"En voulant leur faire du bien, on les abreuve d'additifs dangereux" : attention aux compléments alimentaires pour enfants

Nutrition

PASSÉS AU CRIBLE - Les Français sont les premiers consommateurs de compléments alimentaires en Europe, et les parents n'hésitent plus à en donner à leurs enfants. Pourtant, malgré des promesses alléchantes, ces produits ne sont pas sans risques, révèle ce jeudi le magazine 60 Millions de consommateurs. Un constat partagé par la nutritionniste Florence Foucaut.

A l'approche de l'hiver, c'est la ruée vers les compléments alimentaires, notamment pour booster les enfants, déjà éprouvés, dans l'esprit des parents, par trois mois d'école et des journées qui rapetissent. Gelée royale pour stimuler les défenses immunitaires, vitamine C et fer pour leur redonner de la vitalité, les contenus ont tout pour séduire. Normal pour le consommateur, ce sont en quelque sorte des remèdes de grand-mère, donc forcément inoffensifs, avec en plus une caution scientifique car vendus la plupart du temps en pharmacie.

Un marketing efficace qui, pour ne rien gâter, plaît aussi aux enfants puisque certains compléments alimentaires, appelés "bonbons vitaminés", se  présentent sous la forme de petits ours ou de crocodiles gélatineux pour qu'ils n'oublient pas de les prendre. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si ces  produits étaient sans danger. Malheureusement, ce n'est pas le cas, pointe ce jeudi 60 Millions de consommateurs. Dans un numéro hors-série, la revue a étudié la composition de 120 de ces "remèdes miracles". Parmi eux, certains pour les bébés, les enfants et les adolescents, et les conclusions de l'enquête interrogent. 

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En voulant faire du bien à leurs enfants, les parents les abreuvent, sans le savoir, d'additifs dangereux pour la santé. - Florence Foucaut, nutritionniste

Premier constat, "peu de produits sur le marché disposent d’études scientifiques attestant de leur bien-fondé sur la santé. Les compléments vitalité par exemple, à base de vitamine C, n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité dans le traitement du rhume ou de l’immunité", révèle l'étude. Le magazine épingle ainsi plusieurs produits figurant, pourtant, parmi les plus réputés : le Berrocca, que l'on achète parfois à la veille d'examen pour redonner du tonus à son ado, ou les gélules de Juvamine Multivitamines, sont à proscrire selon lui. Ces dernières contenant du dioxide de titane, un colorant (E171) bientôt interdit, susceptible de "causer des anomalies de développement et des lésions précancéreuses". Que dire aussi des pastilles Nutrisanté à la vitamine C "contenant un édulcorant intense renforçant l’appétence au sucre" ?

Pour la nutritionniste Florence Foucaut, contactée par LCI, c'est une hérésie. "En voulant faire du bien à leurs enfants, les parents les abreuvent, sans le savoir, d'additifs dangereux pour la santé.  Encore une fois, seule une alimentation équilibrée et diversifiée permet de ne pas avoir de carences. Donc pas la peine de rajouter des vitamines par-ci par-là", insiste-t-elle. Avant de poursuivre : "Prenons, par exemple, la problématique des fruits et légumes que les enfants rechignent à manger. Il vaut mieux essayer de trouver des solutions en jouant sur le goût ou les formes avant de se tourner vers les compléments alimentaires. Parce que donner des petits nounours à la vitamine C pour pallier leur dégoût du brocoli, je trouve que c'est une solution de facilité pour les parents, qui ne mène à rien car il faudra bien à terme revenir à une alimentation équilibrée", analyse notre diététicienne. 

Quant aux parents qui se ruent sur les compléments alimentaires au début de l'hiver parce qu'ils trouvent leur enfant fatigué, "commencez par rectifier leurs heures de sommeil !", conseille-t-elle également. Et bien sûr, on profite des bienfaits des aliments de saison, comme par exemple la courge, bourrée de vitamine C ou les agrumes qui arrivent pile poil au bon moment".

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Attention à l'automédication

Autre problème, soulevé par 60 Millions de consommateurs, l'étiquetage beaucoup trop lacunaire. "Si les fabricants sont tenus de faire connaître la composition de leurs produits, ils ne sont en aucun cas obligés de fournir une notice qui pourrait alerter sur la survenue d’éventuels effets indésirables. Ces produits, considérés comme des aliments, ne sont, en effet, pas soumis à une réglementation contraignante", relève la rédactrice en chef Sylvie Metzelard. "Il manque également l'origine des substances. D'où vient la vitamine C ou la spiruline ? Or il est important de donner toutes ces informations, notamment pour les sujets à risques (enfants, personnes âgées, femmes enceintes, personnes allergiques)".

Attention donc à l'automédication. "Car même si nous ne nous nourrissons pas correctement, nous n'avons, a priori, pas besoin d'une supplémentation nutritionnelle particulière", souligne encore la rédactrice en chef. Sauf avis contraire d'un professionnel de santé, bien sûr. Ainsi, selon de nouvelles recommandations, la vitamine D est prescrite par les pédiatres jusqu'aux 18 ans de l'enfant. Cependant, elle peut aussi entraîner un danger pour la santé quand elle est prise en trop grande quantité. "D'où la nécessité d'éviter tous ces cocktails de vitamines que vous seriez tenté de lui acheter", alerte Florence Foucaut.

Cette dernière conseille plutôt de s'en tenir à une alimentation équilibrée, soit 5 portions quotidiennes de fruits et légumes, 3 portions de laitage (200 ml de lait ou un yaourt le matin, 30 g de fromage et un yaourt le soir). Et d'alterner sur une semaine, un poisson gras, un poisson maigre, une viande rouge, une viande blanche et des œufs. 

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