Thomas B, l'évadé musical

Thomas B, l'évadé musical

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PORTRAIT – Quatre ans après le dernier album de Luke, son leader Thomas Boulard tente sa chance en solo avec un album intitulé "Shoot". Un disque très éloigné du rock de ses débuts qui dessine une personnalité engagée.

Thomas Boulard est un travailleur de l'ombre. Avec Luke, le chanteur a toujours évolué à la marge d'autres groupes de rock français comme Noir Désir, Dionysos ou Indochine. Et ce n'est pas son passage en solo qui risque de bouleverser la donne. "Je n'ai pas de réflexion sur ma propre carrière, explique l'intéressé, qui sort son premier album intitulé Shoot sous le nom de Thomas B. J'écris avant que toute forme d'inspiration s'éteigne. Je n'ai aucune considération d'image."

Contre le diktat de l'audimat

Avec ce premier opus minéral et cabossé, le chanteur bordelais n'aspire pas à retrouver la lumière des projecteurs. Au fil des années, son groupe a eu tendance à s'effilocher, sans doute dépassé par la pression commerciale. "Le système actuel ne peut pas favoriser l'expression artistique, regrette-t-il. A cause du diktat des clics, tout le monde se retrouve à faire la même chose." Le dernier disque en date, D'autre part, paru en 2010, témoignait de ces envies d'ailleurs, avec un climat beaucoup moins électrique que sur les précédents disques.

Ce premier album solo possède également sa part de singularité, entre rythmes électro ("Château de sable"), chansons dépouillées ("Tout se mélange"), influences hispaniques ("On ferme") et slam mélancolique ("Train express"). Surtout, le trentenaire se révèle fin observateur du quotidien dans les mégalopoles. "Le métro s'éloigne en un vieux souvenir. Il lui en faudra des corps, il lui en faudra des lignes. Il y en aura des morts, il y en aura des crimes. La ville n'est plus qu'un zoo, tout le monde y a soif", entonne-t-il dans le titre "Quitter la ville".

"La France est en train de crever la dalle"

L'interprète de "La sentinelle" conçoit son métier comme une vigie de son époque morose. "Je suis effaré de voir que certains artistes refusent de parler du monde qui nous entoure, juge-t-il. 80 % des chanteurs français racontent des histoires dont tout le monde s'en fiche pendant que la France est en train de crever la dalle. Je vois les gens écrasés par la guerre invisible du quotidien, poursuit le chanteur. C'est à nous de mettre des mots dessus car la poésie est devenu un langage de publicitaires. Il n'y a que les rappeurs qui prennent la parole, ils ont le monopole du béton."

L'année dernière, Thomas Boulard a pris ses fans de court en collaborant avec Alizée, qui symbolise plutôt les paillettes et le star system. "Ça m'a beaucoup amusé qu'on me le propose et j'ai pu pleinement m'exprimer, reconnaît le chanteur. Maintenant qu'elle a entendu mes chansons à la radio, j'inspire le respect à ma pharmacienne ! Elle a compris ce que ça veut dire d'écrire des chansons, elle m'a même encouragé à en écrire pour moi ! (Rires) Mais je ne sais toujours pas à quoi ressemble le bling bling et la variété. Ce ne sera jamais mon univers." Incorruptible, avec ça.

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