Kyo : "On a les épaules plus solides aujourd'hui"

Kyo : "On a les épaules plus solides aujourd'hui"

MUSIQUE
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INTERVIEW – Après une longue pause de 10 ans, le groupe français publie un quatrième album réussi, intitulé "L'équilibre". L'occasion d'évoquer avec le chanteur Benoît Poher, le guitariste Florian Dubos et le bassiste Nicolas Chassagne ce come-back risqué en temps de crise, qui devrait porter ses fruits avec une tournée qui s'amorce.

Depuis combien de temps projetez-vous de sortir un nouvel album ? Quel a été le déclic ?
Benoît : On n'a jamais arrêté de faire de la musique et on a continué à se voir. Tout ce qu'on a pu faire de notre côté nous a beaucoup apporté, mais à titre personnel, écrire en français m'a beaucoup manqué. Ça s'est fait naturellement, il y a environ 3 ans, on a eu envie au même moment de retravailler ensemble. On a attendu longtemps, mais on voulait que ce soit le bon moment.
Florian : Ça s'est fait progressivement, on se demandait toujours quand on allait refaire quelque chose, et le planning de chacun commençait à rendre le moment propice. Les chansons ont fini par faire monter l'excitation.

Avez-vous beaucoup hésité ?
Florian : Faire de la musique reste naturel pour nous, et comme on était assez jeunes à l'époque, on a encore des choses à dire. On a pris notre temps sans nous mettre de pression de timing. C'est vrai qu'on s'est posé beaucoup de questions sur le public qu'on pourrait avoir aujourd'hui.
Benoît : L'important, c'était de ne pas avoir de regrets. A plusieurs moments de la création, on s'est volontairement freiné pour faire encore mieux.
Nicolas : On a bien pris notre temps, on a essayé une cinquantaine de chansons et on a en beaucoup jetées. Et puis on était dans une position confortable, où on ne se sentait pas obligé de sortir un album pour enchaîner après un succès.

Depuis votre dernier album, "300 lésions", paru en 2004, le marché du disque vit des heures difficiles. Comment l'avez-vous intégré à votre démarche ?
Florian : Par rapport aux chiffres de vente qu'on a pu réaliser, on sait très bien qu'on ne pourra pas lutter. Mais il existe d'autres indices comme le nombre de clics sur Youtube, qui permettent d'évaluer le témoignage des gens.
Benoît : C'est la même règle pour tout le monde, même si certains artistes parviennent toujours à faire des scores hallucinants. On a bien conscience du marché.
Nicolas : S'il y a bien un truc qui ne bouge pas, ce sont les concerts. On se concentre sur notre prochaine tournée, pour qu'elle soit suffisamment rentable pour faire un prochain disque.

L'autre changement, c'est la prise de pouvoir des réseaux sociaux, qui permettent de voir très rapidement son niveau de popularité...
Florian : On aime bien rappeler qu'à l'époque, on recevait des cartons de lettres de fans auxquelles on répondait. Sauf que les "haters" ne prenaient pas leur stylo pour lâcher leur venin.
Nicolas : On constate une certaine bienveillance et une nostalgie d'une époque. On ne pensait pas qu'on avait autant marqué les esprits, qu'on était ancré dans le paysage.
Benoît : On est très détendus par rapport aux commentaires négatifs, on arrive très bien à relativiser quand on voit que tout le monde en prend pour son grade, y compris quelqu'un comme Stromae, qui finit par lasser les gens. On prend ça avec philosophie.

Vous êtes plus serein aujourd'hui ?
Benoît : Oui, on a les épaules plus solides. La surmédiatisation peut être dangereuse.
Florian : C'était parfois violent, on n'a forcé personne à écouter notre musique. Il y a juste une limite à partir de laquelle on saoule les gens. Et ça reste du divertissement, il n'y aucune raison pour que ça attise la haine. Mais c'est toujours plus facile de dire ce qu'on n'aime pas.

"On a toujours été un groupe pop"

Quelles sont les influences de votre nouvel album ?
Benoît : On a voulu partir dans toutes les directions dès le début pour avoir un son qui ne soit pas la réplique de ce qu'on a pu faire à l'époque. On ne s'est pas fixé de limites, ce qui a parfois donné des trucs très bizarres qui sont passés à la trappe. On n'est pas forcément très attaché à l'étiquette rock. On s'est réunis autour du grunge, mais on a toujours été un groupe pop, peut-être aujourd'hui plus que jamais.
Nicolas : Il y a peut-être moins de guitares saturées, et davantage de synthés, mais c'était un moyen d'ouvrir de nouvelles portes et de se renouveler.

Comment appréhendez-vous le retour sur scène ?
Nicolas : On commence à avoir pas mal de morceaux pour constituer une setlist vraiment chouette. On va sûrement revisiter quelques titres pour apporter de la nouveauté. A la première répétition, on a eu quelques interrogations mais elles ont été vite balayées.
Benoît : On garde des souvenirs très forts de nos concerts. Quand on regarde des vidéos, on a du mal à se reconnaître.
Nicolas : C'était comme un saut à l'élastique, on avait énormément de trac avant de monter sur scène, mais au final on donnait tout ce qu'on avait.

Vous réfléchissez déjà au prochain album ?
Benoît : On a envie d'enchaîner très vite après la tournée. Comme la création est une partie assez passionnante, on s'est dit qu'on n'allait pas traîner après "L'équilibre".

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