Jack Lang : "La Fête de la musique, c’est l’occasion de montrer qu’on refuse les diktats des intolérants"

MUSIQUE
INTERVIEW – A l’origine de la Fête de la musique, sous le premier mandat de François Mitterrand, l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, aujourd’hui président de l’Institut du Monde Arabe, la célèbrera cette année depuis Beyrouth, au Liban. Il a répondu aux questions de metronews.

Dans un climat d’insécurité accrue – risque terroriste, mouvements sociaux, Euro de foot  la Fête de la musique n’est-elle pas un peu gâchée cette année ?
Pourquoi le serait-elle ? Au contraire ! Certains concerts sont annulés, c’est vrai, mais c’est une minorité. Plus que jamais il faut que l’art, la culture, contribuent à créer un moment de communion collective. Il n’y a rien de plus fort que la musique pour susciter ces moments de respect, de vivre ensemble. Vous savez, là où les fanatiques exercent un contrôle, ils interdisent toute pratique musicale. Et la laisser s’exprimer, c’est une réplique, une riposte formidable.

Vous assistez cette année à la Fête de la musique à Beyrouth, au Liban. Est-ce un choix symbolique ?
C’est la 15e année consécutive que la Fête de la musique a lieu là-bas. Dans le monde arabe dans son ensemble, c’est désormais un grand événement. Pour les raisons que je viens de citer, il me paraissait important d’aller saluer un pays qui résiste. Un pays qui est entouré d’ennemis comme la Syrie de Bachar el-Assad et Daech. Mais aussi un pays qui accueille plus d’un million de réfugiés. Ma venue, c’est un acte d’amitié et de solidarité pour ces Libanais qui veulent vivre, se battre. Et aussi l’occasion de montrer aux Français que c’est un pays sûr.

Vendredi dernier, à Istanbul, un groupe d’islamistes a perturbé une écoute du nouvel album de Radiohead organisé par un disquaire… Ca vous surprend ?
C’est triste parce que la Turquie est un pays qui avait réussi à construire un système de pluralisme, d’ouverture, de liberté artistique. Hélas, le Premier ministre Erdogan contribue, par ses déclarations, à exciter les plus radicaux.

"La culture à l’école, c’est une réponse à une société repliée sur la consommation"

Les musiciens français sont-ils suffisamment engagés d’après vous ?
L’engagement ce n’est pas nécessairement l’adhésion à une pétition ou un parti. Un artiste qui vit, travaille, s’exprime, accomplit sans même le savoir, un acte de résistance. La Fête de ma musique, cette année, ce sera une manière pour les Français de se retrouver. L’occasion de montrer qu’on est ensemble, qu’on refuse les diktats des intolérants.

La musique, ce sera un enjeu de la Présidentielle 2017 ?
Plus que jamais la culture, le savoir, l’art sont des contrepoisons contre toutes les formes de violence, d’individualisme forcené aussi. Je plaide depuis de nombreuses années pour que la musique pénètre le système scolaire. Parce qu’elle élève la conscience, la sensibilité. La culture à l’école, c’est une réponse à une société repliée sur la consommation pure. Et j’aimerais, c’est vrai, que les candidats s’engagent à fond dans ce domaine.

EN SAVOIR + >> Le programme complet de la Fête de la musique 2016

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