Notes pour plus tard") en passant par l’incontournable Paul Van Haver, aka Stromae ("La Pluie"). Par sa volonté d’embrasser tous les styles pour ne faire qu’un, entre rap, world, pop et électro, La fête est finie n’est d’ailleurs pas sans rappeler un certain Racine Carrée (signé Stromae). On a connu pire référence…

>> "La fête est finie", de Orelsan (3e Bureau, Wagram). En concert dans toute la France depuis le 2 février 2018

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