Shaka Ponk : ''Si on fait le Stade de France, ce sera surtout pour le CV"

Shaka Ponk : ''Si on fait le Stade de France, ce sera surtout pour le CV"

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INTERVIEW – Un an après la fin de sa tournée marathon, qui lui a fait franchir le cap du million de spectateurs, Shaka Ponk revient avec un quatrième album intitulé White Pixel Ape. Le chanteur Frah revient sur la genèse de ce disque toujours aussi enlevé qui pourrait bien les emmener encore plus haut.

Quel est l'objectif de cet album ? Replacer la création au cœur de votre activité après votre tournée marathon ?
C'est un débat chaque fois chez nous, concernant ce fameux disque qu'il faut sortir de temps en temps. On n'est pas trop intéressés par ce côté immuable et figé, on aimerait toujours faire évoluer les chansons . Le système est comme ça, il n'y a pas grand chose à faire, mais on préférerait que les gens reçoivent les morceaux n'importe quand, avec différentes versions, sans qu'il y ait de date de sortie ou d'objet.

Justement, on sent que chaque morceau a été sujet à de nombreuses modifications, jusqu'à la dernière minute...
Vous ne pouvez pas vous imaginer ! Comme on n'entre pas en studio et qu'on enregistre tout à la maison, on est sans arrêt en train d'essayer de nouvelles idées, jour et nuit. C'est un truc en continu et c'est ce qui fait que les morceaux sont toujours en construction. C'est un cauchemar quand on doit choisir la version qui ira sur le disque. Il y a tellement de mouvement perpétuel qu'à la fin, c'est un joyeux bordel et un fourmillement d'idées.

A quel moment de la création intervient votre maison de disques ?
Jamais ! On leur donne l'album une fois qu'il est complètement terminé. Pour l'instant, on a la chance de ne pas avoir de problèmes à ce niveau-là, parce que dès le départ, on nous a assuré qu'on pouvait faire ce qu'on voulait. C'est ce qui fait qu'on a eu beaucoup de difficultés à trouver un label qui refuse de nous réorienter. Beaucoup avaient l'intention de rectifier le tir, alors qu'on fait des chansons trop bordéliques. On ne voulait pas qu'elles deviennent tièdes. On a même envisagé de se débrouiller tout seul, en publiant les chansons sur Internet, jusqu'au jour où on est tombé sur Tôt ou tard, qui ne voulait rien toucher à notre travail.

''Il faudrait vraiment être bizarre pour chanter assis sur un tabouret.''

Les radios restent assez frileuses par rapport à votre musique, cela vous frustre-t-il ?
On en est conscient, on le sait et on nous l'a toujours dit. Il se passe surtout des choses avec le public et la radio peut intervenir en support. Un titre comme "My name is stain" a d'abord été refusé par de nombreuses stations, ce n'est jamais automatique. Les radios ont commencé à le jouer à partir du moment où elles l'avaient entendu en concert.

Vous avez subi une grave blessure à la jambe pendant la dernière tournée. Allez-vous calmer vos ardeurs ?
Je ne calcule jamais, je ne décide pas de sauter partout. Ça m'arrive souvent d'être crevé au début d'un concert et de me retrouver à moitié à poil à l'autre bout de la salle, au milieu d'un amas de gens. C'est tellement intense ce qu'on reçoit du public, une masse d'énergie, qu'il faudrait vraiment être bizarre pour chanter assis sur un tabouret. Je sens que mon genou est toujours bien amoché, il y a des choses que je ne peux plus faire, mais c'est un détail, ça ne change rien au show.

Prévoyez-vous des concerts et une mise en scène toujours plus impressionnante ?

Oui, on s'est bien pris la tête. Là-dessus. La scénographie, c'est le seul domaine où on n'a pas libre court, où les contraintes techniques nous empêchent de faire tout ce qu'on veut. On a passé beaucoup de temps à imaginer un dispositif qui soit différent de la dernière tournée et on a trouvé une idée qui fonctionne bien partout, des clubs aux festivals. Je comprends qu'il existe des mecs dont ce soit le métier.

''On s'est rendu compte de la fragilité du groupe''


Comment s'organise la vie du groupe en dehors de la tournée ?

On a tellement de boulot qu'on n'a pas trop de vie sociale ! On s'est quand même fait un petit break après le concert à Bercy et c'était assez glauque parce qu'on s'est retrouvé sans rien du jour au lendemain. On s'est arrêté en plein vol et on s'est rendu compte de la fragilité du groupe. On s'est pris quelques jours de vacances chacun de notre côté, comme les gens normaux, et on a vu qu'il y avait des choses intéressantes à voir en dehors de Shaka Ponk. Quand on est revenus, on n'était plus les mêmes, ça allait mieux.

On a l'impression que vos racines metal ressortent particulièrement sur cet album...
Si vous voyiez les playlists de chacun des membres du groupe, vous comprendriez. Ça peut aller de Rammstein à Abba. Et puis, on pense au live, on imagine tel morceau, et on le pousse à fond pour pouvoir bien s'amuser. On ne se prive pas et on aime bien les groupes un peu extrêmes.

Peut-on imaginer une carrière internationale ?
On n'est pas du genre ambitieux, on ne cherche pas à conquérir le monde. On est surtout concentrés sur nos petites vidéos et nos chansonnettes, on est davantage curieux sur les outils de création. C'est en sortant du bus qu'on se rend compte qu'il doit se passer des trucs. Ce n'est pas qu'on s'en fiche, mais on est dans notre bulle, ce n'est pas une fin en soi, même si c'est une belle reconnaissance.

Et donc, jouer au Stade de France, ce serait trop pour vous ?
Chaque fois qu'on nous propose une salle plus grande, on se dit qu'on ne va jamais réussir à la remplir. Notre label nous a déjà parlé du Stade de France, mais on ne sait pas si ce serait vraiment adapté à notre état d'esprit. On ne serait pas assez proche du public, qui aurait plutôt tendance à nous regarder sur les écrans. On se demande si ce ne serait pas une connerie. Si on le fait, ce serait plutôt pour notre CV, et c'est le début de la fin quand on raisonne comme ça (rires).

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