Johnny Hallyday : "J'ai parfois trahi la musique que j'aime, mais j'assume !"

MUSIQUE

INTERVIEW – Il est de retour avec son 49e album, le très réussi "Rester Vivant" (Warner). Nous avons rencontré l'idole des jeunes pour parler de (toute) la musique qu'il aime. Et de son envie d'aller de l'avant, encore et toujours, à désormais plus de 70 ans.

Est-ce qu'il y a une question qui revient sans cesse depuis le début de la promo de cet album ?
En fait c'est toujours "les" mêmes questions... et je vous avoue que j'en ai un peu ras-le-bol (sourire). Celle qui revient le plus souvent ? Sans doute pourquoi ce titre, Rester vivant ? Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai fait cet album avec mon cœur. Je l'adore. J'ai enregistré avec de super musiciens, avec l'un des plus grands producteurs du moment, Don Was. J'écoutais son travail avec Bob Dylan, avec les Stones, et je rêvais de faire un disque avec lui. Autant dire que j'étais ravi qu'il accepte. Et surtout qu'il soit enthousiaste à ce point.

… et est-ce qu'il y en a une qu'on ne vous pose pas ?
(il réfléchit). Non, pas vraiment. Enfin, disons que j'aimerais davantage parler du son de ce disque, que j'ai voulu très "californien". Moi j'aime la country, la soul music, le rock bien sûr. Et cet album, c'est un peu mélange de tout ça. Toutes les musiques que j'aime, que j'ai toujours défendues. Parmi mes chanteurs préférés, il y a Johnny Cash, qui était l'équivalent pour la country de ce que Presley était pour le rock n'roll.

Votre façon de chanter sur "J'ai ce que j'ai donné" fait d'ailleurs beaucoup penser à Johnny Cash. Ce timbre très grave...
C'était volontaire. Dans ma carrière, j'ai rarement chanté dans les graves. J'ai plus souvent poussé dans les aigus. Il faut dire que je n'avais pas de voix grave, pendant longtemps. Au fil du temps, elle s'est plus développée... Et ça me permet un exercice de style différent. C'est le cas aussi sur "Au Café de l'avenir".

De nombreux auteurs ont écrit les textes de cet album. Et pourtant l'ensemble ressemble à un journal intime, où vous vous confiez comme jamais...

Ça vient du fait que j'ai rencontré les auteurs, en amont. Je leur ai parlé de ce que je voulais aborder, de ce que je ne voulais pas aborder aussi. Je leur ai donné des thèmes. Ils les ont développés, ils m'ont envoyé des premières versions, que j'ai corrigées, qu'ils ont réécrites. Ensuite, en studio, j'ai changé des mots car certains sonnent bien quand on les dit... et moins bien lorsqu'on les chante. Je fais une musique anglo-saxonne avec des mots français, qui sont plus longs que les mots américains. Et comme je voulais respecter le rythme, il fallait choisir des mots français courts, qui veulent dire quelque chose. Pas des âneries. "Seul", par exemple, il fallait juste trouver un mot.

Il y a quelques années vous chantiez "Jamais seul". Et là "Seul" tout court. La réalité de Johnny, c'est un peu entre les deux ?

On a tous des moments de solitude en soi, homme ou femme. Ça fait partie de la vie, mais grâce à Dieu ce n'est pas tout le temps. J'ai fait un très beau clip avec Pierre Rimbaldi . On y voit plein de gens confrontés à la solitude : une petite fille qui a perdu ses parents, une femme qui pleure, un gars qui vient de se faire virer de son boulot et qui tient toutes ses affaires dans un carton... Ce qui est plutôt courant, n'est-ce pas ? (sourire)

Est-ce que vous vous êtes parfois senti très seul... alors que vous étiez très entouré ?

Bien sûr. C'est quand vous êtes mal à l'aise au milieu de plein de gens que vous vous sentez le plus seul. Vous vous sentez très con. Ça m'est arrivé souvent, oui... (sourires).

"Rester vivant", c'est un titre à plusieurs niveaux lorsqu'on a eu le destin qui est le vôtre, non ?

Rester vivant, c'est continuer à faire ce qu'on a envie de faire. (ferme) Ça n'a rien à voir avec la mort.

Vos ennuis de santé vous ont-ils fait prendre conscience de ça ?

Vous savez je n'ai pas toujours fait ce dont j'avais envie. J'ai parfois trahi la musique que j'aime. Parce que lorsque vous faites partie d'une grosse maison de disques, on vous met la pression pour faire des tubes. Mais attention, j'assume. Alors que sur ce nouvel album, je n'ai pas fait de concessions. C'est peut-être l'un des disques qui est le plus proche de moi, musicalement j'entends. Et c'est pourquoi j'ai autant envie de le défendre.

Vous pourriez vous arrêter sur celui-là ?

Ah non, je n'ai pas dit ça ! Je viens d'en finir un, on verra pour le suivant. Disons que je suis arrivé à un stade de ma vie où je n'ai plus envie de faire des choses que je n'aime pas. Mais que des choses qui me tiennent à cœur.

Comme ces concerts avec les Vieilles Canailles ?

J'ai pris mon pied ! J'étais avec mes deux plus vieux potes, Eddy et Jacques, et ces six spectacles c'était six jours de bonheur . Je crois qu'on était tous heureux de ces retrouvailles.

A la manière de Stallone avec ses Expendables, vous pourriez ouvrir la bande à d'autres chanteurs ?

Ça demande réflexion. (il hésite) Je ne peux pas vous répondre tout de suite. Je n'ai jamais pensé à d'autres qu'Eddy et Jacques car c'est avec eux que j'ai commencé. Un peu comme lorsque Sinatra faisait le Rat Pack avec Sammy Davis Jr et Dean Martin. Si vous lui aviez posé la question, il vous aurait répondu : "ben non, je fais ça avec mes deux potes".

Vous savez, il y a des chansons qui sont bien à écouter chez soi... et qui sont ennuyeuses sur scène- Johnny Hallyday

Musicalement, est-ce qu'il y a eu des rendez-vous manqués dans votre carrière ?

Pour l'instant non. Je dois avouer que j'ai eu le bonheur de travailler avec des musiciens que j'aimais, que j'admirais. Jimi Hendrix, Jimmy Page, les Small Faces, Peter Frampton... Je considère avoir travaillé avec les meilleurs du monde, dans mon genre de musique.

Lorsque Robert Plant refuse de rejouer avec Led Zeppelin, vous comprenez ?

Je peux le comprendre, oui. Peut-être qu'il en a marre de chanter certaines chansons.

Et vous ? Ça vous arrive d'en avoir ras le bol de chanter du Johnny ?

Ah oui, il y a des morceaux que je ne ferai plus. Mais ne me demandez pas lesquels ! (rires) Avant chaque tournée, j'essaie de choisir les chansons qui n'ont pas pris de coup de vieux. Et je suis content car pour la première fois, je vais jouer beaucoup de nouveaux titres, au moins six de Rester vivant, alors qu'en général c'est deux. Vous savez, il y a des chansons qui sont bien à écouter chez soi... et qui sont ennuyeuses sur scène. Cette fois, j'ai fait en sorte d'avoir envie de tout chanter, ou presque, lors de la prochaine tournée.

La tournée, justement. Vous allez encore faire l'amour à la scène ?

Ça fait partie du show ! Je ne me vois pas derrière un micro juste en train de chanter. En fait j'essaie de faire ce que j'aimerais voir de la part des autres, lorsque je vais à leur concert.

Vous êtes donc resté un fan de rock ?

Je pense, oui (sourire).

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