Bureau classique en perte de vitesse, nomadisme en vogue : comment les salariés veulent-ils travailler aujourd'hui

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TENDANCE - Tous les 2 ans depuis 10 ans, le baromètre Actineo décrypte l’évolution des modes de vie des Français au travail. Cette année, focus sur le nomadisme, pratiqué par de plus en plus d'actifs.

C’est un fait : les salariés sont de plus en plus nomades. Un ordi, une connexion, et ils travaillent partout, dans les transports en commun, les espaces voyageurs, les restaurants et cafés, les bibliothèques... En 2019, plus de la moitié des actifs français ont ainsi l’occasion de travailler hors des locaux de leur entreprise (+ 5 points par rapport à 2017.)  


Le baromètre Actineo, qui analyse tous les deux ans l’évolution des modes de vie des Français au travail, montrait en 2017 que ce nomadisme croissant avait notamment pour conséquence que les salariés aspiraient ensuite à une plus grande liberté pour organiser leur temps de travail. En 2019, Actineo a voulu savoir si ce nomadisme était choisi ou subi et surtout si les salariés étaient satisfaits des lieux dans lesquels ils travaillent.

Les tiers lieux explosent

Même si l’immense majorité des Français travaille encore dans des bureaux fermés (individuel ou d’au moins deux personnes), les "tiers lieux", ces espaces de travail situés en dehors du bureau classique, voient tous leur fréquentation augmenter depuis 2017. En tête, les locaux de l’entreprise autres que ceux où est situé le poste de travail principal (pour 60% des sondés),  suivis par les restaurants et cafés (57%) ou encore le domicile (54%). Derrière, arrivent les transports en commun (47%), les hôtels ou encore les espaces voyageurs. 


Autre constat : environ un tiers des actifs sont des "travailleurs nomades" réguliers, c’est-à-dire qu’ils travaillent au moins plusieurs fois par semaine hors de leur société. Et ce n'est pas toujours d’ailleurs la panacée : les transports en commun ou les espace voyageurs, pourtant largement utilisés, sont ainsi considérés comme des lieux de travail "subis" et non "choisis". De même, les restaurants ou cafés sont pointés pour leur inconfort, notamment à cause de la qualité de l’éclairage, du confort du siège et de la table, de la confidentialité, du niveau de bruit ou de l’impossibilité d’organiser des réunions. 

La réponse à une insatisfaction au travail

Si le nomadisme augmente, c'est aussi car les "tiers lieux" ou la pratique du télétravail se développent toujours plus  en réponse à une insatisfaction qui perle au travail. Le stress et le  manque de sens touchent en effet environ deux actifs sur cinq travaillant dans un bureau. Et alors que l'espace de travail est jugé comme un élément important -et donc de source de satisfaction -, moins d’un quart des actifs estiment qu'il est "très bien adapté" à leurs besoins. 


"Les collaborateurs établissent une relation importante entre cet espace et la santé et le bien-être, mais aussi le relationnel avec les collègues ou les personnes encadrées, ainsi que sur la performance", explique Alain d’Iribarne, chercheur au CNRS et président du Conseil scientifique d’Actineo. L’enjeu est donc d'autant plus grand que la conséquence directe de trop d'insatisfaction au travail est l’absentéisme. 32% des salariés disent par exemple ressentir le besoin de s’arrêter alors qu’ils ne sont pas malades. Le taux grimpe à 54% chez les insatisfaits et 59% chez les "très insatisfaits".

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Et le fait de disposer de son temps ?

Mais finalement, le lieu de travail est-il vraiment important en matière de bien-être et d’efficacité ? Certes, les salariés avancent cette envie de pouvoir choisir plus librement leur lieu de travail (25%). Mais avant tout, c'est le fait de choisir son temps de travail qui leur semble prépondérant (32%). "Le choix du lieu de travail est bien, mais est  moins important pour les collaborateurs que le fait d’avoir la maîtrise du temps", analyse Alain d’Iribarne. "Ils disent : "Je suis prêt à travailler partout, cela me convient, mais à condition de pouvoir maîtriser davantage mon temps." 


Et pour le chercheur, c’est peut-être là que le bât blesse : le "management à la française" ne permet pas cela. "Dans quelle mesure les encadrants ont-ils l’envie ou la capacité de gérer les collaborateurs en leur laissant plus de liberté ?", questionne-t-il. "La grande tradition française est l’unité de lieu et de temps. La grande révolution en cours est qu’on en train de détruire complètement l’unité de temps et de lieu. Si l’on veut mettre en place des outils efficaces de Qualité de vie au travail (QVT), il faut être cohérent et prendre en compte toutes ces dimensions de ce système et parvenir à un management par la confiance."

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