Mathias Malzieu, le leader de Dionysos : "J'étais vraiment en danger de mort"

Mathias Malzieu, le leader de Dionysos : "J'étais vraiment en danger de mort"

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INTERVIEW - Deux ans après "Bird'n'roll", Dionysos revient avec "Vampire en pyjama", un album plus épuré, moins rock, plus épique avec en fil rouge leu combat de Mathias Malzieu contre une maladie du sang. Il raconte à metronews la genèse de cet album, en compagnie de Babet.

Une question toute bête : comment allez-vous ?
Mathias Malzieu : Plutôt bien, parce qu'il y a une espèce de retour à la normale folle après avoir traversé des épreuves très difficiles. Sortir un disque et un livre, c'est notre quotidien extraordinaire depuis maintenant 22 ans et renouer avec ces choses-là c'est d'autant plus normal et d'autant plus extraordinaire. C'est fabuleux, donc on va fabuleusement bien.

Compte tenu de votre état de santé, comment s'est passé l'enregistrement de Vampire en pyjama ?
Mathias Malzieu : C'était très fort d'un point de vue émotionnel car ce disque symbolisait l'espoir. D'un point de vue logistique c'était compliqué parce que l'enregistrement s'est étiré en longueur. Il fallait tenir le rythme. C'était un effort d'un an, ce disque.
Babet : Mathias était très malade et il avait commencé à faire des chansons et à écrire son journal, et nous de notre côté, il fallait qu'on sache pourquoi on se retrouvait tous pour continuer avec lui ou non l'aventure. Pendant tout l'enregistrement, on lui montrait notre travail, on lui demandait si ça lui plaisait et on lui disait aussi merci de continuer à nous faire confiance, de nous laisser ses chansons, de nous les donner comme des petits pains chauds. Ca nous a permis de suivre en parallèle son aventure et de comprendre ce qu'il était en train de vivre par la musique. C'était le langage qu'on a eu entre nous.

Est-ce que ça vous a plus soudés ?
Babet : On s'est retrouvés pour les bonnes raisons. On a trouvé les raisons du pourquoi on faisait de la musique.
Mathias : Sur chaque album, on a toujours essayé de trouver une vraie raison d'écrire des chansons et de sortir un disque. Pas seulement être enfermés dans le schéma on finit une tournée et on recommence un disque. On ne fait pas ces choses-là en automatique. Ce sont des résultantes de moments joyeux et d'autres difficiles mais il y a toujours la volonté de casser le schéma traditionnel : on a fait un concert symphonique, un album avec huit invités sur la mécanique du cœur. Babet avait ses projets solos, elle était au théâtre, elle a embarqué du coup, une de ses collègues pour faire la "femme oiseau" sur Bird'n'roll. Et puis on s'était retrouvés sur le clip de "Jack et la mécanique du cœur", pour tourner le clip de la bande originale du film...

Le moment "fatidique"...
Mathias : Personne ne s'est rendu compte mais je n'arrivais pas à respirer entre les prises. Et c'est après ce clip qu'on m'a dit qu'il fallait que je me fasse transfuser d'urgence et qu'il ne fallait surtout pas que je fasse le moindre effort parce que j'étais en risque d'AVC très fort avec les taux que j'avais. J'ai failli y rester le jour du tournage de ce clip, j'étais vraiment en danger de mort. Alerte rouge ! Mais je ne savais pas du tout. Je n'ai su que le lendemain. Ce tournage, je le raconte dans le livre.

Que se passe-t-il dans la tête quand on traverse une épreuve comme celle-là ?
Mathias Malzieu : Je n'avais pas d'autre choix que d'écrire là-dessus. A la fois pour le disque et pour le journal. Après, je mets plusieurs degrés de lecture. Le journal, je raconte tout et il y a la langue pour poétiser les enjeux. Pour le disque, quand tu connais l'histoire, les chansons ne résonnent pas de la même manière et quand tu ne connais pas, tu peux comprendre les choses différemment. Par exemple, pour "Vampire de l'amour", on peut comprendre que c'est une chanson sur un coureur qui a besoin d'un peu plus d'amour que les autres. Mais quand on connaît le contexte, on sait que j'avais littéralement besoin de sang... d'où la transformation en vampire. J'aime l'idée que ce soit deux temps différents, que ça puisse être léger et exister à plusieurs niveaux.

Du coup, c'est beaucoup plus personnel...
Babet : On s'est d'ailleurs demandés si ce n'était pas d'abord les chansons de Mathias, et si on pouvait les faire devenir celles du groupe... parce qu'elles sont vraiment très personnelles (silence). C'est une expérience que l'on ne pouvait pas comprendre. Mais, je pense que c'est lui qui a pu faire des chansons quelque chose de commun. Il a cette façon d'être avec les autres qui fait qu'il les emporte avec lui sur sa vague.
Mathias Malzieu : J'ai toujours écrit sur moi, mais là, j'ai juste changé le degré des filtres. C'est comme quand tu fais des photos pour Instagram, tu peux mettre le filtre à fond ou pas du tout. Ce qui m'est arrivé est totalement extraordinaire, au bon comme au mauvais sens du terme. Je me suis débrouillé avec cette matière première et j'ai mis le moins de filtres possibles. On voulait aussi que ce soit plus épuré musicalement. Quand c'est plus riche, c'est uniquement pour donner une dimension épique, un peu cinématographique qui représente le côté western avec moi-même, ce combat. C'est pour donner de l'amplitude sans dénaturer les chansons. Il y avait ce besoin d'être intime et intense... Mais en même temps, c'est aussi un album ouvert car on a laissé de la place à beaucoup de personnes extérieures qui ont participé aux arrangements, pour donner une autre lecture en apportant, par exemple, quelques programmations électroniques.
Babet
: Ca a donné des surprises géniales... comme "Hospital Blues"

Justement, cette chanson détonne dans l'album. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Mathias Malzieu : A l'origine c'était vraiment un blues que j'ai écrit à l'hôpital en voix de tête, c'était vraiment un blues âpre et je me disais qu'il fallait absolument lui "péter la gueule" parce que c'était une chanson très sombre qui parle d'un moment vraiment difficile, c'était du direct-live. Mais il fallait qu'elle soit méga dansante et vraiment la prendre à l'envers. Elle commence comme un blues et il y a les cordes qui s'ajoutent façon James Bond et un beat électronique ultra dansant. Ce contraste-là m'excite
énormément.

Cet album, c'est un peu une renaissance pour vous ?
Mathias Malzieu : Pour cet album, avec ce qui m'arrivait, être chanteur de rock, ou écrivain, ou vampire... tout ça m'emmerdait éperdument. Ce dont j'avais envie, c'était d'essayer de raconter un truc et de le partager et que ça s'appelle de la noisy pop ou autre chose, j'en n'avais rien à faire. Et qu'on reconnaisse ou pas Dionysos aussi... Avec toutes nos années, on a réussi à construire quelque chose, c'est la liberté. Et c'est ça l'ADN du groupe, pas d'avoir le même son qu'il y a dix ans. Pour moi, en fait, cet album est le plus à l'image du groupe, où à l'idée que je m'en fais, pas techniquement au niveau du son mais dans la démarche.

On dit souvent que la musique a des vertus thérapeutiques. C'est encore plus vrai dans ce cas ?
Mathias Malzieu : Oui. Après je sais qu'il y a des personnes, quand un truc comme ça leur arrive, qui ont besoin d'oublier... Cet album, c'est un peu un reportage émotionnel des choses qui me sont arrivées. J'ai vécu des choses pas joyeuses, mais j'ai rencontré aussi des gens fabuleux, comme les aides-soignants, les infirmières de nuit. Ils sont étonnant d'humanité, on ne se rend pas compte. Ils ont un rapport tout simple d'empathie, ils se demandent comment t'aider, de la plus simple des manières.
Babet : Il y a d'ailleurs la reprise de Lykke Li, "I Follow Rivers" que Mathias a fait pour une infirmière à l'origine. C'est pour elle qui la reprenait à la guitare. Et le fait qu'elle soit sur l'album a du sens, elle fait partie de son histoire.
Mathias : J'espère la faire sourire, si jamais elle écoute le disque. C'est une petite bouteille à la mer. Mais rien que pour ce moment-là, il fallait qu'elle soit sur le disque.

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