Ce patron un peu fou qui parie sur la semaine de 32 heures sur 4 jours

Ce patron un peu fou qui parie sur la semaine de 32 heures sur 4 jours
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L'INITIATIVE - Laurent de la Clergerie, patron du groupe LDLC, vendeur en ligne d'équipements de haute technologie, a annoncé qu’il allait mettre en place en 2021 la semaine de quatre jours, et ce, tout en augmentant les salaires.

Le patron le dit en rigolant : non il n’était pas sous l’emprise de stupéfiants quand il a fait cette proposition à ses salariés. Et pourtant, cette proposition a dû faire l’effet d’une petite bombe : Laurent de la Clergerie, patron de LDLC, leader français de la vente en ligne de matériel informatique, a proposé par mail à ses 900 salariés, ni plus ni moins que passer à la semaine de 4 jours, en travaillant 32 heures. 

Aucun piège ni de coup fourré derrière tout ça : ce dirigeant est juste engagé depuis longtemps dans le bien-être et la qualité de vie au travail et cherche à mettre en place tout ce qui est possible, pour que les gens qui viennent au travail le fasse dans les meilleures conditions. 

Des augmentations de salaires

L’initiative n’est pas née de la crise du coronavirus, et est même en réflexion depuis un bout de temps. Laurent de la Clergerie a notamment entendu parler d’un rythme similaire mis en place chez Microsoft, au Japon. Il a creusé l’idée, s’est renseigné, et a pris sa décision il y a environ six mois. 

Et il en est persuadé : en travaillant quatre jours, les salariés seront dans de meilleures conditions qu’en travaillant cinq.  Car il ne s'agit pas de répartir 35 heures sur quatre jours, mais bien de travailler moins... Plus reposés, de meilleure humeur, et donc plus à même de s’investir pour leur société.  Un cercle vertueux ! Et il n’est pas question, pour autant, de réduire les salaires, au contraire : "Comme chaque année, il y aura une augmentation de salaire et ce n'est pas parce qu'on passe aux 32 heures (hebdomadaires) qu'il n'y en aura pas l'an prochain", précise Laurent de la Clergerie à l'AFP. La société devra même, pour cela, embaucher : sans doute une dizaine de salariés, pour assurer la logistique, les relations clients, ou encore en boutique. 

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Réduire le temps de travail, tout en augmentant les salaires… Evidemment, l’annonce a été bien accueillie par les salariés de cette entreprise basée à Limonest, dans la métropole de Lyon. "Quand je fais mes calculs, je pense qu'à la fin tout le monde est content et que tout le monde en sort gagnant, salariés comme entreprise", indique le patron.

Le dispositif doit encore être négocié avec les syndicats, et sera mis en place en 2021. Et, assure Laurent de la Clergerie, dans une interview au journal local Le Progrès, "les syndicats ont hâte de signer en bas de la page. Quand je l’ai annoncé, il y avait quelqu’un de la CGT à la table, et elle m’a dit 'j’ai l’impression d’être dans le bureau de la CGT, il faut que je me réveille'".

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Semaine de 32 heures : travailler moins pour travailler mieux ?

A rebrousse-poil

Son idée arrive sur la table, dans un contexte où le débat public porte davantage sur… l’allongement du temps de travail. Lui, y va à rebrousse-poil. La démarche est peut-être facilitée, car son entreprise se porte bien : le groupe LDLC qui avait connu une phase difficile il y a deux ans, a rétabli les finances et est même en "suractivité" avec la crise du Covid-19. Et pourtant, tout n’est pas allé de soi. Car si les salariés sont ravis, ce sont les managers qui sont inquiets. Là encore, cela le fait rire. "Ils me traitent de fous", raconte Laurent de la Clergerie dans le Progrès. "Ils se demandent comment ils vont gérer leurs équipes". Mais lui en est sûr : tout est affaire d’état d’esprit, et ce genre de réticences est la même que pour le télétravail. "Le télétravail, les cadres y étaient hostiles, craignant les tire-au-flanc et les profiteurs", dit-il. "Mais le travail à distance finalement imposé par le confinement a montré que cela fonctionnait parfaitement." 

Dans l’absolu, sans se faire le chantre de la semaine de quatre jours, il aimerait que son idée fasse boule de neige, car il est persuadé que ce rythme serait bénéfique à long terme pour les entreprises, même en temps de crise. "Cela pourrait leur donner de l’énergie pour repartir, si la situation n’est pas encore irrémédiable", dit-il. "En tout cas, cela ne peut pas leur faire de mal."

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