Vous ne supportez pas le café ? Voici pourquoi

Nutrition
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SENSIBILITÉ - Un Français boit en moyenne 675 tasses de café par an, ce qui en fait l'une des boissons les plus prisées de l'Hexagone. Malgré tout, certaines personnes, trop sensibles à la caféine, s'en voient privées. Un nutritionniste spécialiste des boissons énergétiques nous explique pourquoi.

Ses amateurs ne vous diront pas le contraire : le café est une boisson pleine de vertus. En plus de booster votre énergie, votre concentration et votre moral, plusieurs études montrent qu'une consommation régulière est associée à un risque réduit de maladies cardiovasculaires, de maladies neurodégénératives comme Alzheimer et Parkinson et de plusieurs types de cancer (foie, colon...).


Malgré tout, cette boisson ne fait pas l'unanimité. Si certains sont rebutés par son goût amer, d'autres ne supportent tout simplement pas les effets de la caféine qu'elle contient. Certaines personnes y sont en effet plus sensibles que d'autres et ressentent au bout de quelques gorgées seulement les effets d'une overdose de caféine, soit des nausées, palpitations, contractions musculaires, bouffées de chaleur ou encore troubles du sommeil. LCI a demandé des explications à Xavier Bigard, directeur médical de l'Union cycliste internationale (UCI). Egalement nutritionniste du sport, il a beaucoup travaillé sur le sujet des boissons énergisantes contenant de la caféine.

Une question d'équipement biologique

"La caféine est éliminée au plan métabolique, c'est à dire qu'elle est dégradée, par des enzymes  qui se trouvent dans le foie", nous explique le spécialiste. "Or, l'équipement enzymatique varie selon les sujets." Certaines personnes vont donc être capables de dégrader très rapidement  la caféine, tandis que d'autres, non. En fonction de cette vitesse d'élimination, les effets de la caféine vont être plus ou moins marqués. "Plus on élimine lentement la caféine, plus elle reste longtemps dans l'organisme et plus elle a d'effets", résume le directeur médical de l'UCI.


Les effets du café se mettent également en place au niveau du cerveau. En temps normal, l'adénosine, molécule dont le rôle est de protéger le cerveau en ralentissant l'activité nerveuse, se fixe régulièrement sur de petits récepteurs présents sur les neurones afin d'induire un état de somnolence. Mais, les molécules de caféine ayant la même structure moléculaire, elles sont capables de se fixer sur ces récepteurs et ainsi d'empêcher l'adénosine d'agir. L'action des neurones s’en trouve accélérée, tandis que cette activité accrue conduit aussi l’hypophyse (glande située dans le cerveau, ndlr) à demander à l'organisme une production accrue d'adrénaline, une hormone du stress.


Mais comme pour les enzymes, toutes les personnes ne sont pas équipées d'autant de récepteurs les unes que les autres. "Donc pour une quantité de caféine donnée dans le cerveau, les effets biologiques vont déprendre du nombre de récepteurs disponibles, souligne Xavier Bigard. Chez les personnes qui ont beaucoup de récepteurs, les effets de la caféine ne vont pas être très marqués, et inversement car elle va agir sur tous les récepteurs présents s'il y en a peu."

Des raisons génétiques

De la même façon que nous ne nous ressemblons pas tous physiquement ou psychiquement, nous n'avons donc pas tous la même population enzymatique, ni le même nombre de récepteurs dans le cerveau. Selon une étude scientifique réalisée auprès de 1.200 personnes en Italie et 1.700 personnes aux Pays-Bas, cette différence de capacité de métabolisation de la caféine résulterait en partie d'un gène appelé PDSS2. Les chercheurs pensent qu'il inhibe la capacité du corps à dégrader la caféine. "Nous supposons que les gens porteurs de ce gène métabolisent la caféine plus lentement, et cela explique le fait qu'ils boivent moins de café", expliquait en 2016 l'auteur de l'étude, Nicola Pirastu, dans les colonnes du Times.


Une autre étude, relayée par Science Daily, expose d'autre part le fait que la caféine aurait plus d'effets sur les hommes, qui la métabolisent plus rapidement. 238 hommes et 450 femmes, âgés en moyenne de 22 ans, ont fait l'objet de mesures avant et après l'ingestion de caféine le matin, puis au milieu de la journée et enfin en milieu d'après-midi. "Même si les hommes et les femmes ont ressenti une amélioration de leur forme avec le café, [...] nous avons observé un plus grand impact chez les hommes", indique au média spécialisé Ana Adan, l'auteure principale de l'étude et chercheuse au département de psychiatrie de l'université de Barcelone.

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Le café, bon pour la santé ?

L'influence du mode de vie

En revanche, une femme sous contraceptif hormonal est bien plus réceptive à la caféine. Le traitement inhibe en effet les enzymes responsables de la dégradation de la caféine, de sorte que celle-ci reste presque deux fois plus longtemps dans le corps.


Au contraire, la cigarette stimule cet enzyme et accélère l'élimination, par le corps, de la caféine. Une étude de chercheurs anglais et danois réalisée sur près de 250.000 personnes a ainsi prouvé que les fumeurs sont capables de boire bien plus de cafés que les non-fumeurs avant d'en ressentir les effets. 


L'alimentation, elle aussi, peut jouer un rôle. Ainsi, les légumes de la famille des Brassicaceae, comme le brocoli, peuvent avoir des conséquences sur la métabolisation du café en augmentant l'activité enzymatique. Le jus de raisin , à l'inverse, l'inhibe et prolonge de 30 % les effets de la caféine.

Une accoutumance progressive possible

En matière de caféine, tous les cafés ne se valent pas. Les grandes marques n'intègrent pas toutes la même quantité de stimulants dans leurs boissons, rapporte le Huffington Post. Une personne sensible à la caféine risque donc de moins supporter un café proposé par Starbucks, qui contient par exemple deux fois plus de caféine que celui de McDonald's. Bonne nouvelle cependant : "plus on consomme de café, plus on induit les enzymes de dégradation et plus la caféine sera dégradée rapidement", souligne Xavier Bigard. "Ça ne change en revanche pas le nombre de récepteurs dans le cerveau."


Dans tous les cas, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) conseille de ne pas dépasser un apport de 400 mg de caféine par jour, soit quatre tasses de café filtre ou cinq expresso.

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