"Bon pour la santé et l'efficacité" : le télétravail se développe, mais les freins, réels ou supposés, persistent

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TENDANCE - Avec près d'un salarié sur trois dans le privé le pratiquant, le télétravail est en hausse, et ceux qui l’ont essayé ont tendance à l’adopter. Pour autant, est-ce la solution à tous les maux de l’entreprise ? La question se pose, alors qu’un rapport pour prévenir les arrêts de travail est remis ce mercredi à Matignon.

Le télétravail est-il le remède à tous les maux de l’entreprise ? Il est souvent présenté comme l’une des solutions à l’enjeu de l’absentéisme, un moyen de remotiver les troupes, de réengager les salariés. Il est même annoncé comme l'une des pistes de réflexion de la mission gouvernementale lancée par Matignon relative à la prévention, à l’efficacité et la maîtrise des arrêts de travail, qui rend son rapport au Premier ministre ce mercredi. 

Mais qu’en est-il vraiment ? Le télétravail, qui ne cesse de grappiller des points dans les entreprises malgré une réticence managériale à ses débuts, fournit-il vraiment les bénéfices attendus ? Une étude pilotée par Malakoff Mederic Humanis, groupe spécialisé dans la protection sociale, permet de donner quelques pistes de réflexion. 

Le télétravail, c'est bon pour la santé !

C’est une réalité : en 2018, le télétravail est en hausse, avec près d’un salarié du privé sur trois (29%, contre 25% en 2017) qui le pratique, majoritairement des cadres et CSP+. Un tiers d’entre eux vit en région parisienne et près d’un sur deux travaille dans de grosses entreprises (+1.000 salariés). En moyenne, ces collaborateurs sont en télétravail 7 jours par mois. 

Les salariés y associent de nombreux avantages : réduire, voire supprimer le trajet entre le domicile et le lieu de travail (54%) - une raison qui explique d’ailleurs pourquoi le système est majoritairement développé en région parisienne - ; être plus flexible en organisant sa journée (36%) ; être plus efficace dans son travail (36%). Et une fois le cap franchi, les attentes ne semblent pas déçues : 90% des pratiquants ressentent des bénéfices sur leur travail (plus grande autonomie, meilleure efficacité, engagement accru), mais aussi sur leur vie personnelle (meilleur équilibre vie pro et perso, économies financières). Ils notent, aussi, des bénéfices sur la santé : ils se sentent moins fatigués, sont en meilleure santé et dorment mieux.

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Gagnant-gagnant

Les dirigeants semblent également séduits : ils confirment un engagement accru des salariés (79%), une plus grande efficacité des équipes (79%), un gain d’image pour la société et même une baisse de l'absentéisme. Un rapport pas illogique, pour Anne-Sophie Godon, directrice innovation chez Malakoff Mederic Humanis : "La fatigue des transports, avec une ou deux heures de trajet, entraîne la bascule pour le salarié sur le fait d'aller ou non au travail. Cette question des transports est centrale". Les managers, eux aussi, sont désormais convaincus - pour les pratiquants tout au moins : sur les 26% qui encadrent au moins un télétravailleur, 83% sont favorables à ce mode de travail. "Ils estiment que cela apporte un mode de management basé sur la confiance, une plus grande autonomie, une plus grande responsabilisation."

Bref, le tapis rouge semble désormais  déployé. "Le télétravail a suscité beaucoup de peur à ses débuts, notamment chez les managers qui se sentaient menacés dans leur travail", note Anne-Sophie Godon. "Mais aujourd’hui, ils ont aussi compris que l’enjeu de la qualité de vie au travail était important, que les pratiques managériales devaient changer." Les nouvelles technologies induisent de nouvelles possibilités, il faut apprendre à déléguer, manager par la confiance. Alors oui, les dirigeants sentent qu’il faut s’y mettre, ne serait-ce que pour répondre à une demande accrue des salariés. Mais ce n’est pas si simple. 

Pas si rose

D’abord, parce que le tableau n’est pas qu’idyllique. "Quelques points noirs et enjeux sont à surveiller de près", prévient Anne-Sophie Godon. "En contrepartie, le salarié commence à travailler plus tôt, finit plus tard", souligne-t-elle. Et paradoxalement, il est parfois plus compliqué de séparer les temps de vie pro et perso,  en raison d'un risque d’addiction au travail et d'une charge globale de travail plus importante.  "Les salariés perçoivent aussi des risques sur leur santé psychologique, à cause de l’isolement, de la perte du lien collectif, ou encore de la non-déconnexion, ainsi que sur la santé physique (sédentarité, mauvaise postures, lieu de travail non adapté)", note la directrice Innovation. Enfin, il ne faut pas sous-estimer les.. problèmes informatiques ou grosses difficultés techniques. 

Au-delà des salariés, des freins plus généraux freinent encore le développement du télétravail. "Les études estiment que le potentiel de déploiement est de 50%, car des métiers ou des secteurs en sont naturellement exclus", rappelle Anne-Sophie Godon. C’est en tout cas la raison avancée par 93% des dirigeants qui ne le mettent pas en place. Certes, certains métiers sont en effet mal placés pour y prétendre -hôtesse d’accueil ou ouvriers dans le BTP  par exemple. Mais "en creusant, on se rend compte que les vrais freins sont les risques en terme de sécurité informatique (45%), mais aussi la résistance des managers de l’entreprise vis-à-vis du télétravail (31%) ainsi que les contraintes administratives (28%)".

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Le télétravail, un gain substantiel pour l’économie française ?

L'essayer, c'est l'adopter ?

Pourtant, partout où le télétravail est testé, il est adopté. Sa hausse constatée en 2018 est d’ailleurs surtout l’apanage d’entreprises qui le proposaient déjà et qui ont élargi la pratique plutôt que le fait de nouvelles sociétés. "L’usage développe la confiance", note Anne-Sophie Godon. "Les dirigeants ont bien compris l’enjeu business –plus d’engagement, d’efficacité, fidélisation. Cela va désormais aider à ce que ce modèle s’impose", conclut Anne-Sophie Godon. "Mais il va falloir que les entreprises trouvent des réponses à leur questions sur l’informatique, la pratique managériale et les formalités administratives. Il faut aussi repenser la façon de déléguer et contrôler les missions." 

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