"Pour Johnny Hallyday, chaque jour gagné est une victoire"

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INTERVIEW – Journaliste et photographe, Gilles Lhote côtoie Johnny Hallyday depuis plus de trente ans. Dans "Johnny le Guerrier" (éditions Robert Laffont), une biographie qui paraît ce jeudi, il évoque notamment le combat du rockeur contre la maladie, alors que de nouvelles rumeurs alarmantes viennent d'être démenties par son manager.

"Fuck Cancer". C’est le message posté au printemps dernier par Johnny Hallyday sous une photo publiée sur Instagram. C’est aussi le titre du premier chapitre de Johnny le Guerrier (Robert Laffont), une biographie passionnante signée Gilles Lhote, photographe et journaliste qui a déjà consacré de nombreux ouvrages au chanteur, et notamment l'autobiographie Destroy (Michel Lafon), parue en 1997.


Ce jeudi, Sébastian Farran, le manager de Johnny Hallyday, a démenti auprès de l'AFP de nouvelles rumeurs insistantes au sujet de la santé du chanteur. "L'artiste est chez lui et se repose", a-t-il déclaré, demandant à ce que "l'on cesse de colporter des rumeurs infondées qui attristent Johnny ainsi que sa famille". Gilles Lhote, qui côtoie le rockeur depuis plus de trente ans, a bien voulu commenter pour LCI la période douloureuse qu'il traverse.

LCI : Votre livre sort alors que les rumeurs les plus alarmantes circulent au sujet de Johnny Hallyday. Que savez-vous, au moment où nous parlons, de son état de santé ?

Gilles Lhote : Je m’en tiendrais à la dernière interview de Yarol Poupaud, son guitariste, qui disait sur RTL (le 26 novembre, ndlr) que Johnny avait été satisfait de l’accueil réservé au disque en son hommage, et qu’il avait envoyé des messages de remerciements à tous les participants. Maintenant Johnny est comme des millions de personnes atteintes du cancer. Il se bat au jour le jour. Et chaque jour gagné est une victoire. Que ce soit Johnny ou Monsieur-tout-le-monde, les malades du cancer sont des guerriers.

LCI : L’absence de communication de la famille Hallyday est tout de même inquiétant, non ?

Gilles Lhote : Face à la surenchère de certains médias, les gens autour de Johnny préfèrent rester prudents. Il y a tellement eu de rumeurs sur sa santé, il a tellement de fois échappé à la mort… La France retient son souffle comme elle l’a retenu en 2009 lorsqu’il est tombé dans le coma, ou comme en 2012 lorsqu’il a fait son accident cardiaque. Toutes les rumeurs, toutes les hypothèses, toutes les fake news circulent. En ce qui me concerne, comme beaucoup de Français, je continue d’y croire, même si je sais que la situation est sérieuse.

LCI : Vous décrivez dans le livre comment, depuis l’annonce officielle de son cancer en mars dernier, il organise sa vie entre les soins médicaux et le travail…

Gilles Lhote : Johnny, c’est bientôt 60 ans d’une carrière façonnée chaque jour pour être le meilleur rockeur possible et imaginable. Ce qu’il a réussi. Il lui a toujours fallu des défis, créer des événements pharaoniques, des projets incroyables pour continuer d’exister. Ces derniers mois, il a donc fait comme si le cancer n’existait pas. Et s’il est encore parmi nous aujourd’hui, c’est parce que cette tournée des Vieilles Canailles cet été, avec tout l’amour du public, a constitué pour lui la meilleure des thérapies.

Je l’ai vu dans des situations tellement dramatiques où il a failli y passer que je continue à y croire. Il faut continuer à y croireGilles Lhote

LCI : Que savez-vous de l’album qu’il était en train d’enregistrer au moment de sa récente hospitalisation ?

Gilles Lhote : Je crois qu’il restait une chanson à faire. Malgré la maladie, Johnny Hallyday est un perfectionniste, c’est un monomaniaque, un monstre de boulot. A la Savannah, sa maison de Marnes-la-Coquette, il a un studio d’enregistrement et je sais que Yarol Poupaud et Yodélice sont là pour travailler avec lui. Lorsqu’il m’en a parlé la première fois il y a un an, il voulait que ce disque soit dans la veine du précédent, "De l’amour". Il voulait enregistrer sur la route du blues, à Memphis et à Nashville. Et puis la maladie l’a rattrapé. Entre les séances de chimio, ils ont donc bâti le squelette de l’album dans des studios de Los Angeles avec les "requins" les plus pointus. Après son été en famille à Saint-Barth, il a décidé de se faire soigner à Paris et de continuer à travailler ici avec la même équipe.

LCI : Justement, pourquoi a-t-il choisi d’être soigné en France plutôt qu’aux Etats-Unis ?

Gilles Lhote : Il fallait déjà repartir à Los Angeles, soit 12 heures d’avion, 9 heures de décalage. C’était de la fatigue inutile. J’ajoute que le professeur David Khayat qui le suit est à Paris où il bénéficie d’un suivi particulier. A Los Angeles, c’est presque un malade comme les autres. Même si en France tout le monde est égal devant le cancer, il reçoit ici une attention toute particulière.

LCI : Est-ce que vous l’imaginez sincèrement remonter sur scène comme l’a laissé entendre il y a peu son manager ?

Gilles Lhote : Pour l’avoir côtoyé pendant près de 30 ans, c’est quelqu’un qui m’a toujours étonné. Qui a toujours été un exemple de courage. Je l’ai vu dans des situations tellement dramatiques où il a failli y passer que je continue à y croire. Il faut continuer à y croire. Et nous sommes des millions dans mon cas.

>> "Johnny le Guerrier", de Gilles Lhote. Editions Robert Laffont. 324 pages. 21 euros

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