Justice : "Le seul truc qu’on aime dans la musique électronique, c’est sa brutalité"

Justice : "Le seul truc qu’on aime dans la musique électronique, c’est sa brutalité"

INTERVIEW - Les fans de Justice auront dû attendre cinq ans avant que le duo parisien ne donne un successeur à son dernier album studio, "Audio, Video, Disco". Les superstar de l’electro "à la française" viennent de dévoiler "Woman", un nouvel disque à la fois sensuel ambitieux et violent. LCI a rencontré Xavier de Rosnay et le timide Gaspard Augé pour parler de ce nouvel opus mais aussi de Hollywood, Britney Spears et Daft Punk.

LCI : Les voix sont omniprésentes sur "Woman". Comment en avez-vous eu l'idée et l'envie ? 

Xavier de Rosnay : On voulait faire un disque de gospel. Prendre des éléments de cette musique chantée par un groupe de gens pour un autre groupe de gens, sans en faire une caricature. Il y a un sentiment de communion et d’emphase dans cette musique et on voulait en proposer notre version, plus contemporaine. On a écrit la plupart des chansons en sachant que les refrains allaient être chanté par des choeurs. Dans la chorale, il y a une puissance et des textures qui nous plaisent. On avait déjà un peu exploré ça sur nos disques précédents, notamment sur "Audio, Video, Disco". Cette fois, on voulait pousser ça plus loin.

LCI : Avec ce troisième album, vous pensez être enfin débarrassés du phénomène de hype qui existait autour de vos précédents disques ? 

Xavier de Rosnay : Ça n’a pas conditionné notre façon de faire ce disque mais ça conditionnera peut-être sa réception. C’est vrai que ce phénomène existait autour de notre premier album mais c’était à double tranchant. Jusque-là, on avait uniquement sorti des maxis et les gens nous attendaient au tournant. Le premier disque a bien marché. Le deuxième était là pour prouver qu’on n’était pas là par accident. Alors pour ce troisième album, on était encore plus relax. Maintenant cette musique et notre groupe existent. Que ça plaise ou non, on fait partie du paysage.

LCI : Il y a une certaine schizophrénie dans musique de Justice entre des titres parfois joyeux et funky comme "D.A.N.C.E." et d’autres, plus sombres, voire violents, comme à "Stress". Ça correspond à vos deux caractères ?

Xavier de Rosnay : C’est drôle, même les gens qui nous connaissent très bien se plantent en nous disant "tel morceau ressemble à Gaspard" ou "tel autre à Xavier !" Mais on écrit d’une manière beaucoup plus symbiotique même si on ne peut pas toujours tout écrire à quatre mains. On n’écoute quasiment pas de musique électronique. Le seule truc qu’on aime dans cette musique, c’est son coté physique, sa brutalité. Alors que dans la pop, ce qu’on apprécie, ce sont les harmonies. Pour nous un bon morceau, est un morceau bien écrit. Si je fais écouter "Une femme avec femme" de Mecano à Gaspard, il va tout de suite comprendre ce que j’aime dans ce titre au-delà de la voix dégoutante et de l’horrible production.

LCI : L’un des morceaux de bravoure de ce nouvel album s’intitule "Heavy Metal", Aviez-vous l’intro de "Thunderstruck" d’AC/DC en tête quand vous l’avez composé ? 

Xavier de Rosnay : On voulait plutôt faire un morceau baroque italien. Un truc à la Scarlatti. C’est une mélodie au clavecin qu’on détruit au fur à mesure jusqu’à ce qu’elle se reconstruise sous forme beaucoup plus solaire. Pour nous c’est presque un morceau Motown. Quant au titre, il est inspiré de la version américaine du magazine de BD Métal Hurlant qu’on lisait quand on était ados.

LCI : Sur "Woman", il y a des moments très cinématiques. On imagine qu’on vous a certainement déjà approché pour écrire la musique d’un film, non ? 

Xavier de Rosnay : C’est arrivé. Ça pourrait nous tenter mais ça dépend vraiment du projet. Mais ça n’est pas un fantasme. Pour faire la musique d’un blockbuster, tu sais que tu vas entrer en guerre pendant deux ans avec les studios et les prods…

Gaspard Augé : Peut-être qu’il a eu un âge d’or des projets plus aventureux. Mais l’économie du cinéma aujourd’hui fait que c’est compliqué d’être libre créativement sur un projet d’envergure hollywoodienne.

LCI : Daft Punk a produit des titres pour Kanye West ou The Weeknd. Ça vous tenterait vous aussi de composer pour d’autres artistes?

Xavier de Rosnay : On a fait deux tentatives, avec un chanteur et une chanteuse… mais on ne dira pas leurs noms. (rires) C’était pas hyper marrant à faire et le résultat était loin d’être exceptionnel… Dans les années 2000, avec la transformation de Justin Timberlake et de Britney Spears par les Neptunes et Timbaland, l’idée d’un crossover entre des choses cool et des choses vraiment pas cool était hyper séduisante. Mais Justin et Britney ont un indéniable talent ! Aujourd’hui, on veut nous faire croire qu’on peut prendre le truc le plus nul et en faire un truc bien mais c’est faux !

LCI : Sur scène, Justice est un DJ set. Avez-vous déjà envisagé de jouer avec des musiciens en live ?

Xavier de Rosnay : Pour un événement particulier, ça peut être marrant. Mais pour nous, une tournée, c’est vraiment l’occasion d’être à deux et de pratiquer notre musique sous sa plus simple expression. Sur scène, on se débarrasse des détails qui fourmillent sur nos albums. Pour que le mec qui ne nous connait pas et qui entend le morceau au 150e rang d’un festival puisse le prendre en pleine gueule.

>> "Woman" de Justice est disponible chez Ed Banger/Because.

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