De plus en plus d'achats de Noël livrés au bureau : les entreprises vont-elles crouler sous les paquets cadeaux ?

De plus en plus d'achats de Noël livrés au bureau : les entreprises vont-elles crouler sous les paquets cadeaux ?
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TENDANCE - Les entreprises sont confrontées à un nouveau phénomène : de plus en plus de salariés se font désormais livrer leurs colis personnels sur leur lieu de travail. Selon une étude Ifop pour BNP Paribas Real Estate, agence de services immobiliers, 21% d'entre eux prévoient de le faire pour leurs cadeaux de Noël. Un casse-tête en vue pour les employeurs ?

Rappelez-vous... Le branle-bas de combat en fin de journée pour aller retirer votre colis avant que le petit commerce ne ferme, la queue à rallonge au bureau de Poste à 19h45, le livreur soi-disant passé mais qui ne s’est jamais signalé, la quête du colis disparu dans la nature… Alors que le e-commerce se développe toujours plus, les moyens de réception des achats sont sont multiples, mais pas toujours simples. De plus en plus, les salariés semblent toutefois avoir trouvé la parade : pourquoi ne pas se faire livrer ses colis personnels sur son lieu de travail ? Assez logique, quand on réalise que c’est l’endroit où l’on passe la majeure partie de son temps. 

Au point que 28% des salariés se sont déjà fait livrer occasionnellement des achats personnels au bureau, selon une  étude Ifop pour BNP Paribas Real Estate, agence de services immobiliers, publiée jeudi. Et la tendance semble se renforcer pour les fêtes de Noël : 21% des salariés prévoient de le faire. Un chiffre encore loin d’être majoritaire, mais qui représente tout de même un potentiel de 5,3 millions de personnes. Parmi les sondés, ceux qui se sont déjà fait livrer sur leur lieu de travail sont 60% à prévoir de recevoir leurs achats de Noël au bureau.

Brouillage entre vie privée et vie pro

Dans le détail, la pratique est plus répandue chez les jeunes (33% pour les 18-24 ans), les urbains (35% pour ceux qui habitent dans l’agglomération parisienne), les CSP+ (38%), les salariés d'immeubles de bureaux et de boutiques, et jusqu’à 42% parmi ceux qui commandent en ligne au moins une fois par semaine. Pour Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, cette tendance "illustre parfaitement le phénomène d’effacement des frontières entre vie professionnelle et vie personnelle et le nouveau regard qu’ont les salariés – notamment les jeunes – sur le lieu de travail." L’entreprise devient un lieu de vie comme un autre.

Et la tendance devrait surtout continuer à s’accroître, quand on sait que 45% des salariés sondés trouvent intéressant de se faire livrer des colis au bureau. "On peut facilement anticiper un développement important de cette pratique dans les années à venir, ce qui doit interroger les entreprises sur leur capacité à gérer ces nouveaux flux", poursuit Frédéric Dabi. Et en effet, l'enjeu peut être d'importance pour les entreprises, notamment dans des périodes de pic comme celles des fêtes : imaginons que dans une grande société, 10% des salariés décident de se faire livrer sur place, cela pourrait facilement représenter des centaines de colis en une journée... Ce qui deviendrait vite ingérable sur un plan logistique. 

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Rien ne sert d'interdire...

Pour Csongor Csukas, président de BNP Paribas Real Estate Property Management, le raz-de-marée est tel que les entreprises ont tout intérêt à jouer le jeu, et même accompagner ce nouveau "service". "C’est un enjeu à la fois d’attractivité pour l’entreprise et de productivité pour le salarié, estime-t-il. Un salarié qui n’a pas à poser de RTT ou partir plus tôt pour réceptionner un colis sera plus serein et donc plus productif…  "L’interdiction de cette pratique ne ferait que générer des frustrations tandis que le laisser-faire comporte son lot de risques, notamment sur la responsabilité en cas de perte ou de casse des colis réceptionnés par l’entreprise pour le compte de ses salariés", conclut Csongor Csukas. 

Et surtout, l'interdiction  ne sert pas à grand chose : 30% des sondés qui travaillent dans une entreprise prohibant la pratique se font tout de même livrer au bureau. D'autres freins existent, plus puissants : le manque de confidentialité des achats (pour 45% des sondés), ou encore les remarques que pourraient faire les collègues ou les supérieurs.

Plus pratique et plus écologique ?

L’étude avance aussi le fait que  la livraison sur le lieu de travail peut aussi être une solution face aux problématiques de la logistique urbaine et du fameux "dernier kilomètre", dans un contexte où le nombre de colis livrés chaque jour dans les centres urbains explose : l’an dernier, La Poste en a livrés quotidiennement près de 50.000 rien qu’à Paris selon l’Apur. "Les transporteurs du dernier kilomètre optimiseraient leurs tournées par la réduction du nombre d’adresses différentes livrées et la diminution des relivraisons pour absence", estime Mike Haziza, directeur Conseil en logistique. Réduction de la congestion routière dans les agglomérations, amélioration de l’empreinte environnementale par colis livré… tous les arguments sont bons.

Reste que les services d’accueil des immeubles de bureau ne sont pas habitués ni équipés pour recevoir ce type de livraisons. Et un service adapté, qui peut prendre la forme d’une consigne digitalisée dans un immeuble de bureau a aussi un coût, de quelques dizaines de milliers d’euros. 

> L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1348 salariés, représentatif des salariés français âgés de 18 ans et plus. Cet échantillon a été constitué à partir d’un échantillon de 2530 personnes, représentatif de de la population française âgée de 18 ans et plus. 

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