Ce que nos données mobiles disent de notre retour au travail depuis le déconfinement

Ce que nos données mobiles disent de notre retour au travail depuis le déconfinement
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FOCUS - Un point de conjoncture de l’Insee publié ce mercredi fait le point sur les trajets matinaux des travailleurs… Et il semblerait que tous n’aient pas repris le chemin du bureau.

Vous ne le sentez peut-être pas si vous êtes Franciliens et avez sans doute, par conséquent, renoué avec les bouchons parisiens : mais les Français sont loin d’avoir repris leurs trajets pendulaires domicile-travail chaque matin.  

Dans un point de conjoncture publié ce mercredi, l’Insee a en effet analysé des données de téléphonies mobiles, anonymes, fournies par l’opérateur Orange "au vu de la situation exceptionnelle de crise sanitaire". Ces données ont ainsi permis de mesurer les déplacements de la population résidant en France, entre le 1er janvier et le 31 mai. Et cerner, grâce à cela, l’ampleur de ces déplacements quotidiens. 

Une reprise de l'activité, mais avec une large part de télétravail

L’Inses s'est plus particulièrement penché sur les trajets matinaux, entre 7 et 9 heures du matin, suivis d’une période de stabilité d’au moins trois heures : des trajets qui s’apparentent à du domicile-travail, et donnent une indication sur l’activité quotidienne depuis le début de la crise. 

Sans trop de surprise, la semaine du 17 mars, puis les deux premières semaines pleines qui ont suivi la mise en place du confinement, du 23 mars au 5 avril, ont été celles où les déplacements matinaux des Français ont été les plus limités : ils chutent, à moins d’un quart de ceux effectués habituellement. Puis, à partir de la mi-avril, les trajets matinaux reprennent légèrement, pour atteindre progressivement 40% d’une activité normale avant la fin du confinement. 

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Aujourd’hui, malgré le déconfinement, les déplacements n’ont pas repris leur niveau d’avant : à la fin mai, ils n’étaient remontés qu’à environ 60% de ce qu’ils étaient début février. "Cela traduit une reprise progressive de l’activité, mais aussi sans doute le maintien d’une large part de télétravail pour certaines professions et dans certains territoires", analyse l’Insee.  

Baisse des transports surtout dans les villes

Sans trop de surprise encore, ce sont les zones les plus densément peuplées qui ont connu une chute des trajets bien plus marquée que dans les espaces moins denses : pendant le confinement, dans les grandes villes, les déplacements matinaux vers les quartiers de bureaux et de commerce ont été bien plus atténués que ceux vers les quartiers plus résidentiels. Dans les grandes métropoles, c'est encore plus marqué : à Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux et Nantes l’indice est tombé à moins de 20% du volume habituel. 

Cet écart entre grandes métropoles et zones plus rurale a continué après la fin du confinement, alors que l’activité reprenait. "En plus de différentiels d’activité, ces contrastes géographiques peuvent aussi s’expliquer par la répartition des types d’emploi entre les métropoles et les zones moins densément occupées", précise l’Insee. "En effet, le télétravail, massivement utilisé depuis mi-mars, concerne surtout certaines fonctions plus fréquemment rencontrées dans les métropoles (services administratifs, numériques...)." 

A l’inverse, de nombreuses activités plus courantes en zone rurale, comme l'agriculture, artisanat, ou les très petites entreprises ont pu être moins affectées par les contraintes sanitaires et contribuer au maintien plus élevé des déplacements dans ces territoires.

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Les quartiers d'affaire toujours désertés

A l’échelle des métropoles, de gros contrastes apparaissent également : les déplacements ont bien plus fortement chuté vers les quartiers centraux, lieux d’affaires et de commerce, que vers les périphéries, plus résidentielles. La majorité des arrondissements parisiens a ainsi vu son volume de déplacements matinaux se réduire durant la première semaine pleine du confinement, à moins de 16% de celui observé début février. Plus généralement, les lieux qui concentrent une part importante de bureaux, principalement les territoires des Hauts-de-Seine et du centre et l’ouest de la capitale, ont connu l’atténuation la plus forte : leurs salariés ont sans doute pu majoritairement travailler à distance. 

Après le 11 mai, ces territoires qui concentrent les immeubles de bureaux ont d’ailleurs conservé leur spécificité, à savoir une atténuation plus marquée des déplacements par rapport à la "normale". La reprise des déplacements est également moindre vers les grandes zones d’activité en périphérie plus éloignée de Paris, comme par exemple le parc d’activités de Courtaboeuf Paris-Saclay, au sud-ouest de Paris, ou le parc d’affaires international de Paris-Nord 2, au nord-est. 

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Des données qui viennent corroborer les chiffres du ministère du Travail : en mai, dans le secteur privé, si un salarié sur deux est allé travailler sur son lieu de travail et un sur quatre était en télétravail. Interrogées dans le cadre de l'enquête "Acemo" (activité et conditions d'emploi de la main-d'oeuvre pendant la crise sanitaire Covid-19) menée par la Dares, l'institut statistique du ministère, les entreprises voient comme "principales difficultés" de la reprise "la disponibilité limitée de certains salariés, l'organisation de l'activité de manière à respecter la distanciation sociale, et le manque de débouchés"

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