Les laits hypoallergéniques pourraient en fait augmenter le risque d'allergies chez les bébés

Nutrition

CONTRE-PRODUCTIF - Les laits infantiles hypoallergéniques seraient loin d'avoir l'effet escompté. Selon une large étude menée par l'Inra et l'Inserm, ces préparations seraient inefficaces et pourraient même, au contraire, augmenter le risque de développer des allergies.

Recommandées par certains professionnels, les laits infantiles hypoallergéniques seraient en fait inefficaces. Pire, ils pourraient même augmenter le risque de développer des allergies. Voilà la conclusion d’une large étude menée par l’Inra et l’Inserm, publiée ce mois-ci dans la revue Pediatric Allergy and Immunology.

Pour mener à bien leurs travaux, les scientifiques ont suivi pendant deux ans 15.000 enfants qui participent à l’étude ELFE (Étude Longitudinale Française depuis l’Enfance) conduite par l’INED et l’INSERM. Elle vise à mieux comprendre comment l’environnement affecte le développement, la santé, la socialisation et les parcours scolaires des enfants. Ici, les chercheurs ont observé la relation entre la consommation de ces préparations, contenant des protéines partiellement hydrolysées, et la survenue de manifestations allergiques comme l’eczéma, les sifflements respiratoires, l’asthme et les allergies alimentaires.

Un risque plus élevé de sifflements respiratoires et d'allergies alimentaires observé

Sur la cohorte d'enfants observés pour cette étude, 5% de ceux qui consommaient des laits infantiles à l’âge de deux mois bénéficiaient de ces préparations dites hypoallergéniques. La moitié d’entre eux n’avait pourtant aucun antécédent familial d’allergie qui justifiait leur prescription. Et si aucun effet protecteur contre les allergies n’a été observé par rapports aux laits infantiles classiques, leur utilisation, à partir de deux mois, chez des enfants sans signe d’allergie était associée, dans les années qui suivaient, à un risque plus élevé de sifflements respiratoires et d’allergies alimentaires.

Pour l'instant, aucun lien de causalité n'a pu être établi entre ces laits et les effets observés chez les enfants. Mais, souligne l'Inserm dans un communiqué, ces résultats apportent en outre "des arguments en faveur d’un nouveau règlement européen, qui entrera en vigueur en 2021 et qui imposera la réalisation d’études cliniques sur ces produits avant de promouvoir un effet protecteur face au développement d’allergies".

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En mars 2016, une méta-analyse de 37 études réalisées entre 1946 et 2015 portant sur près de 20.000 participants avait déjà souligné l'absence d'éléments suffisants prouvant que les laits partiellement hydrolysés (HA) ou largement hydrolysés réduisent le risque de maladies allergiques ou auto-immunes chez les enfants les plus susceptibles de les développer. Depuis peu, ces boissons ne sont plus recommandées par les sociétés américaine et suisse de pédiatrie.

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