Avec la grève, ils vivent une situation kafkaïenne : les témoignages de quatre salariés

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Les grèves de décembre 2019 contre la réforme des retraites

GALÈRE – Que l’on soutienne le mouvement de grève ou pas, les perturbations de jeudi risquent de compliquer la vie et surtout le transport de nombreux salariés. Quatre d’entre eux, confrontés à des situations différentes, nous racontent.

Les à-côtés de la grève, ce sont, pour les Franciliens en particulier, surtout des problèmes de transports. Et de ceux-ci découlent toute une autre série de complications, de logistique, d’organisation. Quatre salariés de Paris et sa région, chacun dans une situation différente, nous racontent comment ils vont tenter de surmonter les difficultés que leur pose la mobilisation de jeudi. 

Matthieu, avocat, marchera plus de 2 heures

Matthieu* est avocat. Il travaille à Paris, dans le 16e, et habite dans un petit appartement dans le centre. En bon Parisien, il fait tout en transports en commun. Mais a priori, il peut travailler d’où il veut, faire ses horaires. Alors un jour de grève, il devrait pouvoir traiter tranquillement ses dossiers de chez lui et prendre ses clients au téléphone. 

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Sauf que… Cette semaine, il a une session d'assises et doit aller chaque jour au tribunal de Nanterre. En temps normal, il prendrait la ligne 14, puis le RER A. Mais en temps de grève, c'est une des lignes les plus touchées.  Alors Matthieu prévoit de venir à pied : "J’ai regardé sur Google maps. De chez moi, cela fait 2h20". 

 "Je vais tout de même voir, à 7 h, s'il y a un métro sur la ligne 1. Et si c'est trop galère, j'aurai le temps d'y aller à pied. Ce sera une des solutions les plus simples : pas de stress, pas de cohue à essayer d'attraper la première rame qui passe", dit-il. "Et puis ça fera du bien à mon corps d’Apollon !". Ah oui, il est au régime. Une façon de tenter de voir le bon côté des choses.

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Grève du 5 décembre : à quoi faut-il s'attendre ?

Amélie se retranche à la campagne

Amélie*, trois enfants de 7, 5 et 2 ans, habite dans le centre de Paris. Travaille porte de Saint-Cloud. D'habitude, elle fait le trajet en bus, ou en métro. Pour la grève, ses employeurs lui ont autorisé le télétravail. Sur le papier, tout est donc bordé. Sauf que... Les écoles de ses enfants seront fermées. "Pour moi, c'est impossible de travailler avec les enfants dans l'appartement, il faut absolument quelqu'un pour s'en occuper", soupire-t-elle. Du coup, sa mère, appelée en renfort, va venir les garder. Sauf que... L'appartement n'est pas très grand. "On serait vraiment les uns sur les autres, ce ne serait pas davantage facile pour se concentrer", poursuit Amélie. La solution trouvée ? Aller tous se retrancher dans la maison de campagne des parents, en Seine-et-Marne. Ils lancent l'expédition dès ce mercredi soir. Une bonne connexion internet, de l'espace pour les enfants et la grand-mère, et Amélie qui pourra s'isoler pour se concentrer. Défi relevé.

Paul ne peut pas télétravailler... et refuse d'utiliser ses congés

Paul* est ingénieur. Il habite à Ivry-sur-Seine et rejoins normalement chaque jour le siège de son entreprise, à Levallois-Perret. Un trajet d'environ trois quart d’heure en RER et métro quand tout roule bien. Sauf que jeudi, cela risque de ne pas être le cas. Ce qui lui cause pas mal de nœuds au cerveau. Car sa société n’autorise pas le télétravail pour ce fameux 5 décembre. "Les raisons de cette décision ne nous ont pas été clairement expliquées", explique Paul. "Je pense que c'est l'absence de contrôle et le manque de moyens techniques, peut-être le besoin de fournir un ordinateur portable pour ceux qui n'en ont pas, qui sont en cause." A la place, sa direction donne la priorité au covoiturage entre collègue, avec un remboursement exceptionnel sur les indemnités kilométriques. "Mais les bouchons risquent d'être monstres… Cela va être la galère", estime Paul. 

La direction propose également, pour ceux qui ne pourraient se déplacer, de poser une journée de congé. "Dans ce cas, une 1/2 journée de récupération pourra être prise plus tard, dans les 3 mois)". Voilà pour les solutions proposées. Sauf que Paul n’a pas vraiment envie de poser ses congés : il préfère les garder pour un grand voyage prévu au printemps. Et ce d’autant qu’en cette fin d’année "très chargée en dossiers à traiter, cela va pénaliser notre travail..." Au final, avec l’aval de son supérieur direct, il va peut-être malgré tout faire du télétravail, en prétendant être en déplacement. Une possibilité que n’a pas le personnel administratif de sa société. 

Et si la grève est reconduite et que les salariés sont réellement dans l'incapacité de se rendre au bureau, l’entreprise offre la possibilité de poser 3 congés maximum, là encore avec une compensation d'une demi-journée pour chacun d'eux, à poser plus tard. Sinon, reste une ultime possibilité : des congés sans solde...

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Pandor envisage de dormir chez de la famille

Pandor, elle, habite dans les Hauts-de-Seine, à Antony. Elle travaille à Paris, dans un cabinet médical. Les bons jours, c'est 45 minutes de trajet, RER puis métro. "Le télétravail n'est pas possible, car il faut quelqu'un sur place pour accueillir les patients", raconte-t-elle. Elle est d'ailleurs la seule, dans le cabinet, à qui cette grève va vraiment poser problème. "Mes patrons habitent tous près et sont tous véhiculés, ce qui n'est pas mon cas." Ah oui, elle est aussi maman d’un petit garçon dont il faudra s'occuper. De ce côté-là, elle a plutôt de la chance : le papa travaille à 10 minutes de la maison et de l'école. Et pourra s'en charger au déjeuner jeudi, car la restauration sera fermée. 

Pandor se prépare à une journée compliquée, à l’organisation encore floue : "Je vais voir si je peux prendre d'autres moyens de transports comme le car ou le covoiturage, en partant de chez moi très tôt", dit-elle. Sinon, elle a l'option de se faire héberger par de la famille, qui habite à Paris. Mais la perspective de ne pas voir son fils ne l'enchante pas vraiment.

Et si la grève s’éternise, elle sait qu'elle devra prendre d'autres mesures. "Je pense que je modifierai mes horaires pour être moins pressée le matin et le soir. Arriver plus tard ne posera pas trop de problèmes : je commence à 9 h, mais nos consultations ouvrent un peu plus tard", détaille-t-elle. "En revanche, le soir je ne pourrai pas finir plus tard : je termine déjà à 19 h, à la fin des consultations... Je serai peut-être obligée de récupérer des heures sur la pause déjeuner, ou en janvier... si la situation s'arrange d'ici là."

* Les prénoms ont été modifiés

Et vous ?

Et vous, comment vous organisez-vous ? Êtes-vous confrontés à des situations absurdes, compliquées, chamboulées, ou qui font appel à votre sens de la débrouille ? Quelles solutions mettez-vous en place ? Racontez-nous vos histoires, auprès de slaurent@tf1.fr 

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