L'anorexie, ce n'est pas que dans la tête : la maladie serait aussi métabolique que psychiatrique

Nutrition
DIAGNOSTIC - Des chercheurs établissent, dans une étude publiée cette semaine, que l'anorexie n'est pas qu'une maladie psychiatrique mais aurait aussi des causes génétiques influençant le métabolisme. Ces travaux, espèrent ses auteurs, pourraient changer la manière dont est soigné ce trouble de l'alimentation.

On pensait l'anorexie essentiellement liée à des troubles psychiatriques. Une vaste étude internationale, publiée lundi dans la revue Nature Genetics, vient démontrer le contraire. Des chercheurs du King's College de Londres et de l'Université de la Caroline du Nord ont examiné près de 17.000 personnes souffrant d'anorexie et plus de 55.000 individus "sains", provenant d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Asie. Ils ont alors identifié huit variants génétiques liés à l'anorexie mentale. 


Leur étude a révélé que certains d'entre eux présentaient les mêmes facteurs génétiques que ceux qui influent sur le risque de développer des troubles psychiatriques comme des troubles obsessionnels compulsifs (TOC), la dépression ou l'anxiété. Mais d'autres étaient impliqués dans la régulation du métabolisme, jouant notamment sur les niveaux de sucre dans le sang et de graisses des malades, ou encore leur niveau d'activité physique. 

Les facteurs métaboliques pourraient jouer un rôle presque aussi important que les effets purement psychiatriques Dr Gerome Breen de l'Institut de psychiatrie et neurosciences du King's College de Londres

"Les anomalies métaboliques observées chez des patients atteints d'anorexie mentale sont le plus souvent attribuées au manque d'alimentation, mais notre étude montre que des différences métaboliques peuvent également contribuer au développement de la maladie. De plus, nos analyses indiquent que les facteurs métaboliques peuvent jouer un rôle presque aussi important que les effets purement psychiatriques", estime le Docteur Gerome Breen de l'Institut de psychiatrie et neurosciences du King's College de Londres. 

Un espoir pour les personnes atteintes

Aujourd'hui, l'anorexie mentale est la plus meurtrière de toutes les maladies psychiatriques. Elle affecte entre 1% et 4% des femmes et environ 0,3% des hommes. Les personnes touchées peuvent avoir un poids corporel extrêmement bas et une vision déformée de l'apparence de leur corps. 


Ces personnes peuvent être terrifiées à l'idée de prendre du poids. Alors que certains mangent si peu qu'ils meurent de faim, d'autres mangent normalement mais font de l'exercice au point de brûler plus de calories qu'ils n'en consomment. Cette découverte, qui conclut que l'anorexie mentale doit être considérée comme un "trouble métabo-psychiatrique" hybride, pourrait donc mener à de nouvelles approches thérapeutiques, espèrent ses auteurs. Actuellement, les traitements sont principalement axés sur la thérapie comportementale. Grâce à ces recherches, les composants métaboliques de la maladie seraient davantage pris en compte, ce qui pourrait améliorer son traitement et sauver plus de vies. 

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