Rencontre avec LP, la plume de Rihanna devenue numéro un des ventes

Rencontre avec LP, la plume de Rihanna devenue numéro un des ventes

DÉCOUVERTE – Son titre "Lost On You" s’arrache. Laura Pergolizzi, dite LP, chante depuis une quinzaine d’années mais sort seulement maintenant de l’ombre des célèbres artistes pour lesquelles elle a écrit avec "Death Valley", un EP pop-rock qu’elle a tenté de définir pour LCI.fr.

Le Café de la danse, à Paris, aura les honneurs de sa première scène française ce mardi soir. Numéro un des ventes, LP – prononcez "LPi" - est la nouvelle sensation pop-rock venue des Etats-Unis. Nouvelle, pas tant que ça finalement. Car la chanteuse américaine, âgée 35 ans, en est loin d’être à ses débuts. Avant l’excellent EP "Death Valley", paru en juin, Laura Pergolizzi de son vrai nom a sorti trois albums ("Heart-Shaped Scar" en 2001, "Suburban Sprawl & Alcohol" en 2004 et "Forever Now" en 2014). Elle a également été la plume de Rihanna, Christina Aguilera, des Backstreet Boys et Cher. Et elle en a, des choses à dire. Au moment de débuter l’interview, elle vérifie l’image et s’amuse de son look, reconnaissable entre mille. "Regardez ce visage, c’est un visage fait pour la radio", lance-t-elle avant d’éclater de rire. Et de repartir avec nous dix ans en arrière.

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Elle a écrit pour les plus grands : LP, nouvelle reine de la pop

#SXSW

2006. LP est à l’affiche de South by Southwest, l’un des festivals les plus importants outre-Atlantique qui se tient à Austin, au Texas. Elle y est repérée par les plus grandes maisons de disques américaines qui se battent pour l'avoir. "C’était cool mais c’était étrange parce que les mois précédents j’avais déjà rencontré, encore et encore, des majors. Ils me connaissaient.  certains ont passé leur route, d’autres me voulaient", se souvient-elle. "Ça a toujours été quelque chose de difficile pour moi, et pour tous les artistes je pense, d’être observée par une grande maison de disque ou une plus petite. Ce qui est cool, c’est que j’ai appris à deviner, rien qu’en regardant les gens, s’ils appréciaient ma musique.  A l’époque, je ne le savais pas. C’était excitant. C’est super de signer son premier gros contrat et d’entrer dans cette grande machine. Il y a eu des enchères, je crois qu'il était 1h du matin quand j'ai signé avec Island Def Jam. Il y avait dix avocats, des cigares, LA Reid (l'un des plus grands producteurs américains, ndlr)", poursuit-elle. Mais le contrat est rapidement rompu. Elle connaît par la suite plusieurs maisons de disques. Et fait un retour remarqué à Austin lors de l'édition 2012 du SXSW. 

#Cheers

2010. Rihanna sort "Loud", son cinquième album studio. Parmi ses singles phares, une pépite intitulée "Cheers", dans laquelle elle invite à lever son verre pour trinquer et faire la fête. Un titre co-écrit par LP qui tient là son plus gros succès en tant qu'auteure. Elle n'a pourtant jamais rencontré la chanteuse de la Barbade. "J’ai été invitée pour faire une session pendant un camp d’écriture qui était organisé pour elle. Il y avait une artiste avec qui je travaille beaucoup, Stacy Bathe, et on a écrit ce morceau avec The Runners", raconte-t-elle. On ne résiste pas à l’envie de lui poser LA question qu’on lui pose tout le temps : est-ce différent d’écrire pour soi et pour les autres ? "Ça l’est dans le sens où je ne chante souvent pas aussi haut. Je chante comme je veux (...) et je ne sais pas si j’écrirai une chanson comme "Cheers" pour moi. C’était une chanson pour la fête, c’était amusant à l’époque".  Quand on lui demande si des artistes auraient aimé avoir pour eux certains des titres de son dernier EP, celle qui n'était pas avare en confidences se retrouve sans voix. "C'est une bonne question", glisse-t-elle, en ajoutant qu'elle "ne sait pas. On ne peut pas prédire le futur". Une certitude, elle continuera à écrire pour les autres. "J’adore ça, ça me permet de faire une pause de moi-même. Je peux écrire à propos d’autres choses et apprendre encore. J’ai appris de tous ceux pour qui j’ai écrit. C’est ce que je trouve excitant dans l’écriture", souligne-t-elle.

#FunnyBusiness

La question débute sur Sia, au parcours parallèle au sien en tant qu'auteur et interprète - "Je ne lui ai jamais parlé. Nous évoluons dans des cercles similaires, j’ai travaillé avec beaucoup de personnes qui ont collaboré avec elle" - puis s'élargit à sa perception de l'industrie musicale. Un "funny business", "un drôle de milieu" selon elle. "C'est difficile. Il faut avoir la chanson, et pour d’autres il faut aussi avoir le look. Je déteste le dire mais c’est un milieu dominé par les hommes qui pensent savoir ce que les gens veulent voir. C’est un problème pour moi quand il n’y a pas de variété. Je ne pense que tout le monde doive se ressembler. Je pense que les gens aiment voir des artistes en qui ils peuvent se reconnaître, qui ont traversé les mêmes choses. Si ça devient trop standard, ce n’est pas bon", insiste-t-elle. Citant les "bonnes auteures" qui l'ont précédée, comme Carole King, LP réaffirme que "les femmes sont plus sévèrement jugées. Si vous voyez un mec en jean-t-shirt, c’est tellement cool. Si vous voyez une femme avec le même style, elle est tout de suite mal fagotée et on se dit qu’elle aurait pu faire un effort".

#DeathValley

Il lui aura fallu attendre son troisième album, un EP - cinq titres seulement - pour que le talent de LP traverse l'Atlantique. En Europe, c'est le raz de marée. A sa plus grande surprise. "Je suis numéro un dans pas mal de pays (dont la France, ndlr), ce qui est génial et excitant. Les connexions sont surprenantes. Plus j’avance, plus j’aime cette histoire car c’est exactement pour ça que je suis restée dans la course. Vous ne savez pas ni ne pouvez prédire ce qui va se passer", lâche-t-elle avant de conter son parcours.  "J’étais chez Warner Bros, je leur ai joué toutes les chansons de cet EP et ils m’ont virée un mois plus tard. Et ensuite j’ai signé chez Vagrant et Elektra. Maintenant, je vois que "Lost On You" est un gros hit. Cela devrait être une leçon pour moi et les autres : 'Continuez ce que vous faites, car vous n’avez aucune idée de ce qui peut se passer'", dit-elle. Après l'épisode Warner Bros, elle a "pensé à abandonner" la musique. "Beaucoup de titres, comme "Lost on You", sont nés d’épreuves à la fois professionnelles et personnelles. J’avais le sentiment que mon disque n’allait pas ressembler à ce que je voulais", explique-t-elle. A quoi reconnaît-on donc sa patte ? "Il y a beaucoup d’éléments différents. Je ne pense pas être capable de dire 'il y a de si, de ça'". "Quand les gens me rencontrent sans m’avoir entendu chanter, je pense qu’ils ne s’attendent à ce que je chante comme je le fais", parlant d'un style à la "voix puissante, une écriture sincère avec une force derrière tout ça". "J’essaie d’utiliser ma voix de plusieurs manières et je ne pense pas que les chansons se vivent d’une seule manière. Je veux vous emmener en voyage". Et on voyage volontiers avec elle et son grain unique. 

#OITNB

Juin 2016. Netflix met en ligne la saison 4 de sa série "Orange Is The New Black". Dans la dernière scène du dernier épisode, qui vire à l'émeute dans la prison pour femmes de Litchfield, la tension est à son comble. En fond sonore, "Muddy Waters" de LP. Pourtant, la chanteuse n'a "toujours pas vu" l'extrait. C'est son label qui s'est occupé de placer le titre dans la série. "Il m'a dit que j'avais un morceau dans le show mais je n'avais aucune idée que c'était un moment si important", raconte-t-elle. "La plupart des gens me l’ont un peu spoilé. Je ne sais pas exactement ce qui s'y passe mais c’est cool parce que ce sera là pour toujours. J’ai eu beaucoup de retours de gens me disant à quel point ça avait compté pour eux, à quel point la chanson était la bonne pour cette scène. J’ai hâte de la voir", sourit-elle.  

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