Scorbut : 3 cas diagnostiqués à Nice, la maladie fait-elle son grand retour ?

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CARENCE - Le scorbut ferait-il son grand retour ? Dans une étude de cas, des médecins du CHU de Nice rapportent avoir diagnostiqué récemment trois patients. Une alerte loin d'être la première dans les pays industrialisés. Focus sur cette maladie, décrite pour la première fois par Hippocrate.

Il y a quasiment un an jour pour jour, des médecins américains alertaient sur le retour du scorbut, cette ancienne "maladie des marins" causée par une carence grave en vitamine C. "Nous avons diagnostiqué notre premier cas il y a 5 ou 6 ans", expliquait le docteur Eric Churchill au média américain Science Alert. "Depuis, nous en sommes à environ 20 ou 30 cas".

Mais les problèmes de malnutrition n'existent pas que chez les autres. Ainsi, des médecins du service rhumatologie du CHU de Nice ont récemment fait savoir dans un article paru dans La Presse Médicale qu'ils ont eux aussi observé cette maladie chez trois de leurs patients entre août 2017 et janvier 2018, rapporte ce mardi 20 août Le Parisien. Ceux-ci, deux femmes de 74 et 60 ans et un homme de 61 ans, souffraient de symptômes différents : hématomes inexpliqués, douleurs aux articulations, œdèmes, lésions, anémie... En 2015 déjà, des chercheurs du CHU de Limoges, en France, avaient identifié dix cas de scorbut parmi 63 patients âgés en moyenne de 47 ans. Est-ce pour autant le grand retour de cette maladie ? LCI s'est penchée sur la question.

Une maladie apparue bien avant les premières expéditions maritimes

L'imaginaire collectif a toujours associé le scorbut aux marins. La maladie est pourtant d'abord apparue sur la terre ferme. Sa première description est associée à Hippocrate qui énumère les symptômes suivants : "la bouche est douloureuse, les dents se détachent des gencives, du sang coule des narines..." Pendant plusieurs siècles, la maladie fait des ravages lors des guerres et des familles. Dans ses mémoires, le Sire de Joinville, biographe de Louis IX -plus connu sous le nom de Saint-Louis depuis sa canonisation en 1297- a ainsi décrit les dégâts de cette maladie lors de la VIIe Croisade du roi de France (1248-1254), évoquant des gingivites nécrosantes, des douleurs articulaires au niveau des jambes, des saignements de nez, de la fièvre ou encore la perte de tonus musculaire. D'après de récentes analyses menées par le médecin légiste Philippe Charlier et une équipe de chercheurs de l'université de Versailles-Saint-Quentin (UVSQ), Louis IX lui-même serait en fait décédé du scorbut lors de sa huitième croisade, en 1270. 

Ce n'est que plus tard, lors des premières explorations en mer au XVe siècle, que la maladie touche les marins. Une partie des matelots de Vasco de Gama, Magellan ou Jacques Cartier, sont ainsi décimés par cette pathologie infectieuse. Ce sont finalement ces hommes de la mer qui cerneront le remède  du scorbut.  En 1604, le voyageur et apothicaire français François Martin note ainsi dans sa "Description du premier voyage fait aux Indes orientales" : "Il n'y a rien de meilleur pour se préserver de cette maladie que de prendre souvent du jus de citron ou d'orange, ou manger souvent du fruit, ou bien faudra faire provision des sirops de limon, d'oseille, d'épine-vinette, d'une herbe appelée cochlearia, qui semble porter en soi le vrai antidote, et en user souvent", rapporte France Culture dans un article consacré à la maladie. En 1789, la délivrance de jus de citron devient réglementaire parmi les équipages de la marine française. Un an plus tard, l'insuffisance de vitamine C est reconnue comme facteur déclencheur du scorbut. Sa synthèse sous forme d'acide ascorbique fera disparaître la maladie (ou presque).

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Malgré les progrès faits en matière de santé publique dans les pays développés, la maladie fait de nouveau parler d'elle ces derniers temps. Interviewée par Le Parisien, l'un des médecins, indique : "Je ne pense pas qu'il y ait un grand retour du scorbut en France, mais il faut savoir y penser."

Si elle touche en grande partie des personnes en mauvaise santé, la précarité grandissante de certaines catégories sociales et la malnutrition est aussi en cause. Ainsi, la première personne diagnostiquée par le médecin américain Eric Churchill se nourrissait uniquement de pain et de fromage. L'un des patients reçu au CHU de Nice se trouvait également dans une situation précaire "avec une alimentation déséquilibrée (un seul repas par jour de préparation industrielle)".

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Des symptômes qui apparaissent au bout d'un à trois mois de carence

Décrite par les auteurs de cette étude de cas, intitulée "Le Sorbut existe encore" et parue dans La Presse Médicale, la maladie apparaît après un à trois mois de carence absolue en acide ascorbique. La vitamine C est en effet essentielle à la synthèse du collagène, une protéine responsable de la cohésion des tissus. En cas d'absorption insuffisante, la structure de cette dernière est altérée, entraînant de nombreuses répercutions : fatigue écrasante, perte des cheveux et des dents, hémorragies, saignement des gencives ou encore douleurs articulaires, ecchymoses, hématomes diffus... S'il y a plusieurs siècles, la maladie était mortelle dans 50 à 80% des cas, une prise en charge avec supplémentation en acide ascorbique, si elle est faite à temps, peut aujourd'hui faire régresser les symptômes en quelques heures seulement. La guérison est effective après une dizaine de jours de traitement.

Selon les auteurs de cet article scientifique, aucune prévalence n'a clairement été identifiée mais il existe certains facteurs de risque. Ils citent parmi eux le sexe masculin, le fait d'être retraité ou chômeur, d'être touché par une maladie infectieuse ou victime d'une intoxication alcoolo-tabagique. "Ainsi, un terrain de malnutrition, de régime, d'alcoolisme, et/ou de précarité sociale doit également faire évoquer ce diagnostic, que l'on peut aussi retrouver chez des sujets bien nourris mais qui ne consomment pas d'agrumes", ajoutent-ils.

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Pour éviter d'être touché par le scorbut, une alimentation équilibrée comprenant des fruits et légumes variés suffit. Les agrumes (oranges, citrons, pamplemousses, mandarines) regorgent de vitamine C, relève Le Parisien, tout comme le kiwi, le litchi, le chou, le persil ou le poivron.

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