"C'est bien quelques jours mais..." : ils racontent les joies et les aléas du télétravail pendant la grève

"C'est bien quelques jours mais..." : ils racontent les joies et les aléas du télétravail pendant la grève
Open-space

TÉMOIGNAGES – Avec la grève des transports, les entreprises qui le pouvaient ont souvent mis en place du télétravail. Mais parfois, cette solution a des inconvénients sur le long terme... Des salariés qui l'expérimentent racontent.

"Nous sommes en 2029. La France a connu une formidable renaissance économique, engendrée par la révolution du télétravail. Tout avait commencé par un blocage fin 2019… "C’est comme cela que commence une chronique, publiée ce mardi dans le journal les Echos, intitulée "la grande grève qui déclencha la révolution du télétravail". L'auteur y rêve de cette "révolution sociétale, économique et technologique", qui s'est faite dans la douleur, provoquée par cette paralysie des transports publics. Un blocage tel qu’il a levé tous les freins en entreprise, notamment le soupçon selon lequel le salarié ne travaillerait efficacement que sur place. Très vite, les avantages ont fait sauter tous les verrous : les réunions inutiles ont disparu, les employés sont devenus bien plus efficaces.

Si nous revenons en 2019, il est vrai que la grève des transports, très perceptible en région parisienne, a eu cet effet à court terme : lever les blocages d’entreprises pas forcément chaudes pour déployer ce mode d’organisation. Et devoir lâcher les salariés dans la nature, ou plutôt chez eux. Jeudi, puis vendredi. Rebelote lundi, puis mardi. On ne va pas se le cacher, les salariés le vivent plutôt bien, et font largement étalage des multiples avantages à pouvoir fixer les propres règles de leur bureau. 

Les salariés adorent

Sur Twitter, ils sont ainsi nombreux à se réjouir. Que ce soit en matière de petit déjeuner...

... De politique anti-fumeur...

... Et c'est sans parler de la satisfaction de ne pas avoir à subir une heure de transport dans une rame bondée.

Evidemment, le télétravailleur est aussi confronté à quelques aléas ou distractions, souvent en provenance de ses nouveaux voisins de bureau, parfois collants...

... et parfois bruyants.

Sophie, qui travaille dans un groupe de communication, est en tout cas ravie. "Au moins, je n’ai pas le stress des transports. Je travaille tranquillement, au calme sur mon ordinateur, on communique par mail si besoin", raconte-t-elle en réponse à un appel à témoignages lancé sur la page Facebook de LCI. "La seule chose compliquée à la longue, c'est l'isolement. Le télétravail, c'est bien quelques jours mais ce qui me manque, c’est de ne pas être avec mes collègues." Le contact humain, mais aussi professionnel. Sophie le reconnaît : en n'abordant plus les sujets du jour en direct avec son supérieur, c'est plus rapide, c'est sûr. Mais parfois, c'est difficile de ne pas pouvoir discuter en face-à-face. "On est aussi moins réactif, s'il y a une urgence", dit-elle. "Mais si je dois tirer un bilan pour moi, cela reste super positif !"

Nicolas, lui, qui travaille pour la première fois de chez lui, patine sur des problèmes techniques, au point qu’à 13h30, il n’a toujours pas pris le temps de déjeuner : "J'ai l’impression d’être moins efficace", dit-il. "Je pense que c’est aussi parce que je n’ai pas les mêmes repères que d’habitude. Mais j’ai eu des problèmes de connexion, et je trouve plus difficile de travailler sur un ordinateur portable."

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Soucis techniques

Au-delà des soucis techniques, le challenge semble surtout du côté des encadrants et managers. Hervé, qui n’habite pas loin de son lieu de travail, se fait un devoir d’être présent physiquement depuis le début de la grève. Mais il doit faire avec la moitié de son open-space vide. Un petit challenge pour lui, dont l'entreprise n'est pas une ardente promotrice du télétravail en temps normal. Dans sa société donc, tous les employés qui viennent par transports en commun ont pu demander de passer en télétravail. Soit à peu près la moitié des troupes. Et pour l’instant, Hervé patauge un peu. "En fait, on a les outils, mais on ne sait pas s'en servir : comme on utilise le télétravail trop peu souvent, on n'a pas eu le temps de mettre en place des process", explique-t-il. 

Du coup, tout se passe un peu à l’impro, au doigt mouillé : "J’ai cinq boucles de mail avec des destinataires différents, quatre groupes de messagerie instantanée ouverts en même temps. Et comme évidemment, il y a des interlocuteurs qui répondent à la fois à toi, puis à tous, puis dans une autre discussion… Mon ordinateur clignote de partout, les alertes sortent de toutes parts ! Du coup, on perd pas mal en attention, je me disperse complètement." Mais Hervé ne jette pas tout : c’est le "rodage", pense-t-il. Les choses vont se peaufiner, une fois que les habitudes seront prises.

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Difficiles contacts à distance

Ce qui peut manquer, tout de même, ou est en tout cas plus compliqué, c'est le contact visuel, dans le cas de collaborateurs qui doivent travailler ensemble. Ainsi, Hervé avait pour habitude de réunir ses collaborateurs chaque matin, pour lister les gros sujets et priorités de la journée. "Au final, j’ai fait cela par mail. Mais cela ne peut pas durer trop longtemps, car la discussion enrichit nos échanges. Il faudra trouver un moyen de caler les choses en temps réel. Cela pourrait aussi être fait par téléphone, mais on n'est pas encore équipés pour…"

Le temps semble aussi vécu différemment, ou en tout cas, les contacts doivent être repensés. Clémentine raconte comment elle s’est énervée, toute seule derrière son ordinateur : "J'avais envoyé par mail une requête à mon manager, et je vois qu’une heure après, il n'avait toujours pas été ouvert", raconte-t-elle, avec le sentiment qu'il l'avait oublié. Ce qui n'a pas duré. "En revanche, à un moment il a eu besoin de me demander quelque chose, et là, c’était tout de suite, et j’ai reçu des mails et des SMS me relançant à chaque fois pour savoir où j'en étais, et si c'était bien fait." Le télétravailleur deviendrait-il bipolaire, balançant entre l'impression que son manager l’oublie, puis qu'il le flique ? C'est tout l'équilibre qu'il faut trouver, dans ce mode de travail qui semble surtout complexe du point de vue du manager. 

Et en la matière, Yahoo est un bon exemple de qui n'a pas réussi à trouver cet équilibre. L'entreprise avait fait parler d'elle en 2013, par la voix de sa directrice, qui avait interdit à tous les collaborateurs le télétravail. Les motifs officiels, présentés par Marissa Mayer ? La nécessité "fondamentale du présentiel pour tous les employés afin de maximiser les opportunités de rencontres, d’échanges et de partage d’information". Les raisons plus officieuses étaient que beaucoup d'employés étaient devenus totalement fantômes, et avaient développé, parfois même sans le vouloir, des réflexes ou comportements d'isolement. Du coup, s'ils étaient plus autonomes et inventifs, ils se coupaient aussi peu à peu de la culture d'entreprise, de la cohésion d'équipe, quitte à "réinterpréter" leur entreprise...

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