"Oliver Twist" : le héros de Charles Dickens renaît dans un musical enlevé

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VICTORIEN – Jusqu’en février 2017, la comédie musicale "Oliver Twist", mise en scène par Ladislas Chollat, prend ses quartiers à la salle Gaveau. L’occasion de replonger en famille, le temps d’un spectacle de très bonne tenue, dans le Londres du 19ème siècle immortalisé par Charles Dickens.

D’ordinaire, la Salle Gaveau célèbre le meilleur de la musique classique. Les notes inspirées de Maurice Ravel ou Igor Stravinski, pour ne citer qu’eux, ont en conséquence virevolté dans son antre depuis le 3 octobre 1907, date de son inauguration. Le 23 septembre dernier, la scène (quasi) centenaire a momentanément changé de cap et s’est drapée d’un voile londonien, alignant d’élégantes lanternes en son sein, pour accueillir sa toute première comédie musicale : Oliver Twist. Jusqu’en février 2017, l’univers imaginé par l’écrivain britannique Charles Dickens s’y matérialise ainsi, plus palpable que jamais, grâce à une troupe de 15 comédiens, chantant et dansant, et à un orchestre de 6 musiciens  –bois, cordes, cuivres, claviers et percussions au programme.

 

Flash-back. Après sa parution en 1839, ledit roman culte, préalablement publié en vingt-quatre feuilletons mensuels dans la revue Bentley’s Miscellany, entre février 1837 et avril 1839, a parcouru le monde entier pour devenir l’un des plus emblématiques de la littérature anglaise. Sa force : dépeindre le tableau peu reluisant du Londres de l’ère victorienne et révéler au plus grand nombre le calvaire vécu par une profusion d’orphelins. Oliver Twist en est un. Et sa destinée n’a jamais cessé d’être revisitée au gré des années. Frank Lloyd, David Lean ou Roman Polanski l’ont ranimée rien qu’au cinéma. Outre la BD, il n’est donc pas étonnant qu’un musical lui soit (enfin) dédié. Que les puristes soient rassurés : ici, les ressorts narratifs changent peu ou prou. La rudesse et la noirceur originelles sont en revanche lénifiées.

Un ex de "The Voice" dans le rôle-titre

Lorsque l’obscurité se fait, Oliver et ses camarades d’infortune sont à cran. Vêtus de haillons et les estomacs hurlant famine, les voilà qui réclament des portions plus généreuses et une existence moins pourrissante. Cette seule séquence d’ouverture du premier acte suffit à saisir tout le talent de mise en scène de Ladislas Chollat, qui tire instantanément le meilleur d’un espace pourtant réduit. Accompagné par les souffles du compositeur israélien Shay Alon et du parolier Christopher Delarue, le héros balade sa frêle silhouette dans des décors au cordeau, passant d’une famille de croque-morts à une bande de chapardeurs de rue dirigée par l’inénarrable Vieux Fagin. Sans jamais perdre de vue son objectif premier : trouver une famille qu’il estime perdue.

 

La grande force de ce show, au-delà de ses qualités artistiques incontestables, est d’avoir mis tous les personnages sur un même pied d’égalité. Si, de facto, Oliver Twist reste le héros du récit, la gentille Nancy (extraordinaire Prisca Demarez, notamment aperçue dans Cats), le cruel Bill Sax ou la touchante Rosa donnent le change. Et c’est tant mieux. Parce que si Nicolas Motet, demi-finaliste de "The Voice Kids" en 2014, convainc plutôt sous la peau du héros –à quelques maladresses de jeu près–, ses camarades de jeu sont passionnants. Tous ensemble, ils composent une véritable famille artistique et proposent une aventure divertissante et franchement dépaysante. Seuls vrais regrets : des chansons pas toujours audibles (souci d’acoustique probable) et l’absence d’une émotion forte, de celles qui clouent au siège et coupent le souffle. 

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