Supermarchés : que vaut vraiment le bio "low-cost" ?

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C'EST BIO, MAIS... - Pour s'imposer dans le florissant marché du bio, la grande distribution tente par tous les moyens de répondre à la demande grandissante des consommateurs tout en cassant les prix. Il en résulte des denrées qui ne sont finalement pas aussi vertueuses qu'elles en ont l'air, nous explique la rédactrice en chef adjointe de "60 millions de consommateurs", qui consacre ce mercredi un hors-série au bio.

Le bio français prend son envol. En 2018, 2 millions d'hectares étaient cultivés en bio, soit 7,5% de la surface agricole utile du pays. 5.000 nouvelles exploitations ont par ailleurs vu le jour. Un essor qui fait sortir les produits biologiques de leur niche pour devenir des produits de grande consommation. Les supermarchés sont ainsi de plus en plus nombreux à se positionner sur le secteur. Ils commercialisent désormais la moitié des produits bio, alors que jusqu'à l'an passé, les commerces spécialisés menaient la danse.

Pour imposer se produits, la grande distribution s'efforce de casser les prix coûte que coûte. Un lait bio peut donc parfois coûter moins cher que le lait conventionnel. Mais que valent vraiment ces produits bio low-cost ? Nous avons posé la question à Christelle Pangrazzi, rédactrice en chef adjointe chez 60 millions de consommateurs, qui consacre ce mercredi un hors-série  au bio.

Des ingrédients moins nobles

"Si c'est moins cher, c'est forcément que l'on rogne sur les prix d'une manière ou d'une autre", commence la journaliste. "Dans le cas des biscuits par exemple, cette réduction des coûts va se répercuter sur la qualité des ingrédients." Ainsi, de nombreux industriels se tournent vers les sirops de sucres invertis (trimoline) ou de maïs pour élaborer leurs recettes. S'ils sont moins chers que le sucre de canne, ils sont aussi capables de neutraliser efficacement l'amertume des farines complètes, souvent utilisées par les industriels en bio. Mais, problème, "ceux-ci ont la particularité d'avoir un indice glycémique beaucoup plus haut et sont soupçonnés de favoriser l'obésité, le diabète ou encore les maladies cardio-vasculaires", avertit Christelle Pangrazzi.

La même problématique se pose pour les yaourts et les crèmes dessert, dont certains ont été analysés par 60 millions de consommateurs. La crème caramel Bio Village de E.Leclerc contient ainsi un gramme de sucre en plus pour cent grammes que sa version conventionnelle. "De fait, elle affiche 28 calories de plus par pot", indique le magazine. Le tiramisu bio Auchan, lui, compte plus de 18 ingrédients, contre sept dans la recette originale, "dont des ajouts à l'intérêt douteux" parmi lesquels sont cités l'acide lactique, des sirops de riz et de manioc, ou encore des carbonates d'ammonium.

Pour les fruits et légumes en revanche, la qualité entre ceux vendus en supermarché et ceux commercialisés par les magasins spécialisés est normalement équivalente, précise Christelle Pangrazzi. Les normes en terme d'utilisation de pesticides sont en effet les mêmes pour toute la filière bio. 

Un environnement toujours autant exploité

S'ils ne sont pas forcément plus vertueux pour la santé que leurs homologues conventionnels, les produits bio ne sont pas non plus toujours meilleurs pour l'environnement, contrairement à ce que pourrait laisser penser l'imagerie verte et végétale associée à ce secteur. "Nous dénonçons l'utilisation d'huile de palme bio utilisée par les industriels, qui déforeste davantage encore que l'huile de palme conventionnelle", lance la rédactrice en chef adjointe. Une étude publiée en mars dernier par des chercheurs américains a démontré qu'en Indonésie, Malaisie et Papouasie-Nouvelle-Guinée, les palmeraies certifiées RSPO (Rountable on Sustainable Palm Oil) avaient autant, voire davantage, déboisé que les non-labellisées entre 2011 et 2016, rapporte le magazine.

L'intensification des cultures en bio pour répondre à la demande croissante tout en parvenant à contenir les coûts de production pose là aussi problème. À Almería, dans le sud de l’Espagne, 40.000 hectares de bâches s'étendent à perte de vue, rapporte 60 millions de consommateurs. Sous cette "mer de plastique" poussent tomates, fraises, concombres et carottes en culture bio, dont une bonne partie sont destinées à être exportées en Europe… "Certes, les producteurs respectent le cahier des charges en prohibant l’usage des pesticides. Mais sous les serres, les sols sont épuisés à force d’enchaîner les cultures. De la matière organique est importée d’autres régions pour continuer à les nourrir", explique le magazine édité par l'Institut national de la consommation. 

Des agriculteurs et une main d'oeuvre sous la coupe des industriels

Les agriculteurs bio, jusque-là plutôt indépendants, sont de plus en plus sollicités par les industriels. "L'hégémonie des grands distributeurs peut mettre la pression sur les prix. À terme, les mêmes problèmes déjà connus dans le conventionnel risquent de se reproduire", s'inquiète Christelle Pangrazzi. À savoir des marges de plus en plus basses pour les producteurs.

Comme pour la filière conventionnelle, le maintien des prix compétitifs passe aussi par une main d'œuvre à bas coût. À Almería, 80.000 immigrés, "dont plus de la moitié seraient clandestins", travaillent dans les serres pour un salaire compris entre 30 et 35 euros la journée. En Italie, ces travailleurs, sous le joug des mafias locales, ne perçoivent parfois pas plus de 20 euros par jour.

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"Nous estimons qu'on est à un tournant du bio. Il y a une forte demande et c'est très bien, mais il ne faut pas que les industriels s'engouffrent dans les failles qui existent à l'heure actuelle. Les consommateurs n'ont pas à se retrouver avec des produits bourrés d'additifs, extrêmement sucrés pour masquer des farines complètes, irrespectueux de l'environnement et de la main d'œuvre ", conclut Christelle Pangrazzi, qui conseille de se tourner vers des labels plus exigeants que l'Eurofeuille, comme Demeter, Nature & Progrès ou Bio Cohérence.

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