Le dioxyde de titane (E171) interdit à partir de janvier 2020 : qu'est-ce que cet additif controversé et où le retrouve-t-on ?

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FOCUS - Présent dans de nombreux produits alimentaires, le dioxyde de titane, que l'on retrouve sur les étiquettes sous le nom de code E171 ou TiO2, fait partie des additifs très controversés. Après avoir hésité, le gouvernement annonce ce mercredi après-midi l'interdiction de ce colorant à partir de janvier 2020 dans les denrées alimentaires. LCI vous explique en détail ce qu'est cette substance présente dans de nombreux produits du quotidien, ce qui lui est reproché, et comment l'éviter d'ici là.

Après moult tergiversations, la décision est enfin être arrêtée. Le gouvernement annonce ce mercredi après-midi l'interdiction du dioxyde de titane (E171) dans l'alimentation, après avoir reçu le rapport de l'agence de sécurité sanitaire des aliments (Anses) concernant cet additif controversé. En janvier dernier, le ministre de l'Economie et des Finances avait suscité la colère des associations en affirmant son intention de ne rien signer dans l'immédiat, mettant en avant des "évaluations différentes" sur la dangerosité potentielle du produit. Le rapport de l'Anses, à qui Bercy avait demandé "d’accélérer ses travaux sur les nanoparticules", n'ayant pu "lever les incertitudes sur l'innocuité" de ce colorant utilisé dans les bonbons, les pâtisseries ou encore les plats préparés, semble avoir finalement convaincu Bruno Le Maire.

Mais qu'est-ce que ce produit si controversé ? Que lui reproche-t-on exactement ? Comment faire pour l'éviter ? LCI fait le tour de la question et a demandé ses conseils à Magali Ringoot, la coordinatrice des campagnes d’Agir pour l’environnement. Cette association, qui se bat depuis longtemps pour la suspension du dioxyde de titane, fait régulièrement le tour des commerces pour repérer les produits qui en contiennent encore.

Un minéral utilisé dans de nombreux produits

Le dioxyde de titane est un minéral composé d'oxygène et de titane, dont les plus gros gisements se trouvent en Australie et en Afrique du Sud. Après son traitement, il se présente sous forme de poudre blanche contenant des particules de tailles diverses, dont des nanoparticules 10.000 fois plus petit qu'un cheveu.

Utilisé dans les colorants blancs ou pour faire briller les couleurs, il est présent dans de nombreux produits de la vie courante : alimentation, peintures, produits d'hygiène et de cosmétique, médicaments... Sur les étiquettes, il peut être identifié par la mention E171,  Tio2 et, dans les cosmétiques, CI 77891.

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E171, l'additif nocif qui doit disparaître

Ce qui est reproché au dioxyde de titane

L'intégration de dioxyde de titane sous forme de nanoparticules aux produits de la vie quotidienne inquiète depuis longtemps les associations. Car l'additif serait capable de franchir les barrières physiologiques du corps pour passer d'un organe à l'autre, ce jusque dans le sang. En 2017, une étude de l'Inra (Institut national de la recherche agronomique) menée sur des rats, avait indiqué que l'E171 était effectivement susceptible de se retrouver dans la circulation sanguine avant de s'accumuler dans certains organes, comme le foie. Soumis à des doses de dioxyde de titane pendant cent jours, près de la moitié des rongeurs avaient développé des lésions pré-cancéreuses au niveau du côlon.  "Ces résultats témoignent d’un effet initiateur et promoteur des stades précoces de la cancérogenèse colorectale, sans toutefois permettre d’extrapoler ces conclusions à l’Homme", précisait cependant l'organisme dans un communiqué.

Sollicitée par le gouvernement, l'Anses a reconnu que ces résultats avaient mis en évidence "des effets [du E171] qui n’avaient pas été identifiés auparavant". Elle doit normalement publier au troisième trimestre 2019 une évaluation des risques liés aux nanoparticules dans l'alimentation, qui inclura le dioxyde de titane. Un avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui considérait en 2016 que sa présence dans les aliments ne posait pas de problème pour la santé des consommateurs, est également attendu pour mi-2019.

En 2006, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a d'autre part classé le dioxyde de titane dans le groupe des substances "cancérogènes possibles chez l’homme" lorsqu'il est inhalé. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), elle, a choisi le principe de précaution en déconseillant l'utilisation des produits cosmétiques contenant des nanoparticules de dioxyde de titane sur peau lésée.

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Comment éviter le dioxyde de titane

"C'est un additif que l'on retrouve de moins en moins dans l'alimentation", indique Magali Ringoot, de l'association Agir pour l'environnement. Certains industriels ont en effet annoncé retirer le dioxyde de titane de leurs recettes ou magasins, comme Carambar and Co de ses Malabar ou encore Casino, Carrefour, Super U, Leclerc, Picard et William Saurin. Et alors que l'année dernière encore, les bûches glacées de Noël étaient nombreuses à en contenir, elles s'étaient fait rares cette année. Si vous souhaitez vous assurer que votre plat préparé ne contient pas de dioxyde de titane, il suffit dans tous les cas de lire la liste des composants, à la recherche d'une éventuelle mention de l'E171. D'autre part, "le dioxyde de titane est interdit dans le cahier des charges bio", indique Magali Ringoot. "Donc quand on achète bio, on est sûr de ne pas en trouver dans ses produits alimentaires." Le meilleur conseil, selon elle, serait tout simplement de désindustrialiser son alimentation. "Plus on va vers des produits bruts et simples, moins on a de chances de trouver du dioxyde de titane."

La vigilance doit en revanche être accrue dans les produits cosmétiques et d'hygiène, qui sont nombreux à contenir cet additif, signalé cette fois par la mention CI 77891. De plus, le cahier des charges de la cosmétique bio n'interdit cette fois pas le dioxyde de titane. "S'il y a une chose sur laquelle il faut vraiment faire attention, c'est bien le dentifrice", avertit la membre d'Agir pour l'environnement. Les enfants en ingèrent et même cela n'est pas le cas, ça passe par la voie sublinguale, et ce même si on recrache et qu'on se rince bien la bouche."

Dans le cas de l'alimentation et des produits d'hygiène et de cosmétique, des applications comme Yuka ou Open Food Facts peuvent aider le consommateur à détecter en un coup de scan la présence de dioxyde de titane. L'association Agir pour l'environnement a de son côté mis à disposition du public la liste de tous les produits contenant (ou suspectés contenir) des nanoparticules de dioxyde de titane. De nombreux chewing-gums, chocolats, bonbons et pâtisseries industrielles y figurent.

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"La seule catégorie de produit dans laquelle on ne peut pas éviter le dioxyde de titane, c'est dans les médicaments, indique Magali Ringoot. Comme le Doliprane ou le Dafalgan, ils sont 4.000 à en contenir. Et uniquement pour son rôle de colorant ! Pour faire un joli comprimé qui brille, avec une jolie couleur." Comme pour les produits alimentaires, d'hygiène ou de cosmétique, sa présence doit légalement être indiquée dans la liste des composants.

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