Les laits végétaux, véritable atout santé ou effet de mode ?

Nutrition
ALIMENTATION - Soja, avoine, amande... Les ventes de laits végétaux ont bondi de près de 20% en France l'an dernier. Parfois présentés comme une alternative au lait d'origine animale, sont-ils pour autant bons pour la santé et peut-on les consommer à tous les âges ? LCI fait le point.

Sur leur page Facebook, les prophètes de l’alimentation "healthy" et autres adeptes du véganisme en ont fait leur "modjo" et ne cessent de vanter leurs bienfaits sur la santé, en postant des recettes. A la télévision, de plus en plus de chefs en font la promotion dans leurs émissions culinaires, pour remplacer la crème ou le lait dans la préparation des gâteaux ou des sauces. D’abord vendus dans les épiceries bio, ces boissons à base d’ingrédients végétaux, que l’on présente parfois comme une alternative au traditionnel lait de vache, sont de plus en plus présentes dans les rayons de nos grandes surfaces. Soja, coco, amande, noisette, noix de cajou, châtaigne, avoine, riz, épeautre, millet, sarrasin : il en existe des toutes sortes. Et depuis peu, ces breuvages commencent à faire leur apparition dans les caddies de Madame et Monsieur "Tout le monde".

Même si elles en ont l’aspect et la texture, ces boissons n’ont absolument rien à voir avec du lait d’origine animale d’un point de vue nutritionnelLe Dr Laurent Chevallier, médecin et consultant en nutrition

En France, leur consommation explose : les ventes se sont envolées de 19% rien que l’an dernier, selon les chiffres de l’Agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique (dite Agence bio). Mais ne vous y trompez pas ! Ces boissons végétales ne peuvent pas remplacer le lait de vache, prévient d'emblée le Dr Laurent Chevallier, médecin consultant en nutrition, praticien attaché au CHU de Montpellier et auteur de  L’indulgence dans l’assiette (Editions Fayard, 2018). L’appellation 'lait' qui est inscrite sur les emballages de ces produits ne correspond pas à la mention indiquée, elle est même trompeuse pour le consommateur, insiste auprès de LCI le spécialiste. Il serait plus juste de parler de jus. "Même si elles en ont l’aspect et la texture, ces boissons n’ont absolument rien à voir avec du lait d’origine animale d’un point de vue nutritionnel. En fait, il s'agit de graines mixées avec de l’eau ou d’autres types de végétaux rendus liquides", poursuit le médecin.

"Ça revient à consommer du soda ou un jus de fruit industriel !"

Les laits végétaux ont malgré tout un avantage : ils ne contiennent pas de lactose, le fameux glucide responsable de l'intolérance. Les gens qui sont allergiques ou intolérants au lait traditionnel peuvent donc en boire. Sur le plan nutritionnel, si l'on en croit les indications sur l'emballage, ces jus contiendraient quantité de vitamines et de minéraux, notamment du magnésium et du potassium et surtout "moins de graisse que le lait de vache", ce qui en ferait un précieux allié contre le mauvais cholestérol.


"Les gens ont l’impression de se faire du bien en consommant ces boissons, alors que ce n’est pas forcément le cas, souligne le nutritionniste. Le bénéfice pour la santé est très relatif, nous assure ainsi le Dr Laurent Chevallier. Contrairement au lait de vache, son apport en protéine et en calcium est limité. En effet, ces boissons sont pauvres en vitamines D assimilables par l'organisme et ne contiennent pas de vitamine B12, pourtant essentielle à la formation des globules rouges dans l'organisme.


L'autre problème que pose ces boissons, c'est qu'elles sont généralement sucrées, en particulier quand elles sont vendues en brique. "Finalement, ça revient à consommer un soda ou un jus de fruit industriel, estime le Dr Laurent Chevallier. Ce qu’on peut conseiller aux gens qui digèrent mal le lait est de rester sur le lait de vache délactosé, mais en bio. Ou bien du lait de brebis, si on préfère, toujours en bio."

Soja, amande, riz ou coco : lequel est le plus nutritif ?

Si vous êtes tout de même amateur de ces jus, lequel est le plus nutritif ? Une équipe de chercheurs de l'université McGill à Montréal, au Canada, s’est penchée sur la question. Ils ont passé au crible les quatre boissons végétales les plus consommées au monde : soja, amande, riz et coco. Pour chacune d’elles, les scientifiques ont comparé leur composition avec la valeur nutritionnelle du lait de vache. Leurs résultats sont parus le 29 janvier 2018, dans la revue Journal of Food Science and Technology.


D'après eux, le lait de soja, très populaire en Asie, apparaît comme le plus nutritif des quatre, surtout dans sa version enrichie. En effet, sa valeur nutritionnelle est la plus proche du lait de vache et il est le plus riche en protéines. Pour avoir du calcium, mieux vaut opter, en revanche, pour du jus d'amande. De plus, il a l’avantage d’être très peu calorique. Ce n’est pas le cas du jus de riz : très riche en glucides, son index glycémique est élevé. Le lait de coco, quant à lui, contient des acides gras saturés. 


"Il faut savoir que le soja contient des perturbateurs endocriniens naturels, précise le Dr Laurent Chevallier. Il n’est pas assimilé de la même manière par les asiatiques et les occidentaux. De plus, des effets négatifs (stérilité) ont été enregistrés dans la descendance masculine lors de consommations régulières. On peut l’utiliser de temps à autres, en tant que sauce culinaire. Mais il ne peut pas se substituer au lait de vache".

Comment faire si je digère mal le lait de vache ?

Le succès de ces boissons végétales doit beaucoup à la mauvaise réputation que traîne le lait de vache depuis déjà plusieurs années. "L’histoire de l'alimentation, ce sont des modes et surtout beaucoup des malentendus, martèle le Dr Laurent Chevallier. Pendant un certain nombre d’années, le lait n’était pas toujours de très bonne qualité, car les vaches n’étaient pas forcément très bien nourries. Cette mode du lait d'origine végétale s'est développée en réaction aux industriels et à une forme d’agrobusiness, où la qualité n’était pas toujours la priorité. Le problème, c'est que les gens ne font pas qu'arrêter le lait, il supprime également tous les produits laitiers, comme les yaourts ou le fromage". Or, justement, les  bactéries lactiques que l'on trouve dans les yaourts aident l'organisme à mieux digérer le lactose une fois qu'il est dans l’intestin, rappelle le nutritionniste. Et dans le fromage il n’y a pas de lactose...


Y a-t-il un âge pour manger des produits laitiers, ou bien sont-ils nécessaires tout au long de la vie ? La consommation de lait de vache est tout particulièrement recommandée en raison de ses nutriments essentiels de protéines, jusqu’à l’âge de 3 ans, et pour son apport en calcium, jusqu’à 18 ans. "Quand on avance dans l’âge, le déficit d’une enzyme, la lactase, peut entraîner une intolérance au lait, explique le nutritionniste. Si une personne digère mal le lait, elle n’est pas obligée d’en consommer. Cela ne l’empêche de consommer des produits laitiers (fromages, yaourts). Il existe aussi des laits végétaux enrichis en protéines, mais il faut bien regarder le taux de sucre présent. L’avantage du lait, c’est qu'il s'agit d'une source de protéines peu chère, de vitamines du groupe B , dont la vitamine B12 , et de calcium."

Et chez le nourrisson ?

Comme souvent, ce qui est bon pour les adultes ne l’est pas forcément pour les nourrissons. Si les parents, par effet de mode ou réelle intolérance alimentaire, peuvent ne pas prendre de lait de vache, l’utilisation de ces produits végétaux dans l’alimentation d’un bébé peut créer chez ce dernier un état de malnutrition avancé. D’où un avis émis officiellement en mars 2015 par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui "déconseille fortement" l’usage de ce qui n’est en fait que du jus de céréales chez les nourrissons.


Dans une publication scientifique, le Pr Patrick Tounian, gastro-entérologue pédiatrique à l’hôpital Trousseau, auteur d’une étude intitulée "Végétalisme chez l’enfant : une véritable maltraitance nutritionnelle", met en garde : "leur consommation par les nourrissons entraîne des complications nutritionnelles, parfois très sévères, justifiant souvent une hospitalisation. Les carences en protéines, fer, calcium, zinc et vitamines D et K ont été les plus fréquemment rapportées. Dans les cas extrêmes, ces complications peuvent conduire au décès de l’enfant." Un drame qui s’est d'ailleurs produit en Belgique, en 2014.

"Il arrive parfois que le nourrisson développe une allergie à la protéine du lait de vache, ça n’a rien de nouveau. On arrive à compenser avec des laits de substitution", indique le Dr Laurent Chevallier. Mais, comme le rappelle l’Anses, le produit utilisé doit alors être choisi et prescrit par un médecin. L'Agence Santé publique France indique dans une brochure sur l'alimentation des enfants que "les préparations à base de protéines de soja 1er ou 2e âge sont les seules à être régies par la réglementation des aliments de l’enfance. Ne les confondez pas avec les "laits" ou jus ou crème de soja, qui ne sont pas adaptés aux enfants de moins de 3 ans."

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