24 % des salariés en télétravail : cette pratique peut-elle devenir la norme après le confinement ?

24 % des salariés en télétravail : cette pratique peut-elle devenir la norme après le confinement ?
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MODE DE VIE - Le télétravail est soudainement pratiqué par des millions de Français en raison du confinement. Près d'un salarié sur quatre est en effet actuellement concerné. Cette organisation, qui chamboule le quotidien, va-t-elle perdurer après la crise sanitaire ?

"La plus grande expérience du travail à distance de l'histoire de l'humanité !" "La situation d'ampleur que nous vivons est exceptionnelle !" Les annonces des différents sondages et enquêtes qui se succèdent autour du télétravail pendant l’épidémie de Covid-19 donnent assez le ton : la crise du coronavirus a bouleversé les pratiques, et imposé le télétravail à marche forcée dans beaucoup d'entreprises, jusque là plutôt frileuses. 

"On peut penser que la pratique du télétravail, jusqu’à présent peu développée en France, pourrait vivre avec cette crise un coup d’accélérateur formidable", indique une étude de la fondation Jean-Jaurès. Et l'on part de loin : une enquête de la Dares réalisée en 2016-2017, montre que seuls 3 % des salariés pratiquaient, avant le confinement, occasionnellement le télétravail. 

Selon un sondage Odoxa paru jeudi 9 avril, parmi les actifs dotés d'un emploi, c'est un Français sur quatre (24 %) qui télétravaillait à la fin mars, et  jusqu'à quatre Franciliens sur dix (41 %). Peut-être, n'est-ce pas encore fini : selon le ministère du Travail, près de 4 emplois du 10 sont en effet compatibles avec le télétravail. De son côté, l'Association nationale des DRH (ANDRH) estime que 95% des organisations ont actuellement recours au télétravail.

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Et en effet, depuis le 17 mars dernier, le télétravail a été imposé dans l’urgence, en temps plein, sur l'ensemble de la semaine. Il a été généralisé à l'ensemble des équipes et est accompli en confinement avec les autres membres de la famille ou de l'entourage. Les difficultés dans les entreprises ont donc été de plusieurs ordres, selon l’ANDRH. Notamment l'adaptation des outils d’échange à distance pour à 58 %  d'entre elles, ou le manque de matériel dans 46 % des cas.

"La situation est inusuelle, chacun s'adapte", résume Gérard Mardiné du syndicat des cadres CFE-CGC, auprès de l’AFP. Les entreprises "où cela se passe le mieux" sont cependant celles "où le télétravail se pratiquait déjà une à deux fois par semaine", selon lui. Des entreprises ont dû en effet "improviser le télétravail", certains salariés ou managers n’y étant pas préparés du tout. S'est ainsi mis en place un télétravail contraint et dégradé, que beaucoup doivent concilier avec la garde d’enfants ou de proches. 

Mais le télétravail semble s’inscrire dans les usages. D'autant plus que, selon une étude du groupe de conseil en immobilier d'entreprise Colliers international, 53 % des personnes interrogées estiment que leur productivité n'a pas changé, 24 % pensent même qu'elle a augmenté. La plupart des répondants (76%) se sentent d'ailleurs toujours connectés à leur équipe malgré la distance physique.

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En parallèle, les RH font état des bonnes pratiques qu'ils ont développé : management bienveillant, en gardant en tête les résultats sans surveiller à outrance, organiser des réunions ouvertes à tous, voire des réunions plus courtes, plus ciblées et plus régulières pour rythmer la journée, ou encore maintenir le lien à travers des moments de convivialité, tels que cafés virtuels ou challenges. Certains RH indiquent même avoir adapté le temps de travail, en réduisant la durée journalière de travail d'une heure pour "baisser la charge cognitive". D'autres ont fait en sorte que les serveurs et outils en ligne ne soient pas accessibles en dehors des horaires de travail pour préserver le repos. Enfin, beaucoup en profitent pour développer la formation à distance sur cette période.

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Et la suite ? Comment imaginer revenir au monde d’avant ? Les sondages se multiplient, allant tous dans le même sens : essayer le télétravail, c’est l’adopter. 71 % des personnes qui n'avaient jamais travaillé à domicile avant la crise sanitaire aimeraient travailler à distance au moins un jour par semaine à l'avenir, indique Colliers International. Un sondage mené par Deskeo, spécialiste du flex-office, va dans le même sens : 62% des sondés voudront faire plus de télétravail après le confinement. Au point qu'ils sont mêmes prêts (pour 79% d'entre eux) à sacrifier leur bureau attitré pour faire plus de home office. Les raisons avancées, sont le gains de temps dans les transports (pour 38%), mais aussi le fait de travailler au calme pour pouvoir se concentrer (27%), preuve, en passant, que les bureaux et open-space ne sont pas adaptés aux besoins des salariés, note l’étude.  

Tout cela est bien beau mais... Les entreprises s'y plieront-elles ? Sauront-elles répondre à cette demande ? Près d’un sondé sur deux en doute, redoutant que son employeur ne s'y oppose. Soit par culture du présentéisme (43%) ou manque de confiance (17%), mais encore, pour 26% des sondés, sans aucune raison réellement valable. Et pourtant, concluent la majorité des études, la culture du télétravail va clairement s’imposer après le confinement. Et sera même un critère de choix et d'appréciation de l'entreprise. "Le télétravail n’est plus un bonus lorsqu'il s’agit de choisir un emploi", prédit l'étude de Deskeo. "Les entreprises ont clairement intérêt à se montrer ouvertes au sujet du télétravail, tant pour attirer de nouveaux talents que pour les conserver." En bref, s'ouvrir au télétravail sera donc une réelle opportunité pour les entreprises. Et s'y opposer, une vraie menace. 

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