La viande rouge pas si mauvaise pour la santé ? Il y a un os dans l'étude polémique...

Nutrition

CACHOTTERIES - Alors que les autorités sanitaires nous incitent à réduire notre consommation de viande, une équipe de chercheurs internationaux affirmait lundi dernier dans une étude que celle-ci n'aurait pas de réel impact sur la santé. Mais, selon Le New York Times, l'un des scientifiques a omis de déclarer des conflits d'intérêts avec un lobby de l'agroalimentaire.

La semaine dernière, la parution d'une étude sur la viande rouge a fait grand bruit. Une équipe de chercheurs internationaux y affirmait qu'en consommer régulièrement n'aurait pas de réel impact dans la prévention des cancers et des maladies cardiovasculaires, et conseillait "aux adultes de continuer leur consommation actuelle de viande rouge", soit une moyenne de trois à quatre portions par semaine en Amérique du Nord et en Europe.

Mais ces travaux, relayés par de nombreux médias, dont LCI, n'auraient pas été fait de manière aussi indépendante qu'annoncé. Selon Le New York Times, l’auteur principal de l’étude, Bradley C. Johnston, épidémiologiste à l’université Dalhousie, à Halifax (Canada), aurait menti dans sa déclaration de conflits d’intérêts, indiquant n’avoir aucun intérêt dans les recherches qu'il a pu mener durant les trois dernières années. Une information qui décrédibilise largement l'étude publiée dans la revue Annals of Internal Medicine.

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Une précédente étude financée par un lobby de l'agrobusiness

D'après le quotidien américain, le chercheur a mené, en décembre 2016, une étude discréditant les guides alimentaires internationaux qui recommandent de réduire la consommation de sucre. Celle-ci avait été financée par l’International Life Sciences Intitute (ILSI), un lobby de l'agrobusiness qui regroupe des entreprises telles que MacDonald’s, Coca-Cola, Pepsi et Cargill, une entreprise majeure dans l’industrie bovine en Amérique du Nord.

Dans une interview accordée au New York Times, Bradley C. Johnston se défend de tout conflit d'intérêts dans sa nouvelle étude, arguant que le papier publié en décembre 2016 n’entrait pas en compte lors de la déclaration des conflits d’intérêts, car l’argent reçu de l’ILSI avait été perçu bien plus tôt. "Cet argent est arrivé en 2015, donc c'était en dehors de la période de trois ans pour la divulgation des conflits d'intérêts", se justifie le scientifique.

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La rédactrice en chef de la revue sur la défensive

Le doute sur la crédibilité de cette étude est quoi qu'il en soit tout de même permis, d'autant que l'ILSI a plusieurs fois été accusée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de mener un puissant lobbying afin qu'elle assouplisse ses recommandations en matière de santé publique, et notamment en faveur du sucre, rappelle le New York Times

De son côté, la rédactrice en chef du Annals of Internal Medecine, Christine Laine, a tenu à préciser dans les colonnes du quotidien que la revue se basait sur la confiance concernant les déclarations des scientifiques. "Nous laissons les auteurs faire leurs déclarations", a-t-elle précisé. Et de défendre Bradley C. Johnston : "Beaucoup de personnes qui critiquent ces articles ont beaucoup de conflits d'intérêts dont ils ne parlent pas [...] Ils organisent des ateliers sur les régimes à base de plantes, font des retraites sur le bien-être et écrivent des livres sur les régimes à base de plantes. Il y a des conflits des deux côtés."

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