"You want it darker" : Comme David Bowie, Leonard Cohen a fait ses adieux en musique

MUSIQUE

SO LONG - Le monde de la musique pleure la disparition de Leonard Cohen. Avec "You Want It Darker", son dernier album, paru en octobre 2016, le songwriter canadien nous disait déjà au revoir. Décryptage d’un disque en forme d’adieu.

Nous étions prévenus. Dans une interview au magazine américain The New Yorker, le vieux poète canadien âgé de 82 ans, évoquant de nouvelles chansons dont il venait d’entamer l’écriture, avait eu ces mots définitifs : "Je ne pense pas que je serai capable de finir ces chansons. Mais peut-être, qui sait ? Et peut-être que j’aurais le droit à un nouveau souffle, je n’en sais rien. Mais je n’ose pas me lier à une stratégie spirituelle… J’ai du travail à faire. Certaines choses à régler. Je suis prêt à mourir. J’espère que ce n’est pas trop inconfortable. C’est à peu près tout pour moi."

Mais quelques jours après la parution de cette inquiétante interview, le chanteur faisait volte-face lors d’une conférence de presse à Los Angeles: "J'ai récemment dit que j'étais prêt à mourir... je crois que j'ai exagéré. En fait, j'ai l'intention de vivre éternellement !". Insolent, jusqu’au bout.

Je quitte la table, je suis hors du jeu- Leonard Cohen sur la chanson "Leaving the table", extraite de "You want it darker"

Et finalement, tout avait déjà était dit en musique par le songwriter sur "You Want It Darker", son dernier album. Le vieux troubadour, accompagné par son fils, Adam, à la production, avait jeté ses dernières forces dans un disque crépusculaire, aux mélodies pures et aux arrangements enfin libérés de ces horribles synthés qui colonisaient ses derniers albums.

Sur le titre éponyme de ce disque, Cohen le vieux juif bouddhiste chante en hébreux, "Hineni" ("Me voici") avant d’ajouter "Je suis prêt, mon Seigneur." Sur "Treaty", on peut entendre le vieux poète avouer "Je suis en colère et je suis fatigué en permanence" avec une voix d'une gravité incroyable, déjà plus vraiment de ce monde. Et sur "Leaving the Table", porté par une simple guitare acoustique et des cordes tremblantes, il prévenait : "Je quitte la table. Je suis hors du jeu."

Je suis en retard, ils fermeront le bar- Leonard Cohen sur la chanson "Traveling Light", extraite de "You want it darker"

Plus loin encore, avec "On The Level", sous l’apparence naïve d’une chanson sensuelle, on se dit aujourd’hui que Leonard Cohen était également en train de préparer le terrain: "Gardons le niveau. Quand je m’éloigne de toi. J’ai tourné le dos au Diable. Tourné le dos aux anges, également." Avant de se faire encore plus clair sur "Traveling Light" : "Ceci est un "au revoir". Mon étoile, autrefois si brillante et désormais filante. Je suis en retard, ils fermeront le bar. Avant, je jouais sacrément bien de la guitare."

Avec Blackstar de David Bowie, You Want It Darker de Leonard Cohen mais aussi d'une certaine manière avec le dernier album de Nick Cave, Skeleton Tree (inspiré par le décès de son fils), l'année 2016 aura été musicalement marquée par la mort. Sur chacun de ces disques, on peut entendre, des artistes affronter vaillamment leur propre mortalité ou celle de leurs proches avec une grâce infinie. Un ultime acte de beauté et de générosité. Ce bon vieux Leonard Cohen avait raison. Grâce à ses chansons, il vivra en nous "éternellement".

Lire aussi

    Lire et commenter