Pour le DJ Para One, le Bataclan est "un lieu engagé" qui a été "frappé par la haine"

Pour le DJ Para One, le Bataclan est "un lieu engagé" qui a été "frappé par la haine"

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HOMMAGE - Après les attentats de Paris, metronews a décidé de demandé à quelques artistes de nous raconter leurs souvenirs du Bataclan. Aujourd'hui, le DJ et réalisateur français Para One.

En tant qu'artiste, que représente le Bataclan pour vous ? 
La première fois que j’ai joué au Bataclan c’était pour un concert de résistance, en 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen était passé au second tour. Ca donne une idée de l’esprit de ce lieu engagé, avec une programmation qui se démarque des obligations du marché. Rétrospectivement, ça me frappe de penser que nous nous réunissions pour combattre une certaine haine, et que c’est une autre forme de haine qui a frappé l’endroit. Ce n’est pas forcément un hasard, le Bataclan défend, comme bien d’autres lieux à Paris, des idées dont la liberté peut menacer les dogmatiques.

Qu'a-t-elle de particulier par rapport aux autres salles parisiennes, en tant que musicien, et spectateur ?
Mon studio est de l’autre côté de la rue, et ça fait dix ans que je passe devant tous les jours, c’est peut-être pour ça que j’ai l’impression d’un lieu ouvert et facilement accessible - je suis conscient que ça résonne de façon funeste aujourd’hui. Mais pour nous qui sommes musiciens de métier, il y a eu de très nombreuses occasions de venir saluer un ami qui jouait, ou organisait un concert, simplement, comme dans un lieu de vie partagé. Un jour je passais devant, j’ai vu que des amis canadiens jouaient, je suis simplement monté dans leur tour bus, boire un coup avec eux, et je les ai suivis à l’intérieur du Bataclan et on a passé la soirée ensemble. Ce genre d’histoire arrivait souvent. Ce n’est pas forcément possible de vivre des choses aussi spontanées dans d’autres lieux Parisiens.

"L'esprit de liberté de Paris survivra"

Quel est votre meilleur souvenir personnel dans cette salle ? 
Aux alentours de 2007, 2008, nous avons organisé des soirées pour notre label de l’époque, Institubes, puis le Bataclan s’est mis à héberger des nuits "club" avec une programmation électronique pendant un temps, où j’ai joué plusieurs fois. Un soir, on s’était appropriés l’espace en mettant un ring au coeur du public, j’avais apporté tous mes synthés depuis mon studio en face, et la plupart de mes amis étaient venus. C’est un très grand souvenir de bonheur collectif, symbole de toute une époque de fêtes débridées. 

Peut-on remonter sur scène, comme avant, après un tel évènement ? 
En ce qui me concerne, oui bien sûr. Je le ferai dès jeudi au Trabendo. Mais c’est facile à dire pour moi qui n’ai pas été sous le feu des terroristes, qui n’ai pas perdu quelqu’un dans la tragédie. Pour les équipes du Bataclan, plus généralement les professionnels du spectacle et des salles de concert qui connaissent forcément des victimes, ça va être très dur.

Votre définition du "Fluctuat nec mergitur" ? 
Pour moi dans cette devise, ce ne sont pas les gens, mais un esprit collectif qui ne coule pas. Les gens coulent, malheureusement, trop souvent. Mais il existe un esprit de liberté dans cette ville et je crois qu’il survivra.

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