Muse : "Avec Drones, on voulait retrouver le plaisir de nos débuts"

Muse : "Avec Drones, on voulait retrouver le plaisir de nos débuts"

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INTERVIEW - Près de 3 ans après "The 2nd law", Muse revient en trombe avec "Drones", un septième album explosif imaginé comme un opéra rock décadent et politique. Le leader du trio Matthew Bellamy évoque pour "Metronews" ce retour aux sources tant attendu qui devrait se confirmer lors de la prochaine tournée.

Aviez-vous pris conscience que vos fans réclamaient depuis longtemps un retour aux sources ?
On a remarqué depuis très longtemps que les fans inconditionnels voulaient entendre des chansons dont je ne me souvenais pas et dont je ne reconnaissais même pas le nom. J'ai regardé en arrière les setlists de vieux concerts, avec des titres comme "Futurism", "The Groove" ou "Fury", et j'ai réalisé à quel point j'avais pris du plaisir à les jouer. On n'aurait pas dit le même groupe qu'aujourd'hui. Surtout, ça m'a rappelé certaines sonorités plus directes qui collaient parfaitement avec l'esprit du nouvel album, le scepticisme autour des nouvelles technologies et le monde de l'intelligence artificielle. Et puis ces dernières années, on a passé plus de temps à produire nos chansons qu'à les jouer.

Le thème de l'impact des drones sur la société trottait-il depuis longtemps dans votre tête ?
J'ai lu beaucoup de documents sur ce sujet avant même de penser à en faire des chansons, notamment un livre intitulé Predators, qui évoque l'usage des drones à des fins militaires entre 2000 et 2010. J'ai été très surpris par la violence du dispositif et je me suis renseigné sur la prochaine étape qui consiste à combiner les drones avec l'intelligence artificielle. C'est devenu le thème central de l'album, c'est l'exact opposé de la vraie émotion humaine. Ça fait longtemps que ces idées existent, mais les drones repoussent les limites de l'acceptable. Je voulais parler des dangers inhérents à ces nouvelles technologies, du manque d'empathie qu'elles peuvent engendrer. Tous les plus grands dirigeants privilégient l'efficacité, la rationalisation des moyens et les statistiques et oublient souvent le côté humain.

Finalement, la paranoïa et la théorie du complot ont toujours fait partie de vos chansons...
Oui, j'ai toujours entrevu l'éventualité de se retrouver un jour dans un système oppressant impossible à surmonter. C'est pour ça que j'ai intégré un discours de John Kennedy, parce qu'à l'époque, la montée du communisme a jeté le trouble et provoqué des lavages de cerveaux. J'ai l'impression qu'aujourd'hui, on retrouve les mêmes problématiques, les sociétés sont organisées d'une façon clinique qui nous rapproche finalement des idées communistes ! (rires)

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Les chansons de Drones font souvent penser à un opéra rock, les avez-vous conçues
dans ce sens ?

On a voulu raconter une vraie histoire du premier au dernier titre, celle d'un homme en pertes de repères qui va finir par découvrir l'amour après une guerre terrible. Mais je ne sais pas si on possède assez d'éléments concrets pour en faire un vrai spectacle. On préférerait faire une performance plus abstraite. Si l'album plaît vraiment aux gens, on pourra essayer de faire quelque chose de plus approfondi, pourquoi pas une résidence dans un théâtre uniquement autour de l'album.

Comment s'est déroulée la collaboration avec votre producteur Richard Lange ?
Au début, j'étais assez inquiet parce qu'il a travaillé avec plusieurs artistes très pop comme Shania Twain ou Bryan Adams et je ne voulais pas qu'il travaille uniquement à sortir des gros singles. En réalité, il était très intéressé par le concept futuriste de l'album, je ne crois pas qu'il ait déjà fait ce genre de choses par le passé. Il voulait surtout que le message soit très clair. En tant que musiciens, il nous a vraiment poussés dans nos retranchements, il voulait qu'on connaisse les chansons par cœur, jusqu'à l'épuisement. La plupart des chansons ont été enregistrées en live.

"On réfléchit à utiliser des robots volants en concert"

N'avez-vous pas la sensation de participer au système que vous dénoncez ?
Bien sûr, on est tous dans le même bateau. Mais chaque technologie qui se crée peut avoir ses bons côtés, comme les réseaux sociaux. Les drones vont tellement dans les extrêmes qu'ils sont imprévisibles. Ils permettent aussi bien d'accélérer les rapports humains que de perdre totalement le contrôle avec la réalité. Je trouve que la peur ne fait que grandir autour des effets négatifs sur les rapports humains. Aux Etats-Unis, certains grands dirigeants et chefs d'entreprise sont félicités pour les décisions militaires qu'ils peuvent prendre alors qu'ils ne réfléchissent pas aux conséquences.

Avez-vous peur pour l'avenir de votre fils Bingham ?
Pour l'instant, il n'a que 3 ans et demi, mais c'est sûr que la prochaine génération sera dépendante de l'intelligence artificielle. Les problèmes environnementaux et politiques vont se multiplier et on va devoir faire confiance aux nouvelles technologies, alors que les drones pourront tuer grâce à une reconnaissance faciale. Le bon point avec Hollywood, c'est qu'on nous a préparés à cette invasion avec les films de science-fiction des années 1980 et 1990. On est arrivés à un stade où on va retrouver des similarités avec notre époque.

Pour votre prochaine tournée, allez-vous intégrer des drones qui vont survoler la foule ?
On va mettre l'accent sur les chansons, avec probablement moins de vidéos. On sera situés au milieu du public pour que tout le monde puisse voir de la même façon. Mais bien sûr on va rajouter des drones pour rajouter une sensation de paranoïa, que les gens réalisent la sensation d'être ciblés. Il n'y aucune possibilité de répondre à ce genre d'attaques, c'est la chose la plus mystérieuse possible. Et qui sait, on fera peut-être voler des robots ! (rires)

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