"Paradoxe français" : et si une consommation modérée d'alcool n'avait finalement pas d'effets bénéfiques sur la santé

Nutrition

BON VIVANT - Le "french paradox", selon lequel une consommation journalière de 20 à 30 grammes d’éthanol (soit 2 à 3 verres) aurait un effet protecteur contre les maladies cardiovasculaires, vient d'être balayé par une vaste étude chinoise. Explications.

Les résultats de ces recherches ne vont pas plaire à tout le monde. S'il est de coutume de dire que boire un verre de vin par jour aurait des effets bénéfiques sur la santé et notamment sur les maladies cardiovasculaires, certains vont être déçus. En effet, selon une vaste enquête chinoise réalisée sur une durée de 10 ans auprès de plus de 500.000 adultes vivant dans 10 régions de Chine, cette corrélation qu'on appelle le "french paradox"  ou "paradoxe français" semble faussée.

Déjà en 2016,  une équipe de l’Université de Victoria, au Canada, avait démontré l'absence d'effet bénéfique sur la mortalité d'une consommation modérée d'alcool. Ses auteurs révélaient notamment que la mortalité, toutes causes confondues, ne semblait pas réduite chez les consommateurs modérés d'alcool par rapport à ceux qui en consomment de manière excessive.

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Mais qu'est-ce que le paradoxe français ? Dans les années 1960-1970, les épidémiologistes anglais étaient très étonnés des chiffres de la mortalité cardiovasculaire en France par rapport à ceux du Royaume-Uni. Les Français fumaient autant que les Britanniques, mangeaient plus de graisses animales (beurre, crème, fromages censés augmenter leur cholestérol) et autant de sel. Pourtant le différentiel de mortalité entre les deux populations avoisinait les 40-50 % avec un taux inférieur côté Français. 

En 1992, deux chercheurs Français, Serge Renaud et Michel de Lorgeril présentaient le "French paradox" dans la revue scientifique The Lancet. Ceux-ci avaient conclu qu'une consommation journalière de 20 à 30 grammes d’éthanol (soit 2 à 3 verres) pouvait réduire le risque de maladie coronarienne de 40 %. Selon eux, les Français souffraient moins de thrombose (de caillot dans les artères coronaires) parce qu’ils buvaient du vin, lui-même ayant un effet antiplaquettaire. IIs pointaient également l’importance de l’alimentation et plus particulièrement du régime méditerranéen (pain, fruits et légumes, fromage et vin).

Tension artérielle et risque d'accident vasculaire cérébral

Or les résultats de cette nouvelle étude de grande ampleur ont mis à mal ce fameux "paradoxe français", déjà contesté à différentes reprises. Ils ont montré que la tension artérielle et le risque d'accident vasculaire cérébral augmentaient avec l'augmentation de la consommation d'alcool, explique Philippe Arvers à nos confrères de La Tribune

En définitive, il est surtout important de ne pas oublier qu'il n'existe pas de consommation d'alcool "sans risque". Rappelons que la consommation d'alcool entraîne 3 millions de morts par an, des hommes pour plus des trois quarts, selon l'OMS. Ce décompte inclut notamment les personnes décédées dans des accidents de la circulation ou en raison d'actes violents liés à un état d’ébriété. Chaque année, en France,  41.000 décès sont dus à l'alcool, ce qui en fait la deuxième cause de mortalité évitable après le tabac.

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