"C’est un casse-tête chinois" : vos interrogations pour faire garder vos enfants

L'annonce de la fermeture de toutes les écoles du pays occupe les conversations. Les parents cherchent des alternatives pour gérer la garde de leurs enfants.
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VOS HISTOIRES - L’annonce d’Emmanuel Macron de fermer les écoles et établissements scolaires a une conséquence directe sur le mode d’organisation des parents. Comment faites-vous ? Nous vous avons demandé.

"Non, c’est sérieux ? ? Pas d’école ? Youhouuuuu !" Et voilà un petit Camille, 8 ans, qui saute de joie sur le canapé. Tandis que son père, moins jouasse, sort son téléphone, contacte la maman, appelle la grand-mère, les amis.  La boucle Whatsapp des parents d’élèves du CE2 se met à vibrer en continu, il reçoit un mail de son chef, informant que "pour ceux qui ont des enfants scolarisés et qui ont besoin de rester chez eux, la solution peut passer par du télétravail", mais demandant "d’envisager cette solution faute d’une autre option." 

Jeudi soir, les gens qui ont des enfants, et qui ont regardé avec eux l’allocution d’Emmanuel Macron à la télé ont sans doute vécu le même genre de moments. Un cri de joie enfantin, tandis que se lançait dans les esprits parentaux un début de puzzle, un vrai casse-tête, tandis que défilaient les multiples possibilités. Ok, lundi, je peux m'arranger. Mardi aussi. Mais mercredi ? Et jeudi ? Les voisins ? la grand-mère ? Le télétravail ? 

Qu'on comprenne ou non cette décision gouvernementale – certains, comme Antoine estiment sous notre appel à témoignages sur Facebook, "qu'il y  a bien plus de risques de répandre le virus avec tous les élèves hors de l'école" -, il faut se faire une raison. Et trouver une solution pour les 12 millions de petits Français concernés. 

Comme le soulève Dora, de multiples problèmes se posent. Par exemple sur la continuité pédagogique. "Cela va être compliqué, notamment pour les parents seuls", raconte la jeune femme. "Pour l’instant, je suis au bureau et je ne peux suivre le travail scolaire à distance. Or, mon fils n'est pas forcément volontaire pour travailler."  Et si elle parvient à obtenir  le télétravail, elle se retrouvera confrontée à un problème : "Je n'ai que mon ordi professionnel a la maison, pas de perso, pas d’imprimante.  Travailler à deux sur un même outil. Cela va être compliqué !"

Marjorie, deux enfants de 7 et 9 ans, habite la région lyonnaise. Elle, est "très contente que les écoles soient fermées" : "Je préfère savoir mes enfants en sécurité même si la gestion est compliquée." Ce qui facilite, c’est qu’elle est déjà à la maison. Mais n'est pour autant pas inoccupée : elle prépare le concours de professeur des écoles, concours qui doit avoir "normalement"  lieu dans trois semaines. "L’école n’a donné aucune consigne, mais elle a pris les devants "pour qu’ils n’aient pas trop de retard." Et malgré "l'énorme charge de travail, on s'organise et les enfants sont très sages", raconte-t-elle, car elle a déjà commencé cette semaine avec une organisation au cordeau. "On a acheté des livres CE1 et CM1 avec toutes les matières et les enfants font quatre leçons : deux le matin et deux l'après-midi", raconte-t-elle. "Les devoirs s'enchaînent, parce qu'on ne veut pas qu'ils prennent de retard. Et mes enfants savent que j'ai énormément de boulot pour mon concours et ils respectent ça."  Elle peut aussi compter sur son mari : "Il vient de terminer un emploi de cuisiniste et ne travaille pas en ce moment. Et malgré son impatience pour les devoirs il gère comme un pro !"

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Pour d’autres, c’est nettement moins fluide. Daisy raconte ainsi : "Avec mon mari, nous travaillons comme aide-soignant et éducateur à domicile en libéral. Nous avons deux enfants qui n’ont pas l’âge de se garder", raconte-t-elle. Prise entre deux feux : "Des situations de travail qui requièrent notre présence dans la mesure du possible et en même temps nous devons aussi nous préserver de ce virus... J'ai des amis pouvant me les garder mais on va devoir prendre les transports en commun et circuler donc ce n’est pas l’idéal. C’est un casse-tête chinois, désolé pour le jeu de mot !"

Nathalie est séparée. D'ordinaire, l’organisation est rodée : une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre. Les grands parents le mercredi. Mais un grain de sable, - et en l’occurrence c’en est un gros – fait tout basculer.  "Je n’ai pas de mode de garde, et pour les familles monoparentales la situation peut vite tourner au cauchemar. Car il n’y a pas toujours de grands-parents pour prendre le relais. Tout dépend de l’employeur." Elle a le week-end pour trouver, et le sait : "Quoi qu'il en soit, pas le choix, il faudra gérer. La sécurité des enfants avant toutes considérations."

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Des questionnements en chaîne

Car dès lors que l'on commence à dérouler la pelote, les questionnements s'enfilent, un problème en amenant un autre. Vertigineux casse-tête.  Vincent se pose la question de son  assistante maternelle, qui garde son petit Pablo. Pour l’instant, c’est encore le flou. Va-t-elle pouvoir continuer ? "Mes deux enfants aînés sont confinés, mais le petit dernier, s’il reste avec son assistante maternelle, est gardé avec trois autres enfants, qui ont touché des parents qui ont eux même touché d’autres gens. Jusqu’où va la logique si l’on veut faire les choses bien ?"

Les assistantes maternelles, elles aussi, se questionnent : "Je suis nounou et mamie", raconte Maryse. "Je voudrais savoir si je peux toujours garder les enfants et mes petits enfants scolarisés ensemble chez moi… ?" Irvine, jeune maman d’enfants gardés par une assistante maternelle a appris que la sienne continuait. Elle ne comprend pas la logique : « On ferme toutes les structures recevant des enfants sauf les assistantes maternelles.... Pourquoi ?  Il suffit d'une personne pour en contaminer deux ! Les assistantes maternelles reçoivent des enfants d'environnements différents et qui côtoient donc des personnes qui peuvent être contaminées."

Comment occuper les enfants "jusqu'à nouvel ordre" ?

Sophie, elle a deux grands pré-ado, et un petit bébé d’un an. Elle raconte que pendant les grèves de décembre, elle avait réussi à s’organiser, avec ces deux grands qui s’avaient s’occuper d’eux-mêmes. "Je leur avais prévu tout un planning : à telle heure ils devaient aller à la médiathèque, à telle autre à la piscine… Mais là, tout va sans doute être fermé… " Patricia aussi, est à la maison. "Cela va permettre de s’organiser. Mais les cours manqués, les journées non travaillées pour les professeurs… comment va-t-on les rattraper ?" 

Autre question qui se pose : comment les occuper, ces enfants, en dehors des heures de cours ? "Il faut éviter les lieux publiques hors besoin vitaux", rappelle Hervé. "Cinéma, bibliothèque… Il vaut mieux s'abstenir il existe d'autre moyen de se divertir." Et les Parisiens, ou habitant en famille un petit appartement, savent les difficultés que posent aux enfants le confinement. 

Agnès et Jean-Philippe sont en CDD, et n’ont pas de nounou lundi.  CDD, pas possible de s'arrêter. Lydie, 58 ans, est assistante maternelle et accueille des enfants chez elle. Le hic, c'est que son mari a 68 ans. "Sa santé est fragile et je ne veux prendre aucun risque". " Et les grands-parents ? Si, comme le rappelle Marie, on écoute le président, "ils ne devraient pas garder les enfants puisqu'on nous dit qu'il faut les protéger davantage et les enfants sont plus porteurs du virus". Et c’est sans compter sur les beaux-parents qui sont sous la moyenne d'âge, étaient d'accord pour garder les enfants, mais que les annonces de Macron ont fait angoisser… 

Tout de même, des solutions commencent à se dessiner. Yolande, elle, qui habite le Puy de Dôme, voit une solidarité qui s’organise : "Je vois des groupes Facebook qui apparaissent, et des messages d’entraide. Des étudiants et des assistantes maternelles se proposent pour garder des enfants gratuitement. Je trouve cela formidable." Sur les réseaux aussi, la "résistance" ou en tout cas l’entraide s’organise… Ne serait-ce que déjà, ces deux mamans, qui hier dans la foulée des annonces, ont lancé un compte Instagram "Coronaminus-kid" pour partager des conseils sur des activités à faire "pour occuper les enfants JUSQU’A NOUVEL ORDRE". Lancé hier soir, le compte a déjà… 2500 abonnés.  On attend les recettes.

Consigne gouvernementale

Pour rappel le gouvernement a rappelé ce vendredi les informations concernant les parents qui travaillent et rappellent qu'au-delà des mesures prises pour faciliter le télétravail, les mères et pères isolés ne bénéficiant pas d’un mode de garde ou du télétravail peuvent disposer d’un arrêt de travail de 14 jours ; tout parent d’un enfant de moins de 16 ans qui ne dispose pas d’une possibilité de garde ou de télétravail bénéficie automatiquement d’un arrêt de travail, sur déclaration de l’employeur.  Et, précision utile afin de ne pas engorger les salles d'attente, il n’est pas nécessaire de consulter un médecin. 

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